‹ La cité du devoirChapitre 14 sur 23 · FIDÈLES AU ROI JUSQU'A LA BESACE · texte numérisé non relu

FIDÈLES AU ROI JUSQU'A LA BESACE

Ils demandèrent que l'Inquisition fut abolie en Flandre. L cela le roi d'Espagne répondit en envoyant des soldats, ommandés par un homme très cruel, nommé le duc 'Albe. On ne vit bientôt que des scènes d'horreur, et le ing coula sur les échafauds. Ceux qui échappèrent aux lassacres coururent sur leurs vaisseaux et portèrent le cm de Gueux de mer^ c'étaient surtout des Hollandais; s firent une rude guerre aux Espagnols et reconquirent afin leur indépendance. D'autres se répandirent par pètes troupes dans les campagnes, et prirent le nom de ueux des bois. On croit que c'est une bande de ces parsans, venus pour surprendre Lille, qu'une femme, 3mmée Jeanne Maillotte, selon la chronique, força à la îtraite, en se mettant, les uns disent à la tête des conères de l'Arc, cette compagnie d'archers qui s'est per- §tuée jusqu'à nos jours; les autres, en entraînant après le les femmes du marché, qui jetèrent les cendres de urs chaufferettes aux yeux des assaillants.

— Mais tu ne nous as pas dit pourquoi on les appelait urlus ?

— Ils avaient probablement l'habitude de pousser des 'is de guerre lorsqu'ils attaquaient : de hurlews on a lit Hurlus.

— Ainsi c'étaient des protestants? dit Madame Coche- ;ux. Je n'en savais rien.

— Vous n'êtes pas seule à l'ignorer, ma mère, dit

Jacques^ jamais je ne Tai entendu dire. Et je suis certain que beaucoup de Lillois en sont là.

— Oh! certainement, répondit Paul; lorsqu'on promenait Jeanne Maillotte au cortège de la fête de Lille,, on représentait les Confédérés avec des têtes monstrueuses et on les faisait passer pour des brigands. C'étaient tout bonnement des hommes auxquels on avait tout pris^ et qui combattaient pour la liberté de conscience et pour leurs foyers. Mais peut-être y avait-il parmi eux de ces hommes qui gâtent les meilleures causes parleurs excès : les recherches pour découvrir si ce parti de Hurlus appartenait à la confédération des Gueux ont été infructueuses jusqu'à ces temps.

— C'est égal, dit Julien, c'était une fière femme que cette Jeanne Maillotte, et dire que Juliette en ferait tout autant à l'occasion.

Et l'espiègle fit entendre un rire bruyant.

— Mon cher petit frère, dit Juliette d'un air moitié fâché, c'est toi qui as dit que j'agirais comme Jeanne Maillotte. J'ai seulement exprimé la pensée que nous pouvons éprouver un certain orgueil au souvenir des grandes actions de nos pères, et je me répète : Il me semble que nous agirions encore de même si l'occasion s'en présentait.

— Allons, ma chère grande sœur, ne te fâche pas. C'est entendu, tu ne brandirais pas ta chaufferette, mais tu nous exciterais de la voix en épluchant tes légumes.

— Taquin! dit la jeune fille, légèrement courroucée.

— Tiens, sœur, j'ai tort. Je ne plaisanterai plus.

— Et moi, frère, dit Juliette en saisissant la mqin qui lui était offerte, je tâcherai de t'écouter avec patience.

Puis ils s'embrassèrent.

— Eh bien, mes amis, dit Jacques après quelques instants de silence , d'après le récit du Bombardement et Thistoire des Gueux, je vois qu'en ce monde on jette toujours la pierre à ceux qui succombent, et que les honneurs suivent ceux qui réussissent. Je suppose donc que les protestants furent vaincus, puisqu'il y en a si peu dans nos pays.

— Ils furent en quelque sorte noyés dans des flots de sang; mais il y a toujours eu depuis lors des protestants à Lille, m.algré les persécutions les plus violentes, et Dieu sait ce qu'ils eurent à subir. Le nom du duc d'Albe devint en telle exécration^ qu'au siège d'Ostende, qui dura trois ans, et coûta la vie à plus de cent mille hommes, il se forma une ligue dans laquelle les femmes même entrèrent. Ceux qui s'enrôlaient dans cette association prononçaient ce serment : «Je consens d'être réputé Espagnol, et de passer pour le fils du duc d'Albe, si je manque d'accomplir une des lois de la confraternité. » La guerre durait alors depuis quarante ans, et le duc avait quitté le pays dès la septième année; mais sa mémoire était entachée d'infamie parmi les populations qu'il avait torturées. Maintenant, pour répondre à la question de Jacques, je pense aussi qu'il est important de réussir. Pourtant, entre l'intérêt personnel et le devoir, nous ne devons jamais hésiter. Qu'importe que l'on déclare que vous avez bien mérité de la patrie, ou que l'on vous flétrisse d'une qualification infamante : lorsque le pays est attaqué, il faut le défendre; l'amour du devoir fait prospérer l'indépendance et la liberté. De même, si la conscience est lésée dans ses droits, s'il est interdit d'adorer Dieu selon la manière que l'on croit la meilleure, et les protestants étaient dans ce cas, puisqu'ils s'appuyaient sur l'Evangile; oh! alors, il

faut résister^ mais passivement : il faut aller jusqu'au martyre. C'est en mourant et non en tuant que l'Eglise des temps apostoliques s'est établie. Au seizième siècle on tira l'épée de part et d'autre ; on fit intervenir la question politique. Ce fut une grande faute. Je n'ai pas assez lu, et je suis trop jeune pour apprécier exactement quels furent les plus coupables. Seulement j'affirme que ceux qui firent ou approuvèrent la Saint-Barthélémy, que ceux qui couvrirent la Flandre d'échafauds, ceux-là n'étaient pas chrétiens.

Paul cessa de parler, et la promenade continua en silence. Le soleil allait disparaître; de la surface des prairies et des champs s'élevaient çà et là des nuées de brume qui donnaient aux arbres des formes indécises. Comme la petite compagnie approchait de la Cité, ils furent rejoints par Mario et Christiern, accompagnés de Black.

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