IMPUISSANGB ET DÉSESPOIR DE LA RAISON
les malheureux n'ont plus le ciel; et plus le cœure^ ^intelligence humaine se sont agrandis^ plus ie spectacle de cette humanité sans paradis est repoussant et cruel. La vie présente^ ainsi privée de ciel, est un labyrinthe où tout homme doué de sympathie et d^mtelligenceest destiné à être dévoré parla douleur et le doute.
a A quoi me^sert que la vie antérieure de l^uma-* nité ait développé mes sympathies et étendu mon intelligence, quand toutes mes sympathies sont blés-* sées et mon intelligence confondue?
a Inégalité sur la terre, mais égaHté dans le ciel; en d*autres termes, injustice sur. la. terre, mais justice dans le ciel; voilà ce qu'on disait autrefois. Mais, aujourd'hui que l'égalité terrestre est proclamée et que Ton ne croit plus ni à l'enfer ni au paradis^ que vou« lez-vous que fasse la logique humaine avec une terre où régnent partout l'iniquité et l'inégalité ? Elle ne peut en conclure qu'une chose, cette logique : c'est que tout dépend du hasard et de la fatalité; quMl n'y a par conséquent ni droit, ni devoir; que rien n'est vrai, que rien n'est juste; que vérité, vertu, justice, sont des mots et ne sont que des mots... Quoi! ne voyez-vous pas que votre égalité devant la loi n'est qu'un leurre d'égalité véritable et une absurde chimère, quand , pour la satisfaction d'oisifs, tant de millions d'hommes travaillent sans relâche , n'ayant pas un instant pour penser, pour s'élever à Dieu, pour sentir, et sacrifiés à des machines, quand celles-ci coûtent moins cher à ceux qui exploitent et les hommes et les machines! Et quel frein avez-vous laissé aux misérables et quelle règle de vie leur avez-vous donnée? Vous avez eifacé
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de leur cœur Jésus-Christ^ qui conimandait aux bom^ mes^ au nom de Dieu^ de s'aimer les uns les autres^ et qui promettait un port aux affligés^ Mais savez-YOUS que c'est une horrible chose que de conserver le bourreau après avoir 6té le confesseur?
« Je porte mes yeux sur les heureux de la terre. Plus de castes guerrières^ plus de castes théocratie ques... Mais qui les remplace ? Jésus chassait les marchands du Temple ; aujourd^ui ce sont les marchands qui ont chassé Jésus du Temple. Le comptoir aussi a remplacé la lice. Je vois des hommes de lucre et de propriété qui luttent avec acharnement les uns contre tes autres^ spéculentsur leurs ruines mutuelles, exploit tent les misérables qui^ sous le nom de prolétaires^ ont succédé aux esclaves et aux serfs^ et se livrent solitai* rement à leurs passions. Pourquoi veut-on que je les honore? Ne serais-je pas exposé cent fois pour une à ho* norer la fraude^ Tavarice et la cupidité? Et pourquoi d'ailleurs les honorer? Ils n'ont travaillé que pour eux*
a Ils n'ont travaillé que pour eux^ ces puissants sur la terre aujourd'hui! Le prêtre travaillait ou était censé travailler à conduire ses frères dans le ciel. Le noble travaillait ou était censé travailler k protéger sur la terre ses frères pendant leur pénible acheminement vers le cieL Mais les puissants d'aujourd'hui ne tra<* vaillent et sont autorisés à ne travailler que pour eux ,■ pour eux sur la terre^ pour eux sans l'attente d'un ciel reconnu chimérique.
a Ce qui consolait de l'inégalité autrefois n'existe même donc plus» L'inférieur, autrefois^ pouvait res^ pecter et aimer le supérieur^ et nominalement le de*
iM IMPUISSANGB BT DÉSESPOIR BS LA RAISON.
vait^ car celui*ci n'érigeait pas en principe qu'il n'exia* tait que pour Iui*méme^ qu'il n'avait d'objet que lui* mâmej de mobile que sa cupidité^ de règle que son égolsme. La société laïque reposait^ comme on l'a dit^ sur l'honneur. Rendre l'honneur et le recevoir était la satisfaction du cœur humain dans la période de l'inégalité consentie» Aujourd'hui^ ces mots d'honneur et de considération n'ont plus même de sens^ puisque , d'un côté^ l'inégalité n'est plus consentie^ quoiqu'elle subsiste^ et que, d'un autre côté, le supérieur n'a de règle que son égoïsme.
« La société autrefois avait au moins d'une famille la forme et l'apparence. Les rois se disaient les pères des peuples; les prêtres s'en disaient les éducateurs; les nobles s'en disaient les aînés. Quel qu'eût été donc le sort qui vous eût échu en partage, fussiez -vous serf ou le plus illettré des hommes, vous vous trouvies relié à la famille humaine. L'honneur, comme le plus riche de tous les métaux, circulait dans la société et servait de moyen d'échange. Le plus pauvre, en rendant l'honneur, avait droit lui-même à la considéra* tion ; car cet hommage qu'il rendait était une richesse de son àme que reconnaissait celui qui acceptait cet honneur. Il n'y a plus d'autre matière d'échange entre les hommes que l'or; et celui qui en est privé n'a rien à donner aux autres, et par conséquent rien à en recevoir. Ce n'est plus même l'homme qui règne sur l'homme; c'est du métal qui règne, c'est la propriété qui règne; donc c'est de la matière qui règne, c'est l'or, c'est l'argent, c'est de la terre, de la boue, du fumier. Autrefois on possédait la matière parce qu'on
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avait un titre dans la société ; aujourd'hui c'est Pin* ?erse« On a titre dana la société à titre de la matière que Ton possède. Donc^ encore une fois^ c'est la ma* tière qui règne* La société d'aujourd'hui danse autour du veau d'«r,
« Je ne veux pas adorer le veau d'or, s'écrie Tàme humaine, au milieu de cette société^qui l'adore. Je ne veux pas être à titre de matière ; je ne veux pas rendre honneur à ceux qui n'existent qu'à ce titre. J'avais au* trefois- une richesse qui n'était pas matière ; j'avais pour richesse Testime dont je pouvais payer les tra« vaux des autres. A tout homme qui me servait en servant la société, roi, noble ou prétre> je décernais cette estime. Je payais un tribut de mon admiration; je donnais de l'amour et je vivais ainsi ; car, aimer sous tous le& aspects, c'est véritablement vivre , et la vie n'est que là^ Rendez-moi donc ma richesse !
a Aveugles à qui le Christ disait : Vous avez des yeux y mais vous ne voyez point l M'objecterez-vous donc que la propriété n'est pas d'aujourd'hui seulement, et qu'elle existait pendant tout ce moyen Age que je com* pare à notre état présent? Elle existait sans doute, mais elle n'existait pas seule. Elle existait avec une société et avec une religion : or, vous n'avez plus aujourd'hui ni religion, ni société ; vous n'avez plus que cette propriété, ou, en d'autres termes, que le respect de la matière. Aveugles ou sophistes, ne voyez<*vous pas que ce qui n'était qu'une chose permise par la re<ligion et la société, a pris aujourd'hui la place de la religion et de la société, et a tout envahi comme la mauvaise herbe qui pullule là où devait crottre le bon