‹ La cité du mal; ou, Les corrupteurs du siècleChapitre 12 sur 62 · IMPUISSANCE £T DÉSESPOIR DE LÀ 11ÀIS0N · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE £T DÉSESPOIR DE LÀ 11ÀIS0N

« Le rossignol l^aperçut^ il fit silence^ et soit peur^ soit a amour^ soit un charme plus puissant que le sien^ il a tomba en voletant dans cette gueule béante; après cr quoi le serpent darda sa langue^ et prenant la parole « il dit : « Me connaissez-vous? je me suis appelé tour (( à tour^ dans TÉden^ Léviathan, Satan^ Molocfa; au « moyen âge. Hérésie, Jean Hus, Martin Luther; chez «les Tudesques, Méphistophélës; chez les Welches, a Voltaire. A présent, je me nomme comme vous tous «Scepticisme. »

« Les peuples. Payant entendu, se retirèrent et pleua rèrent pendant trois jours. »

Les acclamations des légions infernales interrompirent le discours de l'Esprit de TabiAie à qui il a été donné d'enivrer les peuples de Vorgueil de leur propre raison. Pendant que l'affreux séducteur déroulait le tableau de ses artifices, et des maux qu'ils Ont produits, je sentais mon âme oppressée sous un poida d'angoisse inexprimable. Qui peut voir, saps un frémissement d'horreur, ces ombres funèbres qui descendent sur les nations, infidèles au Christ, 'comme le sombre crépuscule de la nuit éternelle? Lorsque, par une terrible permission de Dieu, l'enfer prépare aux sociétés de pesantes calamités, et le spectacle de quelques grands crimes, il jette une erreur dans le mondé, et laisse faire au temps... Et maintenant ne sentez- vous pas la vie qui se retire, le froid qui avance et s'insinue au cœur de ces pays du doute et de la colère; régions désolées où les ruines jonchent le sol, où les astres ne roulent que des feux sinistres et où l'oreille

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ne distingae^ pour tout signe d'un reste de mouvement et de vie^ que je ne sais quel bruit sourd ^ étrange^ pareil à celui de la larve qui poursuit son œuvre de disolution au fond d'un tombeau.

Le silence se fit et l'Esprit pervers reprit en ces termes :

Les célestes clartés^ les chauds rayons de vie et d'amour qui éctarraient^ qui réchauffaient l'humanité et la soulevaient vers le ciel, la radieuse étoile de sa foi et de son espérance^ les voilà donc éteints. Maintenant l'homme, incertain et flottant^ ne sait où poser le pied en ce monde^ ni où porter ses regards au delà de l'horizon terrestre qui l'emprisonne. Maintenant de froides ténèbres enveloppent la terre et pèsent sur les générations comme la pierre sépulcrale sur la dépouille des morts. Dans cette absence de toutes doctrines vitales^ au milieu de cette atmosphère glacée^ de cette nuit profonde où s'agitent confusément tous les éléments d'une société en dissolution^ que devient l'homme? que deviennent les grands principes^ l'égalité^ la liberté^ la fraternité^ la propriété^ l'obéissance^ le travail; et tous les droits et tous les devoirs?... Anarchie dans la famille! anarchie dans la cité ^ anarchie dans l'État!... Misères! angoisses! désespoirs! tel est le spectacle que présente la société sans Dieu!

Mais il convient que je cède ici la parole à l'homme et que vous l'entendiez lui-même formuler ses plaintes^ et peindre sa détresse au milieu de ce grand cataclysme des croyances et des principes.

190 IMFUI8SANGB £T DÉSBSPOIB B£ LA RAISON.

a Or^ maiiitenanl je le demande ^ où sont les priacipes que vous donnerez comme une boussole à vos jeunes générations? Croyez-vous, par basardj qu'il n'en soit pas besoin ^ que ce soit chose superflue et dont les hommes se passeront désormais? Croyez-vous que l'homme soit arrivé de progrès en progrès à une époque où il vivra sur la terre^ comme l'animal, sans conscience et sans souci de la destinée générale?... Puis, concevez-vous la société, sans aucune base re* connue ? Jouir, diront les uns; souffrir, diront les autres; hasard, fatalité, diront-ils tous en chœur. Mais n'entendez-vous pas ceux-ci s'écrier en murmurant ; Pourquoi toujours souffrir ?

a Le stoïcisme et l'épicuréisme ont pu être, comme le dit Montaigne du doute, un oreiller doux et suffisant à quelques-uns, car l'orgueil calme du stoïcien a aussi sa douceur. Mais ce n'est qu'une exception, un cas particulier, infiniment rare 1 L'immense majorité des têtes humaines est incapable de reposer sur cet oreiller. Il faut, pour s'y appuyer, des dispositions innées, toutes particulières. L'épicurien, qui sait vivre calme dans des bornes vertueuses, est un prodige; le stoïcien qui sait religieusement souffrir en est un autre. Laissons donc les prodiges, les exceptions, et considérons le grand nombre, la multitude devant laquelle les exceptions sont comme si elles n'existaient pas.

a Or, sans même parler de l'immense multitude, abandonnée comme un vil troupeau à l'instinct de ses passions, aux prises avec la nécessité et le hasard social , qu'est-ce aujourd'hui que l'éducation pour le petit nombre qui en reçoit? C'est la lutte des traditions

LA SOGliTÉ SN POUSSIÈRE. iOl

da passé avec la science moderne^ la lutte des dogmes chrétiens et de la philosophie, qui ne sait encore que détruire; c'est un mélange hétérogène de toutes sortes de principes^ de vérités et d'erreurs mêlées à'dessein,

« La synthèse nouvelle^ n'étant pas faite, laisse de toutes parts un vide immense. Ainsi se forment de fragiles caractères, pleins de trouble et d'incohérence, ou de stériles et ingrates natures, n'ayant d'autre règle que l'égoisme. Et une fois la vie ainsi commencée, elle continue de faux pas en faux pas. L'enfant devient homme, époux et père; il voit s'élever autour de lui des berceaux et des tombes; et, à mesure, son cœur s'atrophie et se resserre , ou se désole et se lamente amèrement; car, plus sa pensée devient grave, plus l'isolement se fait sentir, plus la misère de l'homme réduit à ses propres forces dans la solitude de cette société, devient pénible et affreuse. Sur tous les grands mystères qui enserrent la vie humaine, comme sur tous les devoirs de cette vie, la société silencieuse l'abandonne à lui-même; pas une leçon, pas un conseil, pas un appui. Nous avons grandi, nous avons rejeté bien des erreurs, découvert bien des vérités, nous avons soulevé bien des voiles; mais, de pas en pas, h quelle nuit profonde nous sommes arrivés! Ainsi, quand on s'élève au sommet d'une haute montagne, il semble que l'œil, plus près des étoiles, va jouir d'une éclatante lumière et de ravissants spectacles; mais, arrivé au sommet, on est tout étonné de se trouver couvert de ténèbres, et le soleil qui brille dans cette obscurité nous envoie une lumière qui nous blesse.

a La terre est toujours une vallée de larmes; mais

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