LES CITES QUI FLAMBENT
Un rythme de ferveur secoue le sol et l'onde ! La mine livre son charbon, La planète tournoie et se cabre par bonds , Et les chemins de fer s'enfièvrent par le monde.
Le phosphore rougeoie et le naphte et le feu, Les éléments domptés rugissent dans les cuves, Et la terre volante exalte ses essieux Et le vol fou de ses effluves.
Partout flambent les cités d'or et de travail, Et les ports hennissants de vapeurs et de voiles. Les steamers cornent, les trains sifflent sur le rail, Et les feux de la terre éclipsent les étoiles.
Des rames de wagons lourds d'aciers et de fers, S'en vont vers Liverpool tout noir sur le ciel rouge. Là c'est Newcastle et c'est Cardiff et Manchester, Cités d'ombre et de flamme, où tout s'agite et bouge.
Des hauts fourneaux brûlent au fond du Luxembourg: C'est Dudelange, et Rumelange, et Differdange, Avec leurs quartiers, leurs faubourgs Pleins de houille et de feu, de fumée et de fange.
Des ateliers meuvent partout
L'ardeur des mécanismes fous.
Au bassin de la Ruhr gronde l'enfer des forges,
Essen flambe et rugit comme un bœuf qu'on égorge,
Et le Creusot français répond ;
Et l'effort s'agite par bonds,
Lançant ses paquebots, ses steamers, ses wagons ;
Lens flamboie, Anvers rutile, Courrières brûle.
Des sifflets de moteurs percent le crépuscule .
Londres cabre ses feux vers le ciel qui recule.
Des villes montent sur le bord des continents,
La foule se répand aux gares.
Cuxhaven vers Porsthmouth darde l'œil de ses phares ;
Et dans la nuit mystérieuse à tous moments,
On sent l'infini qui s'effare.
Là bas c'est Birmingham, ici Lille et Tourcoing ;
Et c'est Hambourg, avec ses quais grouillants de foule ;
C'est Le Havre et Roubaix, c'est Sheffield et, plus loin.
Par delà le fracas des marées et des houles,
Dans les pays nouveaux de vertige et d'effort,
Aux cités des dollars, aux royaumes de l'or,
C'est New- York, c'est Boston, c'est Sydney, c'est Melbourne,
Villes d'ombre et de feu sur la terre qui tourne.