D ERNEST BERNIER
Nous avons appris, mon cher Christiern, votre heureuse arrivée dans le nouveau monde. Est-il bien différent de l'ancien? J'espère fort qu'à votre retour, si vous ne le faites pas dans vos lettres, vous nous décrirez les pays que vous parcourez. Recueillez surtout des mélodies sauvages, des symphonies peaux-rouges, des chœurs iroquois : je me fais une fête de les enseigner à nos jeunes élèves. Je vous vois sourire. Il est toujours le même, pensez-vous. Ah! c'est que je n'ai que ma légèreté d'esprit pour me distinguer du grave Alfred.
Ici il y a un nutige de tristesse répandu sur toutes les physionomies. Le docteur est très affligé de la perte de son fidèle Black. Mademoiselle Breton s'est chargée de vous donner des détails à ce sujet. Ce bon Talmy est retombé dans ses accès de tristesse d'autrefois. Je ne comprends pas qu'un homme puisse être autant affecté de la mort d'un chien. Il y a sans doute autre chose là-dessous. Il n'y a pas jusqu'à notre bonne tante qui ne semble aussi avoir. perdu sa gaieté d'autrefois, et qui ne se laisse plus même toucher par mes chants. Je sais ce qui la tient ainsi: elle veut voir ses neveux mariés. Enfin elle sera bientôt au comble de ses vœux. Jusqu'à ces derniers temps, Alfred et moi n'avions guère songé au mariage; mais notre mère nous presse, et nous nous sommes décidés. Ainsi préparez-vous à nous voir en ménage lorsque vous nous reviendrez.
Les affaires marchent bien ici , et Ton pourrait augmenter le nombre des ouvriers et par suite bâtir de nouvelles habitations; mais la place nous manque^ et nos voisins ne veulent toujours pas vendre. 11 faudra pourtant trouver un moyen. Au lieu d'employer en cultures le terrain placé derrière les quatre rues^ M. Muyssaert attendra Tépoque de Texpiration des baux , afin d'y bâtir. Son intention était d'abord d'agrandir l'exploitation de la terre^ et d'associer l'agriculture avec l'industrie. Il ne voudrait pas déposséder, pour ainsi dire^ les fermiers locataires de ces petits coins de terre, quoiqu'ils n'y eussent pas toutes leurs aises à cause de l'éloignement de leurs habitations, et c'est pour cela qu'il désirait donner de l'extension à cette culture. Aussi en est-il affecté,, et éprouve-t-il des embarras pour tout concilier. Madame Muyssaert espère que le secours viendra au moment opportun. Oh! que Dieu hâte Taccomplissement de son espérance. Ma mère, Mario, le docteur et Alfred vous prient de revenir le plus tôt possible. Adieu.
Christiern ne répondit point immédiatement à ces diverses lettres. Il était préoccupé de l'insuccès de ses recherches, et, se disposant à quitter New-York après sa visite à ^Yest-Point, il attendait qu'il fût décidé sur la route à suivre, afin d'indiquer à ses amis son itinéraire. 11 résolut alors de ne plus différer son petit voyage, et le lendemain il monta sur un bateau à vapeur qui le déposa après quelques heures au but de sa promenade.
West-Point est une ville établie seulement depuis 1802. Au temps de la guerre de l'Indépendance, le plateau qu'elle occupe, brusquement terminé du côté de
THudson par une longue étendue de rochers escarpés, était en outre défendu par une ligne de retranchements et par de nombreuses batteries. Cette situation était la plus forte qui put commander le fleuve, et Washington y avait établi une partie de son armée. Kosciusko, alors aide de camp du général américain, ayant sous les yeux Texemple d'une haute vertu, songeait avec douleur aux destinées de la Pologne. Dans les intervalles de loisir que lui laissaient ses devoirs militaires, souvent il se retirait pour songer à la patrie absente. Sa retraite favorite était une plate-forme étroite et sauvage, que la nature avait taillée sur le flanc du promontoire. Ce lieu, qui a conservé le nom de Jardin de Kosciusko, était situé entre une roche escarpée qui le menaçait de sa chute, et un précipice au bas duquel THudson déployait son cours. Divers arbustes, des lilas, des lauriers, y étaient cultivés par le jeune héros, et cette sorte de sanctuaire devait garder son souvenir aux générations futures.
Lorsque Christiern arriva en ce lieu, qui pour lui avait d'autant plus de charmes, qu'au souvenir de la Pologne se rattachait celui de son aïeul, l'ami de Kosciusko, il se découvrit avec respect. Il lui semblait voir errer des ombres vénérées sous les arbres touffus de ce beau séjour. Puis son imagination franchissait les collines qui longent le cours du fleuve; elle volait, par-dessus l'Océan, bien loin, à l'extrémité de l'Europe, et il revoyait les lieux où s'était écoulée son enfance, et la tombe de sa mère dans sa chère patrie. Ses yeux se mouillaient de larmes, lorsqu'il sentit une main s'appuyer sur son épaule.
— Eh bien, Monsieur Prawdziowski, vous êtes venu Nisiter le jardin de votre compatriote?
Celui qui lui adicssait cette {Question était un honmie
paraissant avoir atteint l'extrèuie limite de l'âge inùr. Grande de forte corpulence, la tête ouibrigée d'une abondante chevelure;, le teint légèrement bistré, l'œil noir et perçant, sa physionomie était réellement imposante. Une jeune fille raccompagnait. Elle offrait le type de la beauté créole : ses mou\ements nonchalammeiit doux, ses traits fins qu'animait l'éclat de ses yeux d'un bleu sombre, voilés par de longs cils, un nez légèrement aquilin, de jolies lèvres roses qui laissaient apparaître, lorsqu'elle souriait, des dents d'une blancheur éclatante ; tout cet assemblage des beautés féminines relevait une taille, petite il est vrai, mais parfaitement proportionnée. Soit que Christiernfùt ébloui par cette apparition, soit que l'action et la parole de l'étranger ne l'eussent pas tiré complètement de sa rêverie, il ne répondit pas immédiatement.
— Monsieur Prawdziovvski reprit l'inconnu.
— Ohl excusez-moi. Monsieur, oui... je...
— Ah ! je devrais vous demander pardon de ma brusquerie; mais j'espérais être reconnu par vous, il me paraît que vous avez perdu le souvenir de notre première rencontre.
— Je me souviens. Monsieur, c'était à la leçon du docteur Bolton?
— Oui, Monsieur, répondit l'étranger. Puis il reprit en souriant : La parole de cet ami de la charité vous électrisait tellement, que je crus un instant que vous ne sauriez attendre la fin de son discours pour aller le féliciter. \e rougissez pas, jeune homme, dit-:l en serrant la main de Christiern, il est beau d'avoir du cœur, parce que c'est une chose très rare. Lucy, — ma fille. Monsieur, — joins-toi à moi pour engager II. Prawdziowski à nous ho-
norer de ses visites. Il sera toujours reçu avec plaisir à notre maison de New-York.
Christiern s'inclina.
— Il ne m'est pas permis de séjourner plus longtemps à New-York , et je me vois^ à regret, forcé de décliner votre cordiale invitation. Toutefois, j'irai vous saluer avant mon départ.
— Ne le retarderez-vous pas de quelques jours en notre faveur? dit la voix claire et gracieuse de Lucy.
— Miss, je ne puis...
— Vous refuser, acheva vivement l'étranger en souriant. C'est convenu, mon jeune ami. En attendant, puisque nous devons probablement rentrer ensemble à New-York, et que le steamer qui vous a amené ne repassera ici que demain, nous vous offrons l'hospitalité à la plantation que Ton aperçoit à un mille de distance, dans la direction du fleuve.
— Mais, Monsieur, à peine suis-je connu de vous.
— Vous croyez!... Détrompez-vous; je connais parfaifaitement M. Christiern Prawdziowski , fils adoptif de M. Muyssaert, le promoteur d'une œuvre excellente en France, dans le département du Nord. Je sais aussi que vous êtes à la recherche d'un M. Torstown ou Corstown, car les journaux ont imprimé d'abord le premier nom, et enfin le second depuis votre arrivée. Je pourrai, je l'espère, vous être utile par mes relations avec toutes les parties de l'Union, et même vous faciliter, mieux que tous les journaux du monde, la rencontre de l'homme que vous cherchez. Acceptez-vous, Monsieur?
Christiern était au comble de la surprise, et de ses lèvres s'échappa un :
— Oui, Monsieur...
— Mill Curtis^ répondit son interlocuteur, qui feignit de croire à ia demande de son nom, ou qui voulut ainsi devancer une question.
— Je vous remercie d'avoir accepté ^hospitalité dans notre petit domaine^, s'empressa d'ajouter Lucy, et en ma qualité de châtelaine, je tâcherai de vous faire oublier pendant quelques jours le but de votre voyage.
A ce moment arriva un élève de Técole militaire de West-Point. Il s'avança vers M. Mill :
T— Ah ! mon oncle, je suis heureux de vous rencontrer. Je voudrais aller vous rendre visite, et je compte sur vous pour me faire obtenir une permission de sortie.
M. Mill emmena le jeune homme à l'écart, et Miss Lucy rest^ près de Christiern.
— Vous êtes venu admirer un lieu célèbre dans notre histoire et dans la vôtre, Monsieur. Il est beau d'avoir ainsi le culte des souvenirs.
— Le jardin de Kosciusko me rappelle, avec la patrie, des souvenirs de famille : mon aïeul fut l'ami du héros. Vous pouvez comprendre maintenant, Miss, l'émotion que j'éprouvais tout à Theure. L'image de ce lieu ne sortira plus de ma mémoire , et il s'y ajoutera un nouveau souvenir plein de charrxie.
— Eh! Monsieur un compliment je m'aperçois
que vous avez vécu en France.
— On nous donne le nom de Français du Nord, répondit Christiern en souriant.
— Encore une de mes illusions qui s'en va . dit la jeune Américaine avec un gracieux mouvement de tète. Je vous supposais rêveur et mélancolique comme les émigrants du Nord de l'Europe qui arrivent ici.
— Les impressions si mobiles et si fugitives d'un autre
peuple ont probablement opéré sur mon caractère. Qui sait si je ne changerai pas aussi en Amérique.
— Mais c'est affreux! Comment, Monsieur, vous vous transformez si facilement? Mais vous allez donc devenir ici un homme de bourse, parlant toujours de reports et de fin courant, ou de balles de coton, de boucauts de sucre et de café.
Cette conversation frivole fut interrompue par le retour de Sir Mill.
— Edwin viendra tantôt, Lucy.
La jeune fille avait rougi légèrement.
— Viendra-t-il d'autres personnes, mon père?
— Non, nous serons en famille. Cela conviendra peutêtre mieux à notre hôte?
— Je ne voudrais point que ma présence vous gênât le moins du monde. Monsieur, et je me conformerai à vos habitudes.
— Nous avons à causer, mon jeune ami.
Depuis quelques instants, Christiern réfléchissait à ce qu'avait de singuHèrement étrange cette rencontre qu'il n'avait pas cherchée, et qui lui paraissait pourtant avoir été préparée. D'où vient, pensait-il, que ma personne et le but de mon voyage soient si bien connus de Sir Mill?
On arriva bientôt à une délicieuse habitation, composée de plusieurs corps de logis, établie sur la pente d'une colline couronnée d'arbres. Dans cette situation élevée, en face du fleuve qui roule ses flots autour de l'île de la Constitution, cette maison, lorsque ses fenêtres répandaient le soir une clarté hospitalière, semblait un phare destiné aux navigateurs, qui pouvaient ainsi éviter l'entrée du bras ouest de l'Hudson, sorte de canal aux eaux peu profondes. Elle servait, le jour, de point d'orien-
lation au voyageur égaré dans les campagnes voisines. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on apercevait des champs de coton et de blé. Des nègres y étaient répandus en grand nombre. La récolte s'achevait. A une certaine distance, et dans une situation très pittoresque, des lignes de cases blanches, entourées de jardins, témoignaient que le maître n'avait rien néghgé pour améliorer le sort de ses ouvriers. Les jardins, parfaitement entretenus, prouvaient que les nègres avaient le temps de les cultiver.
Quelques serviteurs noirs accoururent avec empressement au-devant de Sir Mill et de sa fille ; celle-ci se retira pour donner quelques ordres. On entendait au loin les chants des nègres revenant du travail. Ces airs, monotones et mélancoliques, faisaient- songer à Tétat dégradant dans lequel sont encore plongées un si grand nombre de créatures humaines. Christiern était devenu soucieux. Sir Mill s'en aperçut.
— Vous pensez à la plaie de l'esclavage? lui dit-il.
— Oui, Sir, et je m'étonne qu'une république laisse subsister une telle anomalie.
— Oubliez-vous donc que le Code noir nous a été légué par l'Angleterre, par une monarchie constitutionnelle et libérale. Avec vous je déplore cet état de choses, et pour mon compte j'y remédie autant qu'il est en mon pouvoir. Les nègres attachés à mes plantations du Sud sont esclaves pour la plupart, mais ils ne sentent pas leurs chaînes. De longues années s'écouleront encore, je le crains, avant l'abohtion de cette révoltante iniquité. Toutefois l'opinion publique s'est émue dans plusieurs Etats, et je verrai peut-être disparaître ce crime delèseliumanité qui pèse depuis deux siècles sur notre pays.
En attendant j'emploie le remède de Taffranchissement. Dès que ces pauvres gens parviennent à un certain degré de culture intellectuelle et morale^ et que leur travail peut suffire aux besoins de leurs familles, je les place dans la catégorie des serviteurs libres et salariés. Tous ceux que nous avons rencontrés sont dans cette condition» Jamais je n'ai acheté un homme, mon cœur y eût répugné, à moins que ce ne fut pour Fenlever à un de ces planteurs cruels, hélas! en trop grand nombre. Mais dans ce cas, je dois employer un intermédiaire, car mes opinions abolitionnistes sont trop connues. Les malheureux qui nous viennent ainsi me donnent d'abord de grands soucis. Aigris par les mauvais traitements, séparés de leurs femmes et de leurs enfants, il est très difficile de les diriger, de les sauver d'eux-mêmes. Ils tombent d'ordinaire dans un état d'abattement moral et physique dont on ne peut guère les tirer qu'en découvrant et en rachetant les êtres chéris dont ils ont été cruellement séparés. Mais il faut les voir dès lors : ils deviennent laborieux, intelligents, dévoués, et répondent ainsi victorieusement à ceux qui les accusent de n'éprouver point l'amour de la famille. Toutefois combien de sang et de larmes seront répandus encore avant d'arriver à une transformation générale.
— Des sociétés pour l'abolition de l'esclavage existent en Europe ; nos journaux s'occupent de cette question ; bientôt, je l'espère, nous pourrons saluer le lever de la liberté générale; nous pourrons nous dire hommes et chrétiens sans rougir.
— Bravo! mon jeune ami; vous avez l'enthousiasme de votre âge; malheureusement le mal est plus invétéré qu'on ne le croit en Europe. Certes, l'appui de tous les
cœurs généreux de l'autre hémisphère peut influer sur
notre législation, mais oh! je voudrais qu'on nous
mît au ban des nations civilisées! Je sais que nous
pourrions nous suffire , aujourd'hui bien mieux qu'au temps où nous secouâmes le joug de la métropole. 11 y avait alors de la gloire à acquérir^ et maintenant nous nous couvrons d'opprobre. Seulement, il faut que j'achève de vous expliquer ma pensée; il y a, je le sais, de nobles cœurs, là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique, mais parmi ceux qui élèvent la voix contre l'esclavage des non^s, ne s'en trouve-t-il pas qui s'inquiètent peu du sort des malheureux vivant autour d'eux? que dis-je, vivant! je devrais dire mourant lentement de misère, dans les angoisses d'une faim sans trêve ni repos. Pour ceux-là, qui s'apitoient sur nos nègres, tout en restant sourds aux gémissements des esclaves blancs qui les entourent; pour ceux-là, Dieu réserve aussi les jugements qu'il prépare à ces planteurs stupides ou féroces qui n'ont aucun souci de la vie des hommes qu'ils abrutissent sous le fouet du commandeur. Au lieu de plaindre nos misères, vos faux philanthropes devraient s'enquérir de leurs compatriotes malheureux voués à l'esclavage de la misère et du mal. Sont-ils jamais descendus dans vos caves humides, montés dans vos greniers insalubres, où s'entassent les âges et les sexes différents? Ils ne savent ni comment on vit, ni comment on meurt à leurs côtés. Singuliers abolitionnistes! ils font de la sensiblerie à froid, ces pharisiens de notre temps. Ils connaissent la condition misérable de vos travailleurs des champs et des villes, et leurs jérémiades, leurs élans de commisération fausse, l'émotion qu'ils feignent de ressentir pour des malheureux dont ils sont séparés par
rOcéan^ alors qu'ils se bouchent les oreilles afin de ne pas entendre le concert de plaintes et de souffrances qui s'élève dans leur pays, toutes ces hontes retomberont sur eux comme autant d'anathèmes, lorsqu'ils seront précipités dans l'abîme creusé par leur insouciance ou par leur mauvaise foi.
Mais il y a un remède à tous les maux : Dieu sait toujours le faire découvrir. Si la pauvreté ne peut disparaître de la terre,, puisqu'elle résulte de la chute, il ne faut pas qu'il y ait des castes dégradées, en dehors delà civilisation, de l'humanité. 11 n'est pas donné à tous de bâtir des Cités semblables à celle que vous connaissez, mais on peut instituer partout ce qui existe dans nos grandes villes depuis 1834 : le ministère des pauvres. Le christianisme est fécond, il porte en lui le germe de toutes les améliorations, de toutes les vertus; pour rendre à la grande famille humaine ces membres souffrants que le mal dévore , n'attendons pas que l'amputation soit devenue nécessaire. Moralisons, évangélisons d'abord, et ensuite nous pourrons songer à la réforme pénitentiaire et à l'abolition de la peine de mort.
— J'ai déjà entendu parler du ministère des pauvres. Cette institution manque à l'Europe, quoique nous ayons partout des sociétés et des associations de charité. Pourriez-vous me donner des renseignements sur les moyens employés?
— Volontiers, mon ami. Il y a environ neuf ans, des hommes appartenant à toutes les communions chrétiennes s'unirent dans un but commun : ils se vouèrent au patronage des pauvres. Il ne s'agissait pas de distribuer à ceux-ci des aumônes, non plus que de leur montrer des richesses en perspective. On chercha d'abord à les tirer
de Tengourdissement moral dans lequel ils étaient plongés, en les conduisant aux sources pures de la vie intellectuelle; au moyen de distributions abondantes de livres contenant les saintes Ecritures, on leur apprit à connaître et à aimer Dieu; les enfants furent retirés de la rue et placés dans les écoles du dimanche ou de semaine; les habitations furent assainies, et les pauvres, rendus à la vie de famille , ne fréquentèrent plus les endroits mal famés; il en résulta une améhoration dans Tétat sanitaire des ouvriers ; il y eut moins de chômages et partant du bien-être, et le travail devint plus facile et mieux rémunéré. Ceux qui avaient perdu le sentiment de leur dignité d'hommes comprirent alors et pratiquèrent leurs devoirs de chrétiens. Enfin, que vous dirai-je? le ministère des pauvres a tant d'étendue, il touche à tant de points, que je ne puis vous en donner qu'une vue générale et imparfaite. Il a été pratiqué dans nos grandes villes, et d a déjà restitué ou gardé à la société des milliers d'àmes perdues ou exposées à s'égarer. Tout cela prouve que le christianisme est seul capable d'opérer cette grande révolution dont l'effet sera d'empêcher le retour des secousses qui ébranlent si souvent l'ordre social.
Pour faire comprendre le christianisme, Dieu suscitera partout des hommes de foi et de dévouement qui l'annonceront aux pauvres. Est-il sur la terre une plus touchante et plus sainte mission ? c'est celle que Jésus-Christ lui-même a exercée ! Chargeons donc ces hommes d'étudier la misère sous toutes ses faces, afin d'arrêter le développement du niai moral qui depuis des siècles dévore la société.
— Quelles sont, Monsieur, les personnes chargées de cette mission?
— 11 y a d'abord des hommes choisis et désignés pour tel ou tel quartier ; puis, parmi les membres des EgHses, ceux qui se sentent la vocation d'exercer ce ministère; vous, moi, si nous le voulons, si nous le pouvons. Tous les efforts tendent ainsi vers un but commun : relever l'homme vers Dieu.
— Ehî bien. Monsieur, je voudrais consacrer une partie du temps de mon séjour en Amérique à l'étude de cette question. Heureux serai-je si, rencontrant la personne que je cherche, je puis en même temps être utile à quelques-uns des fils de ma seconde patrie.
— Espérez, jeune homme; je vous promets que vous ne quitterez pas New-York sans avoir vii Sir Corstown.
— Mais vous connaissez donc
— Souper servi, Miss attend Massa et jeune Français, dit une grosse négresse en ouvrant la porte.