‹ La Cité des hommesChapitre 5 sur 24 · ODE DES POETES A L'AVIATEUR · texte numérisé non relu

ODE DES POETES A L'AVIATEUR

O frère ailé, sur ton moteur d'acier brillant Emporte, emporte-nous dans ton vol effrayant, Vers les cimes pourpres du monde.

Nous avons tous besoin de croire et de rêver, Et de voir qu'en ce lieu tout se peut achever Par une victoire profonde.

Vois, notre muse est là, debout, au geste fier ; Ce n'est plus l'endeuillée et dolente d'hier, A la voix pâle, au regard terne, C'est la déesse fauve, au galop de coursier, Clamant sur les cités aux vertèbres d'acier, L'hymne d'or au monde moderne.

Regarde-la, son geste fou brûle et combat ; Debout, son poing de feu sonne le branlebas Sur la nuit des foules profanes. Elle n'est plu&l'élégiaque aux yeux en pleurs, Mais la dansante qui bondit sur les hauteurs Dans le vol des aéroplanes.

Avion merveilleux, né des cerveaux humains,

Où nous porteras-tu dans l'espace demain,

Où nous feras-tu donc atteindre !

Le rêve du poète est visible à jamais,

Et tu pousses nos vœux vers les plus hauts sommets

A la chanson de tes cylindres.

Quand tu pris ton essor au fond de l'inconnu,

Lorsque l'on vit partir audacieux et nu

Ton fier moteur en équilibre,

Tout palpita dans l'infini mystérieux,

Et longuement des voix clamèrent dans les cieux

L'avènement de l'homme libre;

De l'homme qui connaît les règles et les lois, Qui sait les asservir à son rêve et sa foi, Qui toujours va plus loin encore, Et qui pour se hausser vers son règne lointain, Vibrantes, les attelle au char de son destin Qui monte cabré dans l'aurore.

O j'exulte! l'homme nouveau est enfin né!

En vol direct, en vol montant, en vol plané,

H va sur son bâti de toile,

Et dépasse déjà dans son élan d'espoir,

Tous les antiques chariots du grand ciel noir,

Roulant leurs cargaisons d'étoiles.

Bel oiseau mécanique ! ô triomphe béni ! Tu vas d'un trait de feu vers le but infini, Tu es la chimère et l'archange.

Dans l'axe de ton vol tu entraînes nos cœurs, Tu es le rayonnant oiseau au vol vainqueur De la matière et de la fange.

O partir avec toi dans ton fauve attirail !

Des pales de l'hélice au bout du gouvernail

Te sentir vibrer sous ma fièvre î

Dans le double trapèze aux souples fils d'acier,

Partir le cœur battant et tout extasié,

L'ivresse et le sourire aux lèvres !

Je veux tout l'absolu, viens encor m 'enflammer,

Je veux tout voir, je veux tout prendre et tout aimer,

Et les heures me semblent lentes.

Toi seul tu peux ici, toi qui m'ensorcelas,

Me pousser au zénith sacré de l'au-delà

Sur ta mécanique volante.

Prends moi dans ton essor splendide et radieux,

Fais-moi battre de l'aile au sommet du ciel bleu,

Et goûter aux pures délices,

Tandis que dans le calme extasié des airs,

Je mêlerai, joyeux, la chanson de mes vers

Aux ronflements de ton hélice.

Je crois, je crois en toi, avion, vol de feu,

Tu passes sur nos fronts comme un présent des dieux,

Comme le signe de l'alliance.

Homme, l'immensité a béni ton effort,

Et demain, oui demain, tu courberas la mort

Devant l'autel de tes puissances.

Tu posséderas tout, l'univers est à toi.

Tu tiens tout l'infini puisque tu tiens la foi,

Puisque le ciel chante en ton âme !

Et si les dieux soufflaient les étoiles du soir

Tu les rallumerais dans un geste d'espoir,

Au brasier sacré de ta flamme.

Page 1