EN CAMARADES
Pendant huit jours ils se revirent « en camarades », selon l'expression même de Daisy, et se retrouvèrent à la même place, dans la magie du soleil mourant.
Daisy était belle, de cette beauté des femmes dans l'épanouissement de leur chair et c'était cette chair superbement fleurie qui troublait André dans le plus profond de son être.
Il avait pour elle une admiration respectueuse qui l'eût fait mettre à ses genoux s'il eût osé.
Amusée, touchée peut-être, de cette admiration silencieuse, elle revenait chaque soir et dans le crépuscule, lilas ou mauve, ils avaient tous deux de graves causeries.
Il était étonné de trouver en cette femme une
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aussi haute, une aussi exacte compréhension de la nature. Elle savait trouver les mots qu'il fallait dire pour exprimer justement sa pense'e.
Ils causèrent littérature et poésie et virent qu'ils avaient une affinité de goût. Ils aimaient tous deux, dévotieusement, les mêmes poètes, mais elle dans sa sentimentalité de femme préférait l'àme dolente de Musset, tandis que lui chantait l'unique pureté de Verlaine.
Maternelle elle l'interrogeait sur sa vie, ses parents, sur ce qu'il comptait faire, et lui disait son rêve.
Il aurait voulu être officier de marine, mais son esprit rebelle aux mathématiques lui avait fait abandonner ce projet longtemps caressé. Alors il avait tourné la question. Il prendrait les inscriptions réglementaires puis il se présenterait à l'école de Bordeaux. Il serait médecin de marine. Il sacrifierait ainsi à son amour de la mer et à son goût des voyages.
— Depuis mon enfance, disait-il, je rêve de mers lointaines, de paysages éblouissants aux soleils des tropiques.
— Vous êtes une fleur trop frêle, interrompait Daisy, vous ne pourriez supporter ces climats.
Mais il s'entêtait dans sa chimère...
Or, ce soir-là, comme Daisy se levait trouvant l'heure tardive Mornan lui dit, hésitant :
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— Je voudrais... mais vous alLez me dire non et pourtant je serais si heureux, si content, si vous vouliez...
— Quoi? fit Daisy surprise.
— Voilà, oh î j'avais arrangé cela tout seul, en cachette, j'aurais dû vous en parler avant, c'est certain...
— Allons, voyons, qu'est-ce?
Et rougissant très fort il lâcha tout de tract :
— Eh bien! j'avais préparé à dîner chez moi, oh! une dînette de poupée, des viandes froides et du pâté... voilà.
— Mais mon petit, je ne peux pas.
— Je savais bien que vous ne voudriez pas, dit-il très malheureux.
Et deux grosses larmes coulèrent sur ses joues.
— Ne faites pas le gosse, voyons, oh ! le grand bénet qui pleure pour des bêtises.
Et tout en parlant elle lui tamponnait les yeux avec son petit mouchoir de dentelles. Elle ajouta :
— Ça vous ferait tellement plaisir ?
— Oh ! oui, dit-il, avec un gros soupir.
— Eh bien ! soit, j'accepte.
Tout de suite il eut du rire dans les yeux.
— Où est-ce chez-vous ?
— Pas très loin, venez.
Comme si elle eût fait une chose naturelle, Daisy lui offrit le bras simplement. Et lorsqu'Andre' posa sa main sur le bras nu de son amie un frisson agita toute sa chair, et il lui sembla qu'il venait de conque'rir le monde.