‹ La cité du mal; ou, Les corrupteurs du siècleChapitre 16 sur 62 · SOO IMPUISSANCE ET BÉSB6P0IR DE LA RAISON · texte numérisé non relu

SOO IMPUISSANCE ET BÉSB6P0IR DE LA RAISON

sions partie de la même cHé^ l'Église. Vous m'avez dté le paradis dans le ciel^ je le veux sur la terre ! — Vainement les sophistes gagés et les partisans ingénus du propriétarisme ont répondu à cet homme^ qui réclame sa part intégrale dans le mobilier actuel de la société^ que si on obtempérait à sa demande^ il ne serait pas^ dans le premier moment^ très-riche^ et deviendrait bientôt fort pauvre; que sa part serait ^ comme dans le conte de Voltaire, de quelque cent écus, et qu'à tout prendre il ^ a plus de profit à vivre dans la société telle qu'elle est qu'à se faire octroyer la loi agraire.

« Abl sophistes ou bonnes gens^ — je vous remercie; — * vous jetez là, sans le savoir, un grand jour sur cette question de la propriété.

« Oui, vous avez raison, chacun de nous serait pau* vre si la terre et tout ce qui compose le mobilier social, était divisé en parties égales entre tous les hommes. Vous avez raison, mille fois raison; c'est la société, c'est l'union des hommes entre eux, c'est l'organisation enfin, qui produit la richesse. Sans la société, la terre se couvrirait bientôt dé ronces; sans la société, l'homme deviendrait bientôt stupide et féroce. Ge prolétaire, qui se plaint, et qui réclame sa part de l'héritage commun, a donc besoin de la société comme vous, riches, en avez besoin. Comment donc se pose la question entre vous et le prolétaire? C'est une question de gouvernement, une question de politique en même temps que d'économie politique. Il vous dit : Je suis pauvre, je veux être riche, puisqu'il y a des riches. Je ne suis pas libre, je veux être libre, puisqu'il

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y en a qui sont libres. Vous répondez : Tu serais pli|s pauvre encore et moins libre sans la société. Alors^ il vous demande où est la société > c'est-à-dire où est le droite où est la sanction de votre richesse et de sa pauvreté^ de votre liberté et de son esclavage? Vous ne pouvez pas le lui dire. Reste donc la conséquence : Pourquoi les pauvres ne prendraient-ils pas la place des riches? Â cela^ vous ne répondez plus que par le fait; et c'est précisément ce fait qui est en question. Vous êtes de mauvais logiciens...

« Aussitôt que la religion est enlevée au peuple^ le peuple est dégagé de toute obéissance; et voilà ce qu'ont entrevu grossièrement ceux qui ont érigé cet axiome hypocrite d'une politique infftme : Il faut au peuple une religion. — Oui...^ il faut à l'homme^ à l'esprit humain^ l'égalité par l'ordre ou l'égalité par le désordre; l'égalité par le consentement mutuel et l'harmonie^ ou l'égalité par la discorde et l'anarchie; l'égalité^ enfin^ par la société, ou l'égalité par la dissolution de la société. Il faut au peuple l'égalité la plus grossière, la plus matérielle, la plus fausse, par conséquent, et la plus décevante, si vous ne pouvez pas constituer religieusement les différences qui existent entre les hommes.

ce Ck)mment le droit peut-il s'accorder avec luimême, c'est-à-dire comment le droit de l'un peut-il «'accorder avec le droit des autres? — *Vous le demandez au ciel, à la terre, à tous les écho5 politiques de mon temps; mais le ciel et la terre et tous les échos sont muets pour vous. Liberté, égalité, voilà le terrible problème qui réduit à l'anarchie et met aux abois vo-

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ire prétendue société. C'est qu*il y a un troisième terme fraternité, qui pourrait servir de lien aux deux autres^ si totis les trois étaient réunis dans une seule pensée, qui a nom religion. Malheureusement pour vous> avec la religion, la fraternité est remontée dans le ciel , et a laissé aux prises sur la terre la liberté de Fun avec la liberté de Tautre.

a On entend un horrible bruit de combattants qui se heurtent et se déchirent. Un spectre pâle et tremblant se présente et dit : Rentrez dans l'ordre, je suis la société. Une multitude de voix s*écrient aussitôt: Vous dites que vous êtes la société, faites-nous donc justice; nous souffrons et en voici qui jouissent; donnez-nous autant, ou dites-nous pourquoi nous souffrons. Le spectre se tait, immobile et la tête penchée vers la terre. Alors ces hommes, voyant que ce n'est qu'un fantôme impuissant, s'écrient, en reprenant leurs armes : A bas tout ce qui nous opprime ! Pourquoi les inférieurs ne renverseraient-ils pas leurs supérieurs? Pourquoi les pauvres ne se mettraient-ils pas à k place des riches? Pourquoi des inférieurs? Pourquoi des pauvres •'. » ^ •

Le christianisme a disparu de la société, et la société, comme frappée de mort par le vide immense qu'y a produit sa disparition, chancelle à son tour et s'écroule avec lui..

Erreur! erreur! nous crie une philosophie qui remplit le monde du bruit de son nom. Il est Vrai, le christianisme est mort, mais là société vit. Fille et héritière de l'antique religion qui avait fait jusqu'ici le bonheur du genre humain, je suis appelée à lui succéder, à

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ensevelir avec respect ses dogmes qui ne sont plus que comme des langes inutiles à sa virilité. A moi d'émanciper les intelligences^ à moi de les faire entrer dans le règne de la vérité pure et de la raison affranchie.

Magnifiques promesses ! solennels engagements !

Et déployant son vol, la voilà qui se joue dans le vide immense qu^elle a fait autour d'elle, et y trace d'une aile altière des orbes gigantesques.

C'est ici que, par une suprême dérision, j'ai mis le comble à mon triomphe et scellé cette fière raison humaine dans l'humiliation, l'impuissance et l'inanité.

Oui, en présence des splendeurs du christianisme, qui depuis tant de siècles brillait sur le monde, qui avait élevé les peuples au faîte de la civilisation et pénétré de lumière tous les problèmes de la destinée humaine, j'ai fait surgir de toutes parts une foule d'esprits spéculatifs que j'ai condamnés à chercher, dans la nuit de Uur entendement, la vérité qu'ils ne voyaient pas assise à leur foyer, couronnée de rayons immortels... J'ai mis en eux un orgueil intolérable, une inqualifiable présomption, qui les pousse à penser que tout est encore à créer, tout, en philosophie et en religion; pygmées aux plus petites proportions, ils n'aspirent à rien moins qu'à recommencer le monde, et se dressent dans leur solitude personnelle comme une colonne au sein du désert.

Pareils à des insensés qui allumeraient un flambeau pour guider leur marche sous l'éclat du soleil à son midi, on les a vus consumer leurs veilles dans de douloureux labeurs, explorant les jH^ofondeurs de leur

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néants et n^en pouvant évoquer que des fantômes et de tristes chimères.

Quand ils sont partis des sens^ ils sont descendus au matérialisme le plus abject; quand ils sont partis de Tesprit^ ils sont allés se perdre dans toutes les extravagances du panthéisme^ de Tidéalisme^ etc. Chercheurs éternels qui ne trouvent jamais^ travailleurs épuisés par les oscillations d'un doute irrémédiable^ jouets abusés et misérables de grandes et belles sentences qui n'aboutissent jamais^ on les voit errer dans la région des ténèbres comme ces p&les et inconsistants météores que tourmente le vent de la nuit^ et qui s'éteignent dans Torage ".

Et voilà que de ce côté aussi s'élèvent des voix pleines d'un trouble indicible^ la voii^ des maîtres les plus brillants d'une philosophie naguère si superbe^ aujourd'hui réduite aux abois^ la voix de son adepte le plus cher^ de celui-là même qui avait enseigné Comment les dogmes finissent*'^. Là aussi ^ sur cet horizon^ qu'ils avaient proclamé vaste et splendide, la nuit est descendue^ sinistre et glacée^ et il ne s'y remue plus que des ruines.

Maîtres^ parlez. Que fautil penser de l'humanité^ de son origine^ de sa destinée^ de ses développements) d'où vient-elle? où va-t-elle?... Votre philosophie projette sans doute les plus lumineuses clartés sur ces grands problèmes dont il importe tant à l'homme et à la société d'avoir une solution certaine.

' a Quand on réfléchit un moment à cette histoire de « l'espèce humaine^ à cette nuit profonde qui couvre

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