IMPUISSANCE £T DÉSESPOIK B£ LA RAISON
« plutôt la nature humaine^ source éternelle de beauté^ a vivra à jamais dans ce nom sublime^ tomme dans « tous ceux que l'humanité a consacrés^ pour se rap- « peler ce qu'elle ést^ et s'enthousiasmer de sa propre <x image. Voilà le Dieu vivant^ voilà celui qu'il faut «r adorer ••. »
Et c'est ainsi que^ par une autre voie^ je ramenais encore nos modernes Titans à l'apothéose du genre humain. C'est toujours le mot primitif^ magique^ toutpuissant sur le cœur de l'homme : a Vous sekez coiucb
DES DIEUX ! i>
Sur ce terrain du mythe^ d'ardents adversaires nous pressent et s'efforcent de déjouer nos sophismes et de déchirer le nuage.
a Dans les rédacteurs du livre des Évangiles ^ nous dit-on^ vous ne voyez que des fanatiques et des visionnaires... Mais alors n'est-il pas étrange^ n'est-il pas prodigieux^ que ces quelques pécheurs d^ Galilée aient i maginé de représenter un caractère de sainteté et de perfection morale qui non-seulement diffère en tout point de leur type national^ mais qui est en désaccord complet avec tous les traits que la coutume^ l'éducation^ le patriotisme^ la religion et la nature avaient consacrés autour d'eux comme les plus beaux de tous? Un Hindou ne saurait concevoir un saint brahmine en dehors des pratiques et des règles de sa religion et des mœurs de sa nation ; Platon^ en traçant le portrait de Socrate ou de la perfection philosophique^ ne l'a composé que d'éléments parfaitement grecs. Où les évangélistes ontils copié le modèle vivant qu'ils ont représenté? Non, un portrait si sublimé et si grand, si bien d'aecord dans
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toutes ses parties^ si dépouillé de tout art et de toute déclamation , si éloigné de tout ce qui peut sentir le panégyrique et l'éïoge, n'existerait point si le divin original n'eût point existé. Non^ jamais les évangélistes n'eussent été capables de produire un tel chef-d'œuvre, un caractère aussi étonnamment accompli, s'ils n'eussent copié d'après nature.
«Et puis remarquez daiis quelle colossale proportion s'agrandit le prodige. Cette petite communauté ignorante, obscure, méprisée, a mieux fait que tous les sages de l'Inde et de la Chine, de la Grèce et de Rome, mieux que le monde entier. Elle a eu plus de sagesse, plus de raison, plus de bon sens que n'en ont eu les plus fortes tètes de l'humanité. Elle a trouvé, dans ses rêves, la fraternité universelle, l'étonnante doctrine du sacrifice, la réhabilitation des esclaves, les droits des peuples, la civiirsation moderne. La doctrine qu'elle a annoncée a été acceptée par les peuples les plus savants, les plus policés, comme par les tribus sauvages de l'Amérique et de TOcéanie. Elle a été prêchée sous l'empire destlésars, dans la capitale du monde connu, ce foyer de civilisation raffinée, ce centre écla« tant de toutes les lumières, de tous les talents de l'épocpie ; elle a soumis les barbares à ses lois et maintenu sous son sceptre les communes industrieuses et turbulentes du moyen ftge. Au milieu de toutes les vicissitudes d'un monde qui change, se transforme, périt, se renouvelle, elle jette aux quatre vents du ciel la parole et la vie; elle brave les révolutions politiques, les catastrophes sociales, les convulsions de l'anarchie et les fureurs du despotisme; elle n'a ni frontière ni patrie;
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comme la Providence de Dieu^ elle embrasse Uunivers et aspire à rétablir Tunité dans les entrailles déchirées du genre humain. Et ce serait là l^œuvre de quelques pauvres bateliers galiléens^ simples^ dépourvus de toute instruction! Leurs visions mythiques auraient eu ce succès inouï de pénétrer Inhumanité entière d^une vie nouvelle et de Télever dans la sphère de Tintelligence et de Tamour à une hauteur qui dépasse infiniment tout ce qui s'était jamais vu jusque-là t
a Et voyez quelle époque vous choisissez pour intro« duire dans le monde cette effusion de conceptions lé* gendaires» Est-ce donc dans un âge de ténèbres que parurent les fondateurs du christianisme? N'est*!! pas né au contraire au milieu de toutes les lumières concentrées .de rOrient, de la Grèce et de Rome? N'a-t-il pas eu à triompher de toutes ces lumières pour y sub* stituer les irradiations de sa doctrine? Qu'étaient les premiers Pères? Avant d'être chrétiens, n'avaient-ils pas été philosophes? Ne sont-ce pas des disciples de Platon et de Cicéron qui ont défendu et propagé l'évangile du Christ? L'Orient de ce temps-là ne ressemblait en rien aux sociétés immobiles et dégradées de. la haute Asie et de l'Asie méridionale. Mais ce n'est pas en Orient seulement que l'Église primitive va hardiment poser sa tente; c'est dans les cités les plus savantes, les plus sceptiques, les plus corrompues du monde romain : c'est à Antioche, à Éphèse, à Alexandrie, à Athènes, à Corinthe, à Rome enfin qu'elle va planter aux yeux des philosophes cette croix de bois qui devait changer et purifier le monde. Ëtait-ce là éviter la lumière? Était-ce fuir l'examen? Était-ce
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chercher les populations imbéciles et crédules? Et c'est à cette époque si riche en trésors intellectuels^ où toutes les questions de la philosophie avaient été soulevées^ toutes les notions mises en avant ou détruites^ toutes les formes de la spéculation épuisées par une pléiade de génies supérieurs^ oui^ c'est dans ce temps de haute culture inlellectùelie et artistique qu'on a imaginé de placer ce qu'on appelle la formation de la mythologie chrétienne ! Et l'univers abusé n'a rien vu, rien compris Ml s'est soumis, il a embrassé le fantôme, et ce n'est seulefnent qu'après dix-huit siècles d'une évolution civilisatrice incomparable, qui pourtant se serait accomplie au sein des croyances les plus chimériques, qu'un docteur d'outre-Rhin fait son étonnante découverte d'un christianisme mythique !... N'est-ce pas un trait de véritable folie que cette prétention démettre à néant l'afSrmation la plus ancienne, la plus permanente, la plus universelle et la pitis élevée de toute l'histoire?... Quoi donc! l'autorité de la Bible, des Pères et de l'Église, la série palpable des monuments, la succession des génies chrétiens, cette majestueuse chaîne de siècles et de témoins, cette glorieuse nuée de héros, de bienfaiteurs des peuples qui environnent l'Église de tant d'éclat, ne vaudraient pas l'autorité d'un rêveur de l'Allemagne moderne ! Le plus imperceptible ciron a sa cause ici-bas, et le christianisme, remplissant lé monde de sa splendeur, n'aurait pas la sienne!...
« Il me semble assister à l'une de ces scènes déliet rantes du culte indien, où les adorateurs du dieu de « l'illusion, de Maya, s'agitent pour l'honorer dans un