NOËL ! NOËL
Noël ! Noël ! divinement ailées,
Les cloches sonnent à volées ;
Les Te Deum secouent les vieux arceaux gothiques,
Les hymnes montent en voix claires dans la nuit,
L'encensoir fume et le maître-autel luit,
Les orgues vont rythmant la splendeur catholique,
Et les fidèles en prière longuement,
Disent leur chant de joie efc de renoncement,
Et le bonheur obscur en leur être tressaille.
Mais le petit Jésus est toujours sur la paille !
Au dehors le gaz flambe au long des avenues,
Les bars s'agitent dans l'orgueil de leurs dorures,
Les restaurants de nuit son pleins de femmes nues,
Noël ! Noël ! et c'est la fête des luxures.
Des yeux luisent déjà où s'allume l'alcool,
Les désirs chantent, les ventres craquent, les music-halls
Regorgent de parfums, d'ors et de courtisanes.
Les palaces sont pleins, les bouges, les beuglants ;
La foule ivre festoie, mange, chante et ricane ;
Huitres, pâtés truffés, dindes, saumons, faisans,
Champagnes et liqueurs, et flacons et futailles
Versent à flots pressés du soleil dans le sang,
Et du désir dans les entrailles.
Mais le petit Jésus est toujours sur la paille !
Depuis des ans, depuis des ans qu'il est ainsi,
Grelottant, effaré, sans habit sur sa couche,
Depuis des ans, depuis des ans, qu'il est transi,
Dans le délaissement et dans l'exil farouche,
Il pleure et jette en vain
Les espoirs de son cœur et l'élan de ses mains...
Mais le monde est aveugle et sa paupière est lourde,
L'ardent fracas de l'or rend la terre plus sourde.
Noël chrétien, Noël païen,
Noël de la chair et du vin,
C'est la fête des sens, c'est la grande ripaille.
Mais le petit Jésus est toujours sur la paille !