LA FEMME ET L'ENFANT A LA CITÉ
Plusieurs années se sont écoulées depuis les divers événements que nous avons décrits dans les chapitres précédents. Avril ramène les premières feuilles et les fleurs printanières. Il est sept heures du matin^ la machine à vapeur annonce que le travail est commencé.
Parcourons de nouveau la Cité. Les constructions se sont étendues. Le bâtiment qui contient la chapelle et les salles d'écoles se trouve maintenant au centre de quatre rues bordées d'arbres effeuillés^ mais qui revêtiront bientôt une verdoyante parure. Une fabrique de tulle est en pleine activité, et ses produits fournissent du travail, chez elles, aux femmes et aux jeunes filles de la Cité. La population peut être évaluée maintenant à un millier d'individus. Le bien-être règne partout, et il est facile de s'en apercevoir au confort des habitations et à l'aspect des jardins.
Des voix fraîches lancent cà et là de ios^euses chansonnettes, semblables aux gazouillements de gais oiseaux voltigeant dans le bleu du ciel. Ces chants reviennent avec les hirondelles, et ils se feront encore entendre à l'automne lors du retour des mésanges. Ces airs sont anciens, les enfants les ont appris de leurs mères, et celles-ci se souviennent du temps où elles les entendirent pour la pre-
mière fois; elles se revoient au jeune âge, alors que tout est joie, que les chagrins sont ignorés ou bientôt oubliés, parce que les espérances n'ont pas encore été déçues. Hélas! les jeunes années passent vite, comme les fleurs; mais on se souvient pourtant des unes et des autres lorsque Thiver a glacé la terre ou le cœur.
Dans une de ces maisons que nous connaissons bien, celle de Martial Breton, nous retrouvons de bonnes et anciennes connaissances.
— Que plantez-vous dans ce pot à fleur, Christiern ? demande la vieille dame Cocheteux au jeune garçon.
— C'est un éclat de romarin. Madame.
— Provient-il de ceux que vous avez placés sur la tombe ?
— Oui, Madame.
— Ah ! cela est bien ; il est doux et bon de garder le souvenir de ceux que Ton a aimés.
Puis la bonne femme entre dans la maison de Breton. Jeanne a entendu le court dialogue, et elle peut donner à Madame Cocheteux quelques explications sur le fait dont celle-ci vient d'être témoin.
— Lorsque M. Prawdziowski se fut établi chez nous, dit-elle, il écrivit pour obtenir des renseignements sur les parents de sa femme, qu'il avait laissés en Allemagne. 11 apprit ainsi que sa belle-mère était morte peu de jours après qu'il eut quitté Leipzig. Il demanda alors à sa bellesœur, restée pauvre, quelque objet de peu de valeur qui lui rappelât les lieux où il avait été recueilli avec tant de bienveillance dix-neuf années auparavant. Mademoiselle Peyrot lui envoya un petit romarin, issu de celui qui avait figuré au mariage de sa sœur; car il faut vous dire que cette plante est fort aimée en Allemagne, où elle paraît
aux grands événements de la vie. On en met dans le présent des fiançailles, et il orne encore la dernière demeure ici-bas : c'est le symbole de l'espérance. A la mort de son père^ après avoir pieusement déposé sur la tombe une partie de la terre qu'ils avaient apportée de la Pologne , Christiern planta le romarin^ qui^ avec cette terre^ résumait tous ses souvenirs. La plante a grossi; à chaque printemps il en prend un éclat dont il fait une bouture qu'il cultive ici; c'est aujourd'hui le cinquième anniversaire de son arrivée dans notre maison : il est allé ce matin au cimetière porter le petit romarin de l'an passé et il en a rapporté le rameau que vous lui avez vu placer dans le pot envoyé d'Allemagne avec le premier romarin.
— C'est bien touchant ! Oh ! comme il vous rend bien aussi l'amitié que vous lui portez. Il n'y a qu'une voix ici; C'est l'enfant de la Cité.
— Oh ! personne n'est^ comme moi, à même d'apprécier la bonté de son cœur, reprit Jeanne à voix basse et en jetant un regard furtif versla porte. Il y a des moments où je crois véritablement que je suis sa mère. Il est si doux, si dévoué; et pourtant je n'ai pu obtenir de lui qu'il me nommât maman : c'est toujours maman Jeanne, qu'il me dit. A la demande que je lui fis un jour de supprimer mon nom, il me répondit : — Ne puis-je pas avoir deux mères, une là-haut, et toi ici? — C'était peu de temps après la mort de son père; depuis lors je n'ai plus renouvelé cette demande. J'ai surmonté avec peine cette faiblesse de mon cœur, et je m'estime heureuse maintenant du lot que j'ai gardé. Il me serait difficile de désigner celui que je préfère parmi mes enfants.
— Mais où sont-ils donc, ces chers petits? Je n'ai pas vu Noélie.
— Elle est allée chez Mademoiselle Mary, l'institutrice ; Clément a demandé d'accompagner son père à la fabrique de tulles, et ma petite Henriette est encore endormie.
— Maman Jeanne, dit Christiern en rentrant, je laisse le romarin dehors; vcudrais-tu avoir la bonté de le rentrer à l'ombre, lorsque le soleil viendra de ce côté?
— Oui, Christiern, répondit Jeanne, et son regard caressa le jeune garçon. Mais tu vas déjeuner?
— Oui, mama« Jeanne Sais-tu ce que signifie le
nom de romarin?
— Non, mon garçon.
— Je ne le sais que depuis hier, et j'aurais pu le deviner depuis longtemps, puisque M. Maiio me donne des leçons de latin. Romarin vient de ros marinus, et cela signifie parfum de la rrter.
— Cette plante répand en effet une douce odeur, dit la vieille dame.
— Ton latin me rappelle un fait qui me causa bien du plaisir. Il faut que je vous conte cela. Madame. Il y a deux ans, il fut question d'envoyer Christiern au collège de Douai. J'en fus très attristée, et quoique je gardasse le silence, mon garçon s'en aperçut, et il demanda à son protecteur la grâce de rester ici. M. Muyssaert y consentit, et je crois qu'il fit bien, car il me semble que la vie de collège a une fâcheuse influence sur les afl'ections de famille. Je ne pense pas qu'une séparation eût produit le même effet sur Christiern, mais je fus bien aise de ne pas le voir partir.
— Tu sais bien, maman Jeanne, que tu seras toujours ma mère chérie, n'importe où que j'aille. Toutefois je préfère rester ici, près de toi, près de tous mes bons amis.
Ah ! j'aperçois Noélie. Bonjour, petite sœur, d'où vienstu? Eh! bien, elle ne me répond pas.
— D'où venez-vous vous-même, Monsieur^ qui allez seul où j'aurais tant désiré d'aller avec... toi.
— J'ai appris hier que tu devais te rendre ce matin de bonne heure chez Mademoiselle Mary, et je ne t'ai pas parlé de ma visite au cimetière, afin de t'épargner un léger chagrin. Me pardonnes-tu?
— Oui, mais à la condition que nous ne manquerons plus jamais d'y aller ensemble, à compter de l'année prochaine; souviens-toi.
Noélie a sept ans et demi. Elle est grande, et très gracieuse déjà; avec ses cheveux retombant en boucles nombreuses autour d'un visage plein quoiqu'un peu allongé, et ses yeux d'un gris-perle voilés de longs cils, il semble voir un délicieux modèle reproduit par La\\Tence dans ses charmants keepseakes. Relativement, Christiern est de petite taille. Il atteint sa qumzième année, on lui en donnerait douze à peine. C'est ce qui explique, sans les excuser entièrement, les câhneries et les faiblesses de Jeanne à son égard. Heureusement que le jeune garçon, doué d'un jugement droit, sait déjà faire la part de cette amitié trop tendre, et que, tout en conservant pour sa mère adoptive toute l'affection d'un fils, il ne se laisse pas aller à la vanité et aux exigences qui déparent trop souvent les meilleures qualités chez les jeunes gens.
Ce jour était un jeudi, et les instituteurs avaient décidé de faire avec leurs élèves une promenade aux environs de la Cité. Ces promenades, qui avaient lieu souvent lorsque le temps le permettait, étaient employées comme un excellent moyen éducatif. Les enfants apprenaient amsi, en présence des œuvres de la création, à comprendre
la toute-puissance et la bonté de Dieu, et leur esprit acquérait de cette manière une force de conception plus développée.
La réunion des élèves eut lieu dans les salles d'étude; on les vit bientôt partir en bandes joyeuses et s'éparpiller dans les chemins. Ils arrivèrent ainsi près d'un champ de colza en fleur.
— Monsieur Mario, demanda Christiern, de quelle manière extrait-on l'huile de la graine du colza?
— Il existe divers procédés de fabrication; mais je ne saurais vous les exposer ici et maintenant; dès que nous aurons l'accès d'une usine, il me sera plus facile de faire cette démonstration. Pour le moment, je voudrais que Tun de vous me dît ce que c'est que cette plante?
Dès la première question, remarquant que l'instituteur s'était arrêté, les jeunes promeneurs s'étaient rapprochés de lui, ainsi que l'institutrice, qu'accompagnait Charlotte Bernier, toujours aussi alerte.
— Le colza, répondit alors un des élèves, est une plante qui produit de l'huile bonne à brûler.
— Huile bonne à brûler, reprit Mario, mais vous le savez tous; de même vous n'ignorez pas que le pain se fait avec le blé réduit en poudre ou farine. Je désirais savoir seulement si l'un de vous connaît les caractères de cette plante; mais je vais les expliquer. Vous voyez que la tige est mince; la racine l'est également. On sème les graines vers le mois d'août, puis lorsque les plantes ont acquis une hauteur de quelques centimètres, on les dispose en ligues ou rayons, comme vous pouvez le remarquer ici. Cette opération se fait pendant l'automne, et les petites plantes passent l'hiver ainsi.
— Mais, dit un élève, ne périssent-elles pas sous la
neige? Ou bien comment s'y prend-on pour les garantir de la gelée ?
— C'est la neige qui les protège et les conserve le mieux, mes amis, en empêchant les fortes gelées de les atteindre. Vous pouvez comprendre par cet exemple que ce que nous considérons comme mauvais, est envoyé par Dieu comme utile et nécessaire. Il en est de même pour ce qui nous arrive dans la vie, et vous l'éprouverez plus d'une fois, si le Seigneur vous laisse sur la terre un certain nombre d'années. La maladie, par exemple, en nous tenant sur un lit de douleur, nous ramène à Dieu par la pensée de notre faiblesse; nous avons alors recours à Celui dont nous nous tenions peut-être éloignés, et sa grâce nous donne de meilleurs sentiments, si nous les demandons avec foi et persévérance. La maladie nous préserve donc du mal, comme la neige garantit du froid la plante qu'elle recouvre. Quant à ce dernier fait, il rentre dans les lois de la physique, et nous le traiterons un autre jour Le colza est une variété du genre chou.
— Le colza est un chou? dit Noélie en souriant.
— Les deux plantes n'ont pas la même apparence , c'est vrai ; mais je vous montrerai un chou en floraison, et vous reconnaîtrez que sa fleur ressemble absolument à celle du colza ; elles viennent l'une et l'autre en grappes, sont ordinairement jaunes, ou blanches, quelquefois veinées, c'est-à-dire ayant de petites lignes d'une autre nuance. Il n'en est pas moins exact que le type primitif de l'espèce, le chou sauvage
— Brassica silvestris , dit Christiern à demi-voix en se rapprochant de Mario.
— Juste: chou des bois, répondit l'instituteur. Je vous disais donc, mes amis, que le chou sauvage avait donné
naissance à toutes les espèces que produisent nos potagers et nos jardins, depuis le chou vert ou ordinaire jusqu'au chou-fleur, ainsi qu'au chou rouge, au chou-rave, au frisé, au brocolis, et même au chou de Bruxelles, dont la tige allongée se couvre d'une sorte de bourgeons en rosettes, véritables chous en miniature, dont on fait une récolte presque de chaque jour.
— C'est singulier, dit Noélie en souriant, je n'aurais jamais cru que le colza fût un chou.
. — Et si je vous disais qu'il se rapproche aussi du navet? qu'en penseriez-vous?
— Ah 1 c'est encore plus fort, dit Charlotte. Les élèves semblèrent encore plus étonnés.
— C'est pourtant ainsi, continua Mario évidemment satisfait de l'attention qu'on donnait à ses explications; le colza est une navette; il ne diffère du navet que par la racine, charnue chez l'un, grêle chez Tautre. Vous voyez que Dieu a tout disposé avec ordre sous les cieux, en permettant que les soins de l'homme changeassent pour ainsi dire la nature et la destination d'une seule plante. D'une première variété vous prenez les feuilles, d'une deuxième les racines, et vous vous nourrissez des unes et des autres; d'une troisième on recueille les graines dont on extrait l'huile qui sert à nous éclairer lorsque le soleil porte sa lumière à d'autres pays ; car vous le savez, mes enfants, cet astre ne se couche jamais.
La double bande se remit bientôt en marche sous la conduite de Mademoiselle Valleyres et de l'instituteur. Après une traite d'une heure environ, pendant laquelle les jeunes gens ne se firent pas faute de jeux et de chants, on s'arrêta devant une ferme de belle apparence. Ils y prirent une collation composée de lait et de pain, et
après un court repos ils continuèrent leur promenade. Les questions recommencèrent de plus belle de la part des élèves, mais les instituteurs^ afm de modérer une curiosité souvent plus nuisible qu'utile, se bornèrent à répondre aux pow^quoi et aux comment qui en valaient la peine ; leurs explications instruisirent les enfants, sinon sur tout ce qu'ils désiraient connaître, au moins sur les choses vraiment importantes.
Au retour, les jeux devinrent moins bruyants, la fatigue avait gagné les plus jeunes écoliers. Le terrain descendait en pente douce, et l'on apercevait au loin les toits de la Cité, lorsqu^on fit une dernière halte.
Autour de nos promeneurs s'élevaient des habitations champêtres environnées d'arbres et de haies. A l'horizon se dessinaient les clochers et les tours des églises de Lille, ainsi que les gigantesques cheminées des manufactures de cette ville.
— Savez-vous à quoi je pense. Mesdemoiselles, à la vue de ces colonnes de fumée se dissipant sous les rayons du soleil ?
— Je crois le deviner. Monsieur, répond la jeune Vaudoise. N'espérez-vous pas que le nuage d'ignorance et de misère, qui couvre aujourd'hui tant de malheureux, pourra disparaître également un jour, si des établissements semblables à notre Cité s'élèvent partout où l'on souffre? Pourtant je crois qu'il faudra de longues années pour réahser cet espoir. Dans mon pays, l'Etat, les communes sont tenus de poursoir aux besoins de leurs indigents. Avec de telles lois, on pourrait croire qu'il n'y a point de pauvres en Suisse ; mais il en vient de l'étranger. Ainsi, là encore, la charité peut être exercée.
— Oui, j'espère la réalisation du plan de Dieu sur la
terre. Commençons par donner la lumière au peuple en procurant rinstruction aux enfants, objet cligne de toute l'attention des législateurs : « On doit un grand respect au jeune âge, » a dit un moraliste latin. Malheureusement tout progrès est lent; la vérité pénètre tardivement dans les masses ; et l'obstacle le plus difficile à renverser est cette force d'inertie qui résiste passivement à toute amélioration.
— Mais pourquoi le gouvernement ne force-t-il pas les parents à envoyer les enfants à l'école, dit Charlotte.
— Une telle loi existe en Allemagne, Mademoiselle; mais ce qui est reçu dans un pays ne peut l'être dans tous les autres. En France, nos habitudes de liberté s'opposent à une contrainte de ce genre. Il faudrait qu'on fît sentir, toucher du doigt que l'instruction est aussi indispensable à l'âme que le pain est nécessaire à la conservation de la vie physique. Tant que l'opinion publique n'aura pas changé à cet égard, une loi serait constamment éludée. Mais si cette transformation des idées continue à se propager et réalise enfin nos espérances, il ne sera plus nécessaire de faire une loi. Il vaut mieux employer la persuasion que la force; tel est le système que M. Muyssaert a résumé dans ces paroles : « Faites comprendre aux enfants que, pour eux, toute la morale est dans l'obéissance; mais n'imposez pas celle-ci d'une manière trop ostensible : c'est une faiblesse de notre nature dont il faut tenir compte. » En pratiquant ce système, nous avons reconnu que M. Muyssaert était dans le vrai.
— Je n'ai guère le temps de m'occuper de ce que vous faites à l'école, interrompit Charlotte, mais je remarque que tous vos élèves y vont avec plaisir. Pourquoi donc?
— Les récompenses et les peines sont bannies le plus possible de nos classes^ parce que trop souvent, hélas! elles ont pour résultat d'éveiller les passions : les premières excitent la jalousie, qui engendre tous les vices; les punitions aboutissent rarement au bien, car elles n'inspirent pas l'amour. Un jour viendra, je Fespère, où nous pourrons supprimer totalement les peines et les récompenses.
— Et par quoi les remplacerez-vous?
— Par Tamour, Mademoiselle, répondit Mary, dont la voix doucement timbrée devait inspirer cette affection à tous ceux qui l'entouraient. Seul l'amour inspire le respect, continua-t-elle : où il suffit d'un regard ne parlez pas; où il suffit d'un mot, gardez-vous d'en dire deux. Plus les enfants comprennent le langage des yeux de leur maître, moins il est besoin de paroles pour leur éducation.
Ici la conversation fut interrompue par le son d'une cloche éloignée. Elle annonçait midi. Mario se leva et ce fut comme un signal pour le retour. Bientôt nos promeneurs se retrouvèrent dans leurs familles.
Dans l'après-midi de ce même jour, nous retournons chez Breton. Devant une table, Christiern montre les cléments de la lecture au petit Clément, charmant bambin de cinq ans; de l'autre côté, Mary Valleyres donne une leçon à Noélie; Jeanne, portant son nourrisson, contemple avec bonheur ce groupe intéressant. Près de la fenêtre, Martial, absent à l'heure du diner, prend un tardif repas.
— Voyons, Clément, dit alors Christiern, nous arrivons à la fin; fis encore le 10« verset.
L'enfant jette un regard d'espérance vers l'avenue, et
se met pourtant à lire les syllabes qui paraissent successivement sous le doigt du jeune instituteur.
— Et TE-ter-nel vint, et se tint là, et il ap-pe-la, com-meila-vaitfaitlcs au -très fois ; Sa-mu-èl, Sa-mu-él, et Sa-mu-ël dit : Par-le ; car ton ser-vi-teur é-cou-te.
— Très bien; demain nous reprendrons au verset H, la suite de ^histoire du jeune Samuel. Tu as vu combien il était toujours disposé àTobéissance envers Dieu; nous devons tâcher de Timiter.
— Oui. Viens-tu jouer?
— Tout à l'heure. Clément; j'attends que Noélie ait terminé.
— Ce sera bientôt, dit celle-ci ; n'est-ce pas, Mademoiselle Mary?
— Oui, mon enfant.
Enfin, le moment désiré arrive. Clément s'élance dans l'avenue, suivi de Noélie et de Christiern; celui-ci porte un livre. Laissons-les profiter de ces heures de congé et restons chez Martial.
— Combien vous êtes bonne envers notre Noéhe, Mademoiselle; vous lui réservez même vos heures de loisir.
— Elle a beaucoup de reconnaissance, cette chère enfant, Monsieur Breton, et c'est un plaisir que je me procure à si peu de frais, répond Mary en souriant.
— Ah ! voilà Juliette, dit Jeanne.
— Elle-même, mes amis. Bonjour, Mademoiselle Mary. Je viens avec Adèle, en passant, vous montrer le nouveau genre de broderie que l'on vient de nous donner à faire à la fabrique.
— Ah! c'est très joli, reprit Jeanne, et je voudrais qu'il me fût encore permis de broder; mais, avec mes trois enfants, ce n'est plus possible.
— Et je souhaite que tu n'y touches plus, femme ; tes longues veillées, pendant mon temps de service, ont affaibli ta vue, et je désire aujourd'hui te dispenser de tout travail autre que celui du ménage.
— Vous avez raison. Monsieur Breton, dit Adèle; Jeanne a assez travaillé; je ne puis pas broder souvent, mais on me laisse les ouvrages les moins pressés, et dès que je trouve quelques moments, par-ci par-là, je les utilise, et avec mon petit gain, je parviens à suffire à l'entretien de mes enfants.
— Eh! bien, moi qui n'en ai pas, dit à son tour Juliette, je suis bien heureuse que ma mère m'ait appris tous les genres de broderie. Il est vrai que je ne m'occupe pas du ménage , puisque maman Cocheteux le fait pour mes frères et pour nous. Mon travail me permet ainsi de faire des économies.
— Vous êtes donc devenue bien avare, dit Jeanne en souriant.
— Ah ! c'est que Jacques voudrait acheter notre maison; puisque je suis sa femme, je l'y aide autant que je peux.
— Vous ne destinez pas toutes vos économies à l'achat de la maison que vous habitez, lui dit l'institutrice à voix basse; mais je sais aussi que vous les placez très bien.
— Silence, Mademoiselle, je vous en prie, répondit Juliette en rougissant... D'ailleurs, reprit-elle , puisque vous savez quelque chose de cette affaire..., c'est que vous en êtes aussi.
Mary rougit à son tour; son regard sembla réclamer le silence qui lui avait été demandé à elle-même quelques minutes auparavant.
Les personnes présentes s'aperçurent de ce court en-
tretien^ mais sans chercher à pénétrer le secret des deux jeunes femmes.
— Si nous pouvons songer à améliorer notre avenir, reprit JuHette, c'est, après Dieu, à M. Muyssaert que nous en sommes redevables.
— C'est bien vrai, dit Martial ; la pensée du patron a toujours été qu'il faut laisser les femmes aux soins du ménage, et il n'a rien épargné pour arriver à ce but. D'abord vous savez que le travail qui leur est réservé dans les autres fabriques est fait ici par de jeunes garçons.
— Et il a raison, en cela comme en beaucoup d'autres choses, fit observer Mary; en entreprenant les divers genres de broderies que la fabrique répand en France et à l'étranger, il évite le danger de la fréquentation des ateliers par les femmes : fréquentation qui cause tant d'abus et de fautes. Puis, sans négliger les soins de l'intérieur, rendu ainsi plus attrayant, la famille se procure un léger bien-être dû au travail effectué par la femme. Lorsque la mère est employée dans une fabrique, les jeunes enfants sont recueillis, pendant la journée, dans les asiles protecteurs ouverts par la charité publique; il en résulte que la vie de famille est amoindrie, bientôt abandonnée, et ces petits êtres sont alors regardés comme une charge dont on a hâte de se débarrasser.
— Et voilà pourquoi l'on voit si peu d'enfants respectueux, reprit Breton. La femme et l'enfant à la maison, le père au travail du dehors, voilà la règle; au moins lorsque l'ouvrier rentre le soir, il est assuré de retrouver des cœurs joyeux de son retour, et il peut ainsi se retremper dans les douces affections du foyer domestique.
— C'est seulement dans la maison que la femme est vraiment à sa place. Là elle peut élever ses enfants dans
la pratique de tous les devoirs; elle peut^ par l'exemple de sa vie chrétienne, rendre son mari fidèle en le rapprochant de Dieu.
— Il n'y a point de bonheur pour une famille lorsqu'elle se tient éloignée de Dieu^ ajouta Breton avec chaleur. II faudrait que partout on comprît bien que le christianisme seul peut aider à régénérer la société , cette grande famille qui se désorganise de plus en plus; et lorsqu'elle sera raffermie sur l'inébranlable fondement de la foi, nous n'aurons plus à craindre les perturbations qui trop souvent troublent les Etats. Mais il faut que cette rénovation provienne des individualités, car les gouvernements ne peuvent donner qu'un appui moral. Chacun doit donc aider à réédifier Tédifice commun.
— La femme peut beaucoup dans cette œuvre. Monsieur Breton ; l'éducation de l'enfance lui appartient naturellement.
— Oui, Mademoiselle, sa mission est sacrée; l'homme ne peut, ne doit pas l'en distraire ; il doit même y concourir de tout son pouvoir.
Martial s'arrêta pour saluer un vieillard qui entrait dans la maison. Ce vieillard marchait lentement en s'appuyant sur une canne. A ses cheveux blancs et rares, à ses joues pâles et creuses, à ce corps tout courbé et tremblotant, il eut été très difficile de reconnaître l'allure presque martiale de l'homme que nous avons laissé sous le coup d'une atteinte portée à son cœur égoïste par la faible voix d'un enfant.
— Bonjour, Monsieur Rudaleau, dit Breton en roulant un fauteuil au-devant du visiteur, qu'il aida à s'y asseoir. Vous profitez de ce bon soleil pour faire une petite promenade?
— Oui, mon ami, et je n'ai point voulu rentrer sans voir... vos enfants. Où sont-ils donc?
— Ils jouent dans l'avenue , dit îeanne. Je m'étonne que vous ne les ayez pas rencontrés. Je vais les appeler.
— Ne les dérangez pas, ces chers enfants. J'attendrai leur retour; mais veuillez, je vous prie, avertir Mademoiselle Bernier que je suis ici : elle pourrait s'étonner de ma longue absence.
Jeanne sortit aussitôt avec Adèle et Juliette, qui rentrèrent chez elles, et quelques instants après elle revint avec Charlotte. Des cris joyeux retentissaient dans l'avenue. Les jeunes promeneurs de la matinée se livraient aux jeux de leur âge. Christiern, assis à l'écart sous un arbre du quinconce, paraissait fort occupé de la lecture d'un livre. NoéUe allait de temps en temps vers son frère, dont elle respectait les préoccupations, et elle retournait ensuite près des autres enfants, toutefois sans prendre part à leurs ébats.
— Ah ! s'écrie tout à coup le vieillard , n'est-ce pas Christiern que j'aperçois lisant sous les arbres?
— Mais oui, répond Charlotte, nous avons passé près de lui tout à l'heure, mais il ne nous a point aperçues,
— Je crois qu'il se livre trop à l'étude.
— Oh ! non , Monsieur. 11 prend aussi part aux jeux ; mais s'il trouve un livre à sa portée, qui traite de science ou d'histoire, vite il laisse la plus joyeuse partie, et il se retire dans quelque endroit écarté. C'est ce qu'il a fait aujourd'hui : M. Mario est sorti de la filature avec un livre traitant de la mécanique, et, sur la demande de Christiern, il lui a prêté ce volume.
— Enfin, reprit lentement M. Rudaleau, je voudrais qu'il n'étudiât pas autant. Qu'a-t-il besoin de savoir tant
de choses? Ne sera-t-il pas à son aise im jour? Vous qui avez sur lui un si grand pouvoir^ Madame, ne pourriezvous Tempêcher de se livrer à des études qui Tépuisent, lui si délicat et si frêle; je ne veux pas qu'il meure avant
moi, puisque, vous le savez, je
M. Rudaleau s'arrête en remarquant un air moqueur sur la physionomie de Charlotte, qui continue la phrase d'une façon ironique :
— ... L'ai constitué mon héritier par acte en bonne et due forme passé par-devant notaire... Oh! certes, nous le savons, Monsieur, car vous le répétez assez souvent. Malheureusement, personne ne tombe à vos genoux pour
vous remercier pas même Christiern, qui ne paraît
pas du tout disposé à aimer les belles pièces d'or sonnantes et trébuchantes, comme vous les désignez toutes les fois que vous dressez un bail à vos locataires.
— Allons, Mademoiselle, accusez-moi d'égoïsme, d'avarice, et de bien d'autres défauts encore.
— Non, Monsieur Rudaleau, pardonnez à la vivacité de ma langue; je reconnais que vous êtes déjà bien changé, grâce aux efforts et aux sacrifices que vous faites sans cesse.
— Si Christiern n'a pas témoigné sa reconnaissance envers Monsieur, dit alors Jeanne avec une certaine émotion, c'est qu'il ne comprend pas que l'on puisse éprouver du bonheur en espérant des biens dont on ne deviendra possesseur qu'après la mort de personnes souvent bien chères.
— Le garçon ignore encore ce que le monde appelle des espérances, ajoute Martial en souriant.
Pendant ce temps, le vieillard réfléchissait. Hélas! pensait-il, quand pourrai-je donc, ainsi que me le disait
hier encore mon ami Muyssaert, quand pourrai-je arriver à Toubli du bien que j'aurai pu faire, ce qui est une des perfections que l'homme doit chercher à atteindre. Ah ! qu'il est difficile de pratiquer la vertu à la fin d'une vie mauvaise.
Mais comment cette transformation, partielle encore, s'est-elle produite chez cet homme , que nous avons connu extraordinairement vicieux? Rudaleau, nous le rappelons, avait eu le bonheur d'être élevé par une mère pieuse, éclairée par les saintes vérités du christianisme; elle avait gravé dans le cœur de son fils des préceptes que la main du vice ne peut jamais effacer complètement. Et le fils insoumis, l'ingrat, le spoliateur, Tégoïste s'était senti toucher profondément par cette voix d'enfant qui lui rappela les enseignements maternels. Que l'on ne s'étonne point de ce résultat obtenu chez un avare, classe d'individus que l'on croit communément incapables de changer. N'a-t-on pas vu de grands criminels, à la fin d'une vie tissue de brigandages, se souvenir des naïves impressions reçues au foyer maternel, et rendre à Dieu leur âme régénérée par le repentir, qu'avait amené la parole sainte, oubliée trop longtemps, et que venait leur rappeler au moment suprême la voix d'un aumônier des prisons? Cela n'implique pas qu'il n'est jamais trop tard pour faire une bonne fin, et telle n'est pas notre pensée. « On plie à son gré le bois vert, dit un poète oriental, mais quand il est sec on ne peut le redresser qu'avec le feu. » Oh ! que Dieu nous garde de devenir trop secs !
Rudaleau s'était donc souvenu de cette mère qu'il avait vue mourir désolée de l'avenir qu'il se préparait. Il avait d'abord compris cette vérité élémentaire qu'il est préférable de souffrir le mal (jue de le faire, et lorsque, plus
tard, une longue et douloureuse maladie Teut conduit à reconnaître l'inanité des biens terrestres, il résolut de prendre une autre voie, et il tenta dès lors tous les efforts possibles afin d'y atteindre. Mais le sens moral était trop obscurci dans son cœur, la soif de Tor ne put être étanchée dès qu'il le voulut, parce que sa volonté n'était point assez arrêtée; aussi, malgré les conseils et les exhortations des personnes dévouées qui rapprochaient, malgré ses largesses aux pauvres, et les bonnes œuvres auxquelles il participait , Tespérauce du pardon n'avait point encore consolé ni réchauffé son âme. Le silence fut enfin interrompu par Charlotte.
— Ah! dit-elle, voilà votre héritier qui revient avec Noéhe.
A ces mots le vieillard parut sortir de son accablement ; ses traits prirent même une expression joyeuse, et il se levait pour apercevoir plus tôt Christiern, lorsque la porte s'ouvrit et donna passage aux enfants.
— Bonjour, Monsieur Rudaleau, comment allez-vous aujourd'hui? Voulez-vous me permettre de vous accompagner à la promenade?
— Je te remercie, mon ami; je vais rentrer chez moi; à mon âge les courses ne sont plus longues, et il y a plus d'une heure que je suis sorti.
— Laissez-moi au moins vous accompagner jusque chez vous?
— Tu vas au-devant d'une demande que j'allais te faire. J'ai à te confier une petite commission.
M. Rudaleau se leva et prit sa canne.
— Déjà, Monsieur, n'êtes-vous pas bien chez nous?
— Parfaitement bien. Madame Breton, mais j'ai hâte d'envoyer Christiern à quelque distance de la Cité, et je
ne voudrais pas le priver trop longtemps de la société de ses jeunes amis.
Il sortit alors avec Charlotte et Christiern. Rentré dans sa chambre, il dit à celui-ci :
— Ecoute, mon enfant, tu vas aller porter ces vingt... non... ces dix francs à la pauvre femme qui demeure sur la route de Tournay, et dont le mari s'est cassé la jambe, il y a huit jours, en tombant d'un échafaudage. Si l'on te questionne, borne-toi à répondre que cet argent leur est envoyé par un ami, qui ne les abandonnera pas.
— Oh ! Monsieur, combien vous êtes bon!
— Le crois-tu^ Christiern?
— En voici une preuve, répondit le jeune garçon en faisant sonner les deux pièces de cinq francs.
Puis il sortit précipitamment et se mit à courir dans la direction delà maison du blessé. A peu de distance, il rejoignit l'institutrice, qui suivait le même chemin.
— Mademoiselle iMary, je vous ai aperçue de loin sur la routCj et bien que vous marchiez très vite, je suis parvenu à vous rejoindre.
— Où allez-vous donc, Christiern?
— Dans une maison où m'envoie M. Rudaleau.
— Ah!...
Ils cheminèrent en silence pendant quelques inst"* ts. Enfin ils s'arrêtèrent ensemble devant une maisoniielte à l'apparence misérable.
— Vous venez ici?
— Oui, Mademoiselle. Et vous aussi, n'est-ce pas*^ Je l'avais deviné.
— Entrons alors, Christiern.
— Celui qui m'envoie tient à n'être pas connu. Mademoiselle.
— Vous pouvez être tranquille. De même, ne prononcez pas mon nom.
— C'est convenu, Mademoiselle.
Ils entrèrent dans la maisonnette, et furent très surpris de trouver là Juliette, brodant près du lit du blessé.
— Hé! s'écria la jeune femme, Mademoiselle
Mais elle s'arrêta sous le double regard des arrivants. Le malade parut d'abord étonné de cette visite. Sa
femme laissa de côté un sarrau de toile qu'elle raccommodait et elle invita Mary et Christiern à s'asseoir. Trois enfants se tenaient debout, avec un air intimidé et la bouche entr'ouverte, examinant furtivement les étrangers.
Christiern s'acquitta discrètement de son message. Mary prit ensuite la pauvre femme à paît, et en obtint la promesse d'envoyer l'aîné de ses enfants à l'école de la Cité. Pendant ce temps, le docteur Talmy vint faire sa visite quotidienne. C'était par lui qu'on avait appiis à la Cité l'accident arrivé au charpentier. Quelques minutes après M. et Madame Muyssaert survinrent encore, et portèrent au comble la gêne et la confusion de toutes les personnes présentes. Chacun était satisfait d'être venu dans cette maison, et pourtant tous eussent été plus à l'aise, leur semblait-il, s'ils s'y fussent présentés séparément. Seul le docteur paraissait dans son élément : il vaquv-iit aux soins de son ministère. La jambe du patient avait été adroitement remise; on espérait qu'il en serait quitte pour un repos forcé de six ou sept semaines. Talmy, après avoir donné des instructions à la femme, chercha le moyen de tiref d'embarras les derniers arrivés.
— Pierre^ dit-il, voici Monsieur qui pourra vous oc-
cuper à quelques travaux lorsque vous serez complètement rétabli.
— Oui, mon ami, ajouta vivement M. Muyssaert; pourriez-vous vous charger d'exécuter quelques réparations qui vous occuperaient pendant plusieurs mois?
— Volontiers, Monsieur.
— Eh! bien, c'est convenu. En attendant, comme il vous faut vivre, ainsi que votre famille, je veux vous faire une avance; nous réglerons plus tard.
— Mais, Monsieur, je ne sais si je peux accepter ; je ne prévois pas à quelle époque il me sera possible de reprendre mes outils.
— Espérez, mon ami, dit Madame Muyssaert, Dieu est bon, il n'abandonne pas ceux qui ont recours à lui.
— Qu'il vous entende, Madame Muyssaert; je sais bien qu'il vous exaucera, vous qui êtes si bonne pour le pauvre monde.
— Vous connaissez Madame?
— Et vous aussi. Monsieur Muyssaert Oh! je vous
connais tous, vous qui êtes venus apporter ici la consolation. Qui pourrait donc ignorer votre existence? Quelle est la pauvre famille qui n'a reçu quelque soulagement des gens de la Cité du Devoir? Allez, vos noms sont bénis dans toute la contrée.
— Taisez-vous, Pierre, interrompit le docteur; je ne veux pas que vous ayez la fièvre.
— Je ne sais pas. Monsieur Talmy, si j'aurai la tièvre; mais ce que je sens bien , c'est que la visite de ces personnes charitables me remue jusqu'au fond du cœur, et lorsque l'esprit est tranquille et content, le corps est presque guéri. Je vous dois tout cela, à vous, d'abord. Oh! vous ne sauriez m'empêcher de parler. Grâce à vous.
ma femme et mes enfants ne manquent de rien, et je suis près d'eux, au lieu d'être à Thôpital, bien soigné aussi sans doute, mais avec la pensée qu'on pleure et qu'on a faim à la maison. Tenez, voilà ce qui m'aurait donné la fièvre. Maintenant que j'ai dit ce que j'avais sur le cœur, je ne parlerai plus. Quant aux remercîments, on verra après ma guérison si je suis oublieux et ingrat.
Juliette offrit à boire au blessé; elle reborda ensuite le lit, que Pierre avait mis en désordre. Le brave homme parut dès lors étranger à ce qui se passait près de lui.
Les visiteurs se retirèrent, et^ à l'exception de Christiern, aucun d'eux ne retourna directement à la Cité. Ils ne voulaient pas que l'on s'aperçut aux alentours du but de leur sortie. C'était à une action de ce genre que Mary avait fait allusion, le matin de ce jour-là, en disant à Juliette : « Vous ne destinez pas toutes vos économies à l'achat de la maison que vous habitez. »
Six semaines après, Pierre, avec sa femme et ses enfants, alla demander de l'ouvrage à M. Muyssaert, et, ainsi qu'il l'avait promis, il ne fut ni oublieux ni ingrat.