‹ La cité du mal; ou, Les corrupteurs du siècleChapitre 15 sur 62 · LA SOCIÉTÉ EN KH7SSIÊRE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ EN KH7SSIÊRE

rieur dans la société laïque/ j'étais Pégal de tous danâ la société spirituelle qu'on appelait FËglise. Là ne régnait pas l'inégalité ; là tous les hommes étaient frères. J'avais ma part dans cette Ë^isé^ ma part égale à titre d-ehfant de Dieu et de cohéritier du Christ , et cette Église encore n'était que le vestibule et l'image de la véritable Égliise, de l'Égfisé céleste, vers laquelle se portaient mes regards et mes espérances. J'avais ma part promise dans le paradis promis^ et devant ce paradis la terre s'effaçait à mes yeux. Je reprenais courage dans mes souffrances en contemplant dans mon ftme ce bien promis à mon âme ; je supportais pour mériter^ je- souffrais pour jouir de l'éternel bonheur. Je n'étais paà pauvre alors ^ puisque je possédais le paradis en espérance. J'étais riche^ au contraire^ de tous les biens que je n'avais pas sur la terre; car le Fils de Dieu avait dit : Bienheureux les pauvres sur la terre l et je voyais autour de moi toute une hiérarchie sociale qui; prosternée aux pieds dé ce Fils de Dieu ^ m'attestait la vérité dé sa parole. Dans toutes mes douleurs; dans toutes rues angoisses^ dans toutes mes faifolesseS; dans toutes mes passions et jusque dans le crime, la société veillait sur moi; j'étafs entouré d'hommes^ mes égaux ou mes supérieurs^ qui comme moi croyaient au Christ^ au paradis^ à l'enfer; la milice de l'Église terrestre était à mon service pour me diriger et m'aider à gagner l'Église céleste. J'avais la prière^ j'avais les sacrements^ j'avais le saint sacrifice^ j'avais te repentir et le pardon de mon Dieu. J'ai perdu tout cela t je n'ai plus de paradis à espérer; il n'y a plus d'ËglijBe; vous m'avez appris que le Christ

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était un imposteur; }e ne sais s^il existe un Pieu, maig je sais que ceux qui font la loi n^y croient guère^ et font la loi comme s'ils n'y croyaient pas. Donc je veux ma part de la terre. Vous avez tout réduit à de l'or et du fumier; je veux ma part de cet or et de ce fumie?.

a Travaille, lui dit encore le spectre, qui représente aujourd'hui la société; travaille^ et tu auras ta part.

a Travailler! je vous entends; vous voulez que je continue à travailler pour des maltresj des supérieurs, comme je le faisais autrefois. Mais je n'ai plus de maî« très; je ne suis plus sujet. Nous sommes tous libres, tous égaux. N'est-ce pas vous-mêmes, mes anciens maîtres^ qui me l'aveu appris? Il y avait autrefois une raison pour qu'il y eût des inférieurs dans la société; il n'y en a plus : et vous voulez que j'obéisse encore? Je le. veux bien, néanmoins^ mais à condition que vous me montrerez ceux à qui je puis légitimement obéir, obéir sans me dégrader^ sans mentir à ma conscience, sans honte enfin, et sans infamie. J'obéissais aux rois, et le roi s'appelait fils aine de l'Église, tenait son pouvoir de ses pères, et reconnaissait le tenir de Dieu. J'obéissais aux nobles, qui eux-mêmes obéissaient au roi , et qui tenaient également leur puissance de leurs pères, mais qui, comme le roi, se soumettaient dans la morale et la religion à l'Ëglise. J'obéissais aux prê^ très qui étaient les ministres de cette Église, et qui servaient d'éducateurs à tous. Je devais au roi service pour la sûreté et les intérêts du royaume ou de la chrétienté tout entière, redevance aux nobles sur la terre desquels j'étais né, foi à l'Église et à ses représentants. Mais jamais on ne me força d'obéir à des

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hommeB de lucre et d'égoïsme^ à des hommes occupés de leur intérêt privé , à des hommes livrés à une seule passion , Tavarice. Qu^un homme^ autrefois^ livr&t son âme à Vaxmce, cela n'en faisait pas légitimement un des princes de la terre; bien pius^ il était obligé de se confesser de son. avarice, et le plus pauvre serviteur du Christ avait le droit de le ^loraliser. Donnez-moi donc d'abord des supérieurs que je puisse respecter, ou souffrez que je haïsse les supérieurs que vous me donnerez... Mais pourquoi parler d'obéissance, pour* quoi parler de maîtres, de supérieurs? ces mots^là n'ont plus de sens. Vous avez proclamé l'égalité de tous les hommes : donc, je n'ai plus de maître parmi les hommes; mais vous n'avez pas réalisé l'égalité procla«^ mée; donc, je n'ai pas même ce souverain abstrait que vous appelez tantôt, par un mensonge, la nation ou le peuple, et tantôt, par une autre fiction, la loi. Donc, puisqu'il n'y a plus ni rois, ni nobles, ni prêtres, et que pourtant l'égalité ne règne pas, je suis à moirméme mon roi et mon prêtre, seul et isolé que je suis de tous les hommes mes semblables, égal à chacun de ces hommes, et égal à la société tout entière, laquelle n'est pas une société, mais un amas d'égoïsmes, comme mai-même je suis un égoïste. Et quand il y aurait sous ces noms des rois, des nobles et des prêtres, ou sous d'autres noms, des remplaçants de mes anciens maîtres, je ne leur devrais pas obéissance; car, entre mes anciens maîtres et moi, il y avait un contrat qui n'existe plus. Ceux-là reconnaissaient une religion que je reconnaissais aussi. Au-dessus de nous tous, il y avait un juge, et tous, même sur la terre, nous fai-

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