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PARIS MODERNE

Capitale de mon pays, cité des hommes, Où brillent triomphants les temples de l'esprit, Phare et flambeau que tout renomme, Entends vers toi monter mon cri !

J'aime tes quais prodigieux qu'active L'appel strident des remorqueurs, Tes ponts de fer lourds de locomotives Et ton peuple de travailleurs.

Une beauté nouvelle est surgie sous tes cieux,

Fruit sacré du labeur de l'homme et des sciences,

O mon Paris, sur ton front radieux

Comme un soleil elle brille et s'avance !

Beauté du mouvement et du savoir, beauté

Des capitales rayonnant dans la clarté,

Des autos hennissants, des fluides captés,

Et des peuples cabrés dans leur effort immense!

Dynamique beauté aux visages divers,

Tantôt de sang, tantôt de feu, tantôt de fer,

Les poètes viendront exalter tes promesses

Et le vertige de ton char criblé d'éclairs,

O nouvelle beauté trépidante, ô déesse!

Des poèmes vivants jailliront tout à coup,

Tes feux passeront dans nos moelles,

Et tes phares puissants scintilleront sur nous

En des lyrismes fous

Tout chargés de soleils explosifs et d'étoiles.

Au lieu des Parthénons sous les bleus oliviers, Au lieu de l'élégie et des myrtes antiques, Nous dirons la beauté de flamme des fabriques, La palpitation des faubourgs ouvriers, La fièvre des steamers cinglant vers l'Amérique, Les bassins de radoub, les ports et les chantiers.

Au lieu de la beauté hellène, Nous chanterons la vie moderne et le travail, Toute l'humanité formidable qui peine, Et l'avion dans l'air, et le train sur le rail.

Nous dirons la grandeur des cités que soulèvent

La frénésie de vivre et le désir de l'or,

La lutte économique et la loi du plus fort,

Et l'homme plein de vastes rêves.

Nous chanterons la linotype et les trolleys,

L'aéroplane au vol de feu, l'automobile,

Et le songe et l'action, l'usine et les railways,

Et toute la splendeur nouvelle de la ville,

Avec ses tours, ses leviers, ses volants,

Ses soleils de benzol, de naphte et de phosphore, Ses phares et ses freins, ses métros, ses chalands, Ses foules et ses sémaphores.

Nous préférons à la beauté statique et froide,

Aux gestes durs, aux poses roides,

La moderne beauté faite d'âme et de chair,

Celle qui va comme l'éclair,

Dardant vers l'infini le feu de ses yeux clairs,

Explosive et dansante, et mobile et nouvelle,

Qui se sent devenir esprit et tend ses ailes.

O Paris, dans tes soirs de fièvre, quand je vois Tes lumières, tes tours, tes gares trépidantes, S'exalter dans l'essor de ma pensée ardente, Il me semble souvent que tu rentres en moi. Tes rails d'acier pénètrent dans mon âme, Ton délire me tient et brûle dans mes os, Et je n'ai plus de calme et n'ai plus de repos, Et mon être avec toi tourbillonne et s'enflamme.

Tes foules sont en moi, je les sens s'agiter,

Et se démener et se tordre.

Tes dents de fer viennent me mordre,

Et l'envol de tes feux semble aussi m'emporter.

Tes métros roulent dans mes veines,

Avec mon sang, avec mes peines

Et la ruée de mes désirs,

Tes trains hennissent dans mon être,

Ton vertige fou me pénètre,

Et mes yeux, phares d'or, s'ouvrent vers le plaisir.

Tu es moi, je suis toi ; nous ne formons sans trêve,

Qu'une seule âme et qu'un seul rêve ;

Tes instincts vibrent dans mon sang ;

Et dans tes nuits de fièvre, ô mon Paris, je sens

Palpiter dans ma chair tes peines et tes joies,

Et tout le tourbillon des foules qui flamboient,

Le vertige effréné des âmes en délire ;

Et tes désirs obscurs et tes éclats de rire,

Et tes cohues, et tous tes peuples en troupeau,

S'agiter et danser et courir sur ma peau.

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