L'HOMME FRÈRE DU CHRJST
6go dttm via, yeritas et vita.
A quelque temps de là deux vieillards priaient agenouillés devant une croix qui couronnait le sommet d'un petit tertre dans le voisinage de Pabbaye où Satan avait rassemblé ses légions. L'un était un prêtre vénérable^ Pautre le pieux anachorète qui avait abrité ses derniers jours dans cette solitude. Quand ils se relevèrent, une sainte émotion avait gagné leur âme, et leur cœur débordait en eux. L'humble monument au pied duquel ils venaient de se prosterner, résumait pour eux tout le tableau du christianisme, toute sa magnifique économie. Ils éprouvaient en ce moment ce religieux enthousiasme dont on ne peut se défendre quand on contemple cette grande révolution qui a pris poss6s« sion du monde, qui Fa relevé de si bas et l'a fait monter si haut. Aussi^ le reste du jour, l'entretien des deux vieillards n'eut^il d'autre objet que ces sublimes et fécondes vérités chrétiennes qui sont l'éternel et dé^
lectable aliment des âmes prédestinées; ce fut comme un hymne à la gloire du divin Rédempteur des hommes.
LE PRÊTRE
Nul; à moins qu'il ne fàt descendu au dernier degré de Tabrutissement moral ^ n'approcha jamais sa pensée du Christ sans éprouver au fond de son ftme comme la commotion de Tétincelle divine.
LE VIEILLARD
Oui; à ce nom trois fois saint; le cœur est irrésistiblement émU; et l'on s'écrie avec la sibylle : ce Le Dieu ! voilà le Dieu! * » Me pardonnerez- vouS; mon ami; ce rapprochement profane ?
LE PRÊTRE
J'aime mieux nous appliquer ici les paroles des disciples d'Emraaùs : « Notre cœur n'était-il pas embrasé en nous lorsqu'il nous parlait dans le chemin*?... » Qui de nouS; en effet; n'a senti mille fois tomber sur son cœur; au contact de la divine parole; cette flamme intime et pénétrante qui remue si profondément les entrailles 7
LE YIEILLARD.
Jésus-Christ!... tout retentit de sa louange dans le culte chrétien; tout y est plein de sa majesté; tout y commence en son nom; tout y finit à sa gloire; tout s'y résume en prièreS; en hymnes^ en cantiques admirables; dont les strophes enflammées éclatent avec transport sous les voûtes de nos temples et s'élancent vers les
l'homme frère du christ. 245
cieux avec les flèches aériennes de nos cathédrales^ comme la plus haute expansion religieuse de Pâme hu'maine et le sublime hosanna d'une immense aspiration d'amour... Ce nom, au-dessus de tout nom, à quoi le eomparcrai-je ? N'est-il pas, dans le monde spirituel « moral, ce qu'est le firmament dans la création : plus on y plonge le regard, plus on pénètre avant dans ses profondeurs, et plus on y voit scintiller de lumières et resplendir d'étoiles?
LE PRÊTRE
Un illustre docteur du moyen ^ge, un éloquent génie, mieux que tout cela, un grand saint, disait de ce nom adorable : « Que toute nourriture «pirituelie est fade et sans suc si elle n'en est pénétrée, que tout livre est vain et que tout discours est insipide s'ils n'en sont assaisonnés; c^est un miel à la bouche, une mélodie à l'oreille, une ineffable suavité à l'âme '. » Mais nous épuiserions en vain les plus majestueuses comme les plus gracieuses images de la nature... Le Christ ne peut se comparer qu'à luî-môme.
LE VIEILLARD
Sa gloire remplit aujourd'hui l'univers; tout homme le sait par%amottr ou par haine. Voilà un fait immense. Ce fait a sa raison ; je lademande, je la cherche; je re« monte les âges, j'interroge l'histoire, j'arrive aux temps, aux lieux qu'elle assigne à l'avènement de Celui que dixhuit siècles ont salué du nom ineffable é^ Fils de Dieu, de Sauveur du inonde^ et qu'ils ont chaoté av^ toutes les vûix de la gloire et de famour. Uu^aperçois^jq dfa-
bord? un enfant! oui^ mais^ « par un merveilleux « effet de gr&ce et de dignité que le cœur ne saurait «concevoir et que la langue tenterait en vain d'ex** < primer ^^ ]» c'est un enfant né d'une Vierge^ d'une Vierge que depuis cette heure toutes les génératiom ont 4ite bienheutemey ainsi qu'elle l'avait prédit elle-même^ et sur laquelle les anges du ciel feront à jamais pieu* voir toutes les allégresses de l'éternité ^ Il a pour ber-» ceau une crèche^ mais les Esprits célestes annoncent son avènement à la terre et chantent au-dessus de Tétable de Bethléem ces paroles devant lesquelles pâlit toute la sagesse antique : a Gloire à Dieu^ au plus haut ' « de$ oieux; et paix sur la terre aux hommes de bonne V volonté 1 » Il est couché sur la paille^ mais les hommes viennent l'adorer^ et un roi et toute sa capitale se troublent de sa présence. On le dérobe au glaive du tyran homicide, on l'emporte en fuyant; puis commencent ^ente années d^obscurité, le travail des mains^ la sueur du front dans l'atelier d'un artisan... C'est le temps de la vie cachée du Dieu fait homme.
LE PRÊTRE
A la place du Fils de l'artisan et des pêcheurs du lac de Génésareth^ mettez un prince et des philosophes environnés de tout le luxe des Orientaux^ dô toute la gloire des écoles et des armes ; au lieu de la Ctèche et de la Croix, placez un berceau d'ivoire, des langes de. pourj^e, des soldats, des courtisans, un char ^ triomphe y tout disparaît; il n'y a plus de force, plus de poésiô ni de vérité. Vous aurez un Mahomet ou quelque beuteux pacha; mais ce Bar*C(diébis n«
l'homme FEiRE bu CHRIST. 347
sera ^qu'une simplo modification de rancien ordre de cboseg< Le Christ est une prodigieuse opposition^ une réforme radicale par des voies surhumaines; il n'y a pas au monde d'histoire comme celle de l'Ëva8gile> et pas d'idée semblable à gon idée> parce que^ parmi les hommes, il n'y a pas de dieux '.
Au récit de la naissance de Jésus-Christ comparez celui de la naissance du Bouddha indien. Comme ici tout rappelle l'homme, le poëte, qui brode une œuvre d'imagination, prodigue les inventions merveilleuses et accumule les ornements.
Quand les créatures apprennent que Bouddha va naître, tous les oiseaux de l'Himalaya accourent au palais de Kapila, et se posent en chantant et en battant des ailes sur les terrasses^ les balustrades, les arceaux, les galeries, les toits du palais; les étangs se couvrent de lotus; le beurre, l'huile, le miel, le sucre, quoiqu'on les emploie en abondance, paraissent toujours entiers; les tambours, les harpes, les théorbes, les cymbales rendent sans être touchés des sons mélodieux^ Des dieux et des solitaires accourent de chacun des dix horizons pour accompagner le Bouddha. Le Bouddha descend accompagné de centaines de millions de divinités. Au moment où il descend, les trois mille grands milliers de régions du monde sont illuminés d'une immense splendeur, effaçant celle des dieux. Pas un être n'éprouve de frayeur ni de souffrance. Tous ressentent un bien-être infini, et n'ont que des pensées affectueuses et tendres» Des centaines de millions de dieux, avec les mains, avec les épaules, avec la tête, soutiennent et portent le char de Bouddha. Cent mille
apsaras conduisent les choeurs de mustqu« en avant^ en arrière^ à droite^ à gauche^ et chantent les louanges de Bouddha. Au moment où il va sortir du sein de sa mère^ toutes les fleurs ouvrent leur calice; de jeunes arbres s'élèvent du sol et entr'^uvrent leurs boutons; des eaux de senteur coulent de toutes parts; des flancs de PHimalaya^ les jeunes lions accourent tout joyeux à la ville de Kapila^ et s'arrêtent aux portes sanà faire de mal à personne. Cinq cents jeunes éléphants blancs viennent toucher avec leurs trompes les pieds du roi^ père de Bouddha; les enfants des dieux^ parés de ceintures^ apparaissent dans l'appartement des femmes^ allant et venant de côté et d'autre ; les femmes des nagas, laissant voir la moitié de leur corps^ appa^ raissent s'agitant dans ks airs; dix mille filles des dieux^ tenant à la main des éventails de queue de paon^ apparaissent arrêtées dans le ciel; dix mille urnes pleines apparaissent faisant le tour de la grande cité de Kapila; cent mille filles des dieux portant des conques^ des tambours, des tambourins, suspendus à leur cou, apparaissent immobiles; tous les vents retiennent leur souflDie ; tous les fleuves et tous les ruisseaux s'ariétent; le soleil, la lune et les étoiles cessent de se mouvoir. Une lumière de cent mille couleurs, produisant le bien-être dans le corps et l'esprit, se répand de^toutes parts. Le feu ne brûle plus. Aux galeries, aux palais, aux terrasses, aux arceaux des portes apparaissent suspendues des perles et des pierres précieuses. Les corneilles, les vautours, les loups, les chacals cessent leurs cris ; il ne s'élève que des sons doux et agréables. Tous les dieux des bois de Salas, sortant
- l'homme tbârb du cheist. 249
à demi leur corps du feuUlage^ apparaisssent immo» biles et inclinés. Des parasols grands et petits se déploient de tous côtés dans les airs. La reine cependant s'avance dans le jardin de Loumbini^ un arbre s'in« cline et la salue; la reine en saisit une branche^ et^ regardant le ciel avec grâce^ fait un bâillement^ et reste immobile. Le Bouddha s'élance de son côté droit sans la blesser; un lotus blanc perce la terre et s'ouvre pour le recevoir; un parasol descend du ciel pour le couvrir; un fleuve d'eau froide et un fleuve d'eau chaude accourent pour le baigner^.
Nos livres sacrés^ au contraire, sont tout pénétrés des doctrines du Messie^ soufi'rant et persécuté. Isaïe la voit semblable à un rejeton qui sort d'une terre sèche et aride, sans éclat et sans^ beauté; il le voit mis au nombre des méchants ^ dé[)ouillé et muet comme la brebis sous la main de celui qui la tond; puis^ invoqué par les peuples. La prophétie verse des larmes jusque dans les transports de Tespéranre; il ne s'agit pas seulement de joit^s extérieures et de magnificences royales^ le manteau du triomphateur est couvert de sang et divisé; lui-même est enseveli dans sa victoire^ la flamme du sacrifice est éteinte^ la désolation est dans le Temple^ et la cité sainte renversée.
Cette doctrine révolte la fierté de certains esprits qui confondent Dieu avec les grandeurs humaines^ et se croient de pr\;fonds penseurs quand ils ont fait un Jupiter, ou qu'ils ont placé leur insensible divinité bien haut, derrière je ne sais quel rideau des cieux.
Les triomphes de l'Infini se font par des voies sur lesquelles l'homme a le vertige ^.
S50 lA lUHIÈRB Sï 13 SALUT BU H05DE,
LE VIEILLAÏO).
L'heure est arrivée. Jésus-Christ se manifeste au inonde ; je me mêle à la foule qui se presse sur ses pas : à le voir^ c'est un homme semblable aux autres hommes, mais quel calme céleste l'environne ! 11 offre^ empreinte sur toute sa personne, une ravissante image de grâce et de dignité surhumaine; je ne sais quelle Sublimité paisible de grandeur, de bonté, de génie, de puissance éclate en lui et révèle plus que l'homme, plus que l'ange. Une douce tristesse, la touchante résignation d'une victime qui se dévoue et qui s'immole, respirent dans ses traits. L'innocence de ses mœurs est plus pure que la spllendeur des plus beaux cieux. On reconnaît en lui l'Agneau sans tache, pur et saint comme le tabernacle du Très-Haut, la plus parfaite image de la beauté souveraine.
LB F11ÊTB£.
Jamais il ne fut donné à la terre d'admirer un tel ensemble de perfections et de beautés morales. Qui pouitfttt peindre toutes les vertus qui brillent dans cet adorable modèle? Les évangélistes qui les ont contem* plées, se sont bornés à nous les montrer en action. Comme toutes se déploient^ s'accordent, se soutiennent sans jamais dégénérer, ainsi que nos vertus bu* maines, dans je ne sais quels excès qui formeiït tou« jours quelques taches dans notre plus beau soleil! Lui seul épuise toutes les formules du panégyrique, lui seul autorise la louange jusqu'à l'adoration. Mais tel est le nosttd incompréhensible qui unit l'homme au Dieu en Jésus-Christ que la nature humaine s'y laisse voir dans
l'homme frère bit christ. 284
toute la naïveté de ses émotions légitimes en méttie temps que la nature divine s'y révèle dans toute la su* blimîté de ses perfections.
Rien ne prouve mieux la divinité de I^vangile que le grand caractère d'humanité dont il est revêtu. Il n'y avait qu'un Dieu qui pût être hèmme à ce point.
LB VttlUARP. :
Quel amour^ quel respect profond pour Celui quil appelle toujours son Père, quel zèle pour sa gloire!... Et l'humanité, avec quelle tendre sollicitude il s*empresse à guérir ses plaies, à la consoler, à la guider, à l'instruire... Jamais homme n'a ainsi aimé les hommes. Partout, sur son passage, à sa voix, naissent les plus éclatants prodiges, et ces prodiges sont des bienfaits, car il passe en faisant le bien. L'enfant est l'objet de ses affections les plus douces; le pauvre, l'objet de son intime familiarité, de toute sa prédilection... Suivons-le sur la montagne. Du haut de la roche escarpée, son regard ineffable retombe avec une commi* sération sublime sor la multitude innombrable qui se* recueille et s'assied à ses pieds. Là se sont rassemblés de toutes parts, et les infirmes, et les estropiés, et les muets, et les aveugles et les indigents, et tous ceux que presse quelque angoisse de l'âme ou quelque souffrance du corps. A ce spectacle douloureux, le Cœur de Jésus est profondément attendri, et du fond de ses entrsiilles émues s'échappent soudain, avec un élan d'amour inexprimable, des paroles de bénédiction, des accents consolateurs, tels qu'un Dieu seul pouvait les révéler à la terre :
2oS LA LUMIÈES ET LE SALUT DU MONDE.
a Bienheureux^ vous qui êtes pauvres^ parce que a le royaume de Dieu est à vous.
a Bienheureux^ vous qui avez faim^ parce que vous « serez rassasiés.
a Bienheureux^ vous qui pleurez^ parce que vous a serez dans la joie *. »
Trouvez donc quelque part, dans l'antiquité, parmi les sages n vantés de POrtent, de Tlnde ou de la Chine, d'Athènes, de Rome ou des Gaules, quelque chose qui approche de la profondeur, de la sublime simplicité, de la divinité de cette doctrine, de ce coup d'œii jeté au fond de la nature humaine. Ah ! Jésus- Christ seul a compris cette effroyable mibère du corps et de l'âme qui pèse sur l'humanité. Qui donc, avant lui, avait songé à soulever cet immense poids d'augoisse et de douleurt Lui seul a entendu ce long gé* misscment de notre race, cri lamentable qui retentit à travers les âges sur tous les points du globe et vient expirer au pied de la croix qui seule l'explique et le console...
Sans cesse Jésus-Christ revient à ses frères bienaimés, aux misérables qui l'environnent, et dans le sein desquels il se plaît à déposer ses divins enseignenvgnts et ses douces paroles de consolation et d'espérance. Les petits, les huinbles,les infortunés, toute cette humanité illettrée, pauvre, couverte de sueur, haletant pour gagner un misérable pain, voilà ses amis. C'est pour eux qu'il travaille, qu'il se dévoue, qu'il veille, qu'il prie, qu'il enseigne. Tous ses miracles sont des bienfaits et c'est en faveur des malheureux qu'il les mul-
l'homme frère du GfiWST. 2^3
tiplie. De son cœar divin incessamment s'épanche sur le peuple un intarissable amour. Tout ce qui pleure, tout.ce qui a des plaies, tout ce qui est abandonné du monde, fait ses délices. Qui dira sa tendresse pour les hommes, sa douce pitié, son active compassion pour toutes les misères humaines, son ardente charité pour consoler toutes les douleurs, guérir tous les maux, pour courir au-devant de la brebis qui s'égare, et tendre au repentir des bras miséricordieux?
l£ pr£tr£.
C'est là un sujet d'admiration inépuisable et dans la contemplation duquel on goûte un ravissement toujours nouveau. On n'a point ici à craindre l'exagération. Donnez à votre imagination un libre essor; cherchez tout ce que Tesprit humain peut concevoir de plus doux et de plus fort, de plus aimable et de plus sublime, de plus humble et de plus majestueux, de plus miséricordieux et de plus sévère, si c'est là le beau idéal de la perfection, c'est celui que réalise le caractère de Jésus-Christ et qu'un Dieu, visitant le monde, pouvait seul réunir en sa personne.
Vous avez parlé de sa charité, l'humble, douce et bienfaisante charité, oui, voilà son précepte par excellence. Ahl ce n'est pas d'un cœur comme le nôtre que s'est épanché cet amour abondant, intarissable, qui embrasse toutes les indigences et toutes les misères, et qui ne laisse aucun besoin sans assistance, aucune souffrance sans consolation.
vous qui êtes comblé des dons de la fortune et qui jouissez d'un bien-être que rien ne trouble, si jamais
VOUS VOUS étiez surpris dans ces heures où Penfant du pauvre sanglptte parce qu'il a faim; si vous vous étiez vu dans C)^t isolement terrible où le malheur^ux^ reoueilli.dans une morne douleur^ ne voit aucune limite à ses souffrances; où Tesprit^ où le cœur ne distinguent, aux confins de Thorizon^que des réalités désespérantes; si vous ypus étiez trouvé dans quelqu'une de ces crises lamentables où pas un regard ami ne se présente pour deyiner dans une tristesse taciturne les acharnements de la misère qui ronge, ronge toujours... oh ! alors vous comprendrifez peut-être tout ce qu'il y a^ de. biéiifaits divins dans cette doctrine de Jésus- Christ apportant la charité à la terre et la faisant déborder sur toutes les pentes du globe...
La charité est partout, pénètre tout dans Tatmo- 3phère chrétienne, comme une brise euibaumée dans un parterre de fleurs •
Que de formes ingénieuses et touchantes emprunte son amour pour se multiplier comme nos douleurs! Tantôt (^'est une espérance qu'il fait descendre dans l'âme affligée, comme une rosée céleste sur la fleur brûlée des feux du jour, pour la ranimer; tantôt c'est un rayon de lumière dont il pénètre l'esprit pour dissiper doucement les funestes pensées et les sombres suggestions du désespoir. Ici, il aime à se montrer sous la figure du bon pasteur; là, sous les traits plus tendres encore du père de famille qui retrouve un fils coupable, mais ramené par le repentir...
Comme il aime ses disciples ! jamais leur grossièreté ne le révolte, jamais leur ignorance ne le découfa^é, jamais leurs fautes n'altèrent sa condescendance.
i'flOMHE FRÈRE BU CHRIST. 255
Ge qu'ils n'ont pas compris un jour, il le répète le lendemain et il leur ménage avec la sollicitude d'une mère les vérités qu'ils ne peuvent porter encore.
Il pleure sur les maux futurs de son ingrate patrie..,. Que n'a4-il pas foit pour prévenir ses malheurs I Sous quelle image douce et familière de la tendresse maternelle n'a4-il pas voulu rassembler autour de lui tous ses enfants !
Les pécheurs? c'est pour eux^qu'il est venu; ce sont eux qu'il recherche et qu'il fréquente. Il sauve la vie à la femme adultère et repentante; il pardonne à Madeleine méprisée j et lui annonce que sa conversion sera plus célèbre par tout l'univei^^queses désordres parmi les juifs.
Mais vos ennemis , Seigneur, ceux qui ont médité votre ruine et qui vous maudissent, ceux qui vous ont chargé d'outrages et d'ignominies, qui s'applaudissent de faire couler votre sang et qui vous ont attaché à la croix? profondeur incommensurable du divin amour I... Jésus aime ses ennemis, il prie pour eux, il leur pardonne, il plaide leur cause, il les excuse auprès de l'éternelle justice : « Mon Père, pardonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font ^ ^, » et son dernier soupir est un soupir de miséricorde.
Les actions et les paroles de Jésus, dans les divei'ses circonstances de sa vie, sont devenues les formules de toutes les vertus, les vertus mêmes en exemple. Par un prodige toujours subsistant, ces actions si divinement fécondes sont le modèle inépuisable de toutes les conditions et de tous les états; elles^ offrent des exemples au pauvre et au riche, au sujet et au monarque, pour
286 LA. mMIÈBB ET LE SALUT DU MONDE.
toutes les situations de la vie. De Jésus-Christ partent des traits de perfection qui se réfléchissent à l'infini dans ses discipks, et qui brillent du plus vif éclat dans mille caractères héroïques, qui sont la gloire dé l'humanité. Ainsi cette angélique chasteté qui nous fait garder nos âmes sans tache comme le lis des valions; cette onctueuse énergie qui nous soutient, sansroîdeur comme sans faiblesse, au milieu des tribulations et des tempêtes; cette générosité qui nous inspire le pardon des injures poussé jusqu'à l'abdication du moindre ressentiment; cette fraternité qui nous décide à nous immoler sans hésitation comme sans faste pour le bien de nos semblables, voilà sans doute des lois magnifiques, et Ton ne saurait trop glorifier et bénir la religion qui nous les impose. Mais qui ne voit que c'est des exemples de Jésus-Christ qu'elles émanent? Pourquoi cette intégrité sévère et de cœur et de conduite, sinon parce qu'il fut lui-même plus pur que le soleil? Pourquoi cette force dans les épreuves, sinon parce qu'il but avec courage le fiel de son calice? Pourquoi cet oubli des offenses, sinon parce qu'il demanda grâce pour ses bourreaux? Pourquoi ce dévouement à l'humanité, sinon parce que lui-même il se sacrifia pour
le monde?
Oui, la morale de TÉvangile n'est autre chose que la vie de son héros mise en préceptes; toutes les vertus qu'elle ordonne aux disciples prennent leur source et leur raison dans ITiistoire du Maître. La splendeur dont elles sont empreintes n'est qu'un reflet de la splendeur dont le Fils de Marie brilla lui-même, et les séparer de ses actions, ce serait séparer le ra-
l'homme frère dit christ. 957
meau de la tige qui Ta fait germer, ce serait détacher le rayon du foyer qui le lance.
Ainsi, dans la retraite comme dans fe monde, dans la paix des foyers comme dans le tumulte des armes, dans le commandement comme dans Tdjéissance, le moyen le plus assuré de mériter Tadmiration de nos semblables, c'est de tenir les yeux sans cesse attachés à ce modèle.
Devant cette sublimité paisible de- vertu et de perfection morale, à laquelle aucun homme n'atteignit jamais jusque-là, qu^ucun homme n'a jamais i^galée depuis, on s'étonne, on admire, on sent que s'il y eut un en* voyé divin sur la terre, c'est à ces traits plus qu'humains qu'on doit le reconnaître; le cœur s'émeut, les genoux fléchissent, on révère, on aime et on adore.
LEYIEILLARD.
Que dirons-nous de sa doctrine? De quelle hauteur elle dépasse celle des philosophes les plus vantési... Rien, parmi les hommes, n'égala jamais la simplicité ravissante, l'inexprimable douceur et la puissance irrésistible de sa parole. Elle coule de ses lèvres sacrées comn>è une source inépuisable de vérité et d'amour; c'est un pain délectable dont se nourrissent avidement les plus faibles intelligences, c'est une émanation de la lumière incréée qui fait fuir les ténèbres, vivifie les âmes, pénètre et remue les cœurs, c'est le Verbe de Dieu*
Les maîtres les plus habiles demandent la réputation à leurs immenses travaux, et la gloire à l'influence et au rang de leurs disciples. Il leur faut des temps et
des liettx marqués pour leurs leçons ; Athènes a son Lycée et son Académie; Rome a ses écoles publiques. La chaire de Jésus-Ghrist est partout^ au bord d^un lac, près d'une fontaine^ sur le chemin^ au désert^ ou même au milieu des flots^ toujours en présence de cette nature à laquelle il emprunte tour à tour la simplicité ou la majesté de son langage. Sa science^ dégagée de tout art humain^ rejette les formules comme un vêtement incommode ^ se déploie^ grave et libre ^ en paraboles et en récits^ se répand en maisimes, en images douces et familières qu'on n'oublie jamais une fois qu'on les a entendues. A la sagesse abstraite des philosophes^ il substitue une sagesse simple , précise , sublime j faite pour l'homme y puisqu'elle arrive à son cœur aussitôt qu'à son oreille^ sans fatigue^ sans traVailj^ comme une réminiscence d'un sentiment qui reposait dans son âme et qu'il doit emporter dans le ciel.
Pour graver ses leçons dans Tesprit des humbles et des pauvres qui le suivent en foule /H fait parler la fleur des champs et le lis des vallées, l'arbre stérile et l'oiseau du ciel^ le festin des noces et la vigne dn père de famille, les semences du laboureur, la brebis du pasteur, la source d'eau vive, le denier de la veuve et l'innocence du premier âge. C'est ainsi qu'il abaisse les plus sublimes connaissances à la portée du peuple qu'il vient évangéliser, et les tient relevées au-dessus des esprits les plus éminents; et tandis que l'enfant y puise les lumières qui ouvrent et fécondent son intelligence> les plus profonds génies y découvrent des hauteurs qui les accablent. C'est du lait pour les enfants, c'est du pain pour les forts.
L'HOMinS FRÈRE DU CHRIST. 259
Cherchez les -replis les plus cachés des esprits e( des" cœurs, en Judée, à cette époque, et dîtes si vous y découvrez les principes que le Christ proclame? Pi^êtez l'oreille à toutes les voix, et dites s'il y en a une seule, hors celle de Jésus, qui ait eu le secret de sa doctrine, et lui en ait dicté la sublime pensée? Entendesi-vous dans quelque synagogue, sur quelque montagne, au fond de quelque vallée, les docteurs dont il ait retenu les leçons? Aspirez-vous quelque part Pair que vous respirez dans notre atmosphère chrétienne?... Non non; il n'y a pas une seule figure au monde comm celle de Jésus, un seul système de morale semblable celle qu'il aptêchée... Pénétré, étonné, ravi, on s'écrie, après l'avoir entendu : « Non, jamais homme n'a parlé comme cet homme ! )* ou bieiî avec le Koraii : a L'Évangile, flambeau delà foi, Jésus l'a reçu de Dieu *** i^
LE PRÊTRE
^Àvec quelle souveraine autorité la parole de Jésus- Christ se produit et brille an milieu des ténèbres quirégnent autour de lui! Quel iixésistible et doux empire elle exerce sur l'âme! et comme elle se montre bien, dans son auteur, revêtue de tous les caractères qui attestent sa céleste origine ! Oui, cette parole qui va dissiper la nuit des intelligences, qui va remplir le monde et devenir la sagesse des nations, cette parole si puissante, si féconde, si sublime, est bien une émanation du Verbe divin; ce qu'elle dif, ce qu'elle révèle à la terre ne peut venir des hommes, mais descend du Pèf^ qui est dans les deux I Modeste et calme, le pacifique Médiateur ne discute pas, ne raisonne paft. Jl
ii)0 LA LIM1£R£ £T LE 3AL(JT bU UOÎiDE.
verse sa doctrine dans les âmes avec une noble sim« plicilé^ sans effort, sans art, avec la con6ance du laboureur qui jette la semence dans son champ, assuré qu^elle porte en elle le germe qui la développera et lui fera produire des fruits au centuple. L'homme trahit sa faiblesse jusque sous Tinspiration de son génie; son émotion déborde en images impuissantes, et Fon sV perçoit qu'il s'agite dans un ordre de choses qui ne lui est pas familier. La science du divin Libérateur des hommes ne laisse paraître aucun de ces efforts, aucun trouble, aucune préoccupation ; elle se révèle comme un fruit naturel, comme une émanation directe de sa pensée en union intime avec Celui qui l'a envoyé. Qu'on repousse avec mépris ou qu'on accueille avec transport sa parole, il n'en parait point surpris, et la plénitude de sa conviction dans la vérité qu'il enseigne, n'en est ni diminuée ni augmentée; ses garanties sont plus haut.
On voit qu'il est plein des secrets de Dieu , mais on voit qu'il n'en est pas étonné comme les autres mortels à qui Dieu se communique; il en parle naturellement comme étant né dans ce secret et dans cette gloire; il est comme un fils dans la maison paternelle, disposant de tous les trésors de son père, en parlant sans émotion, sans ostentation, comme de choses simples, ordinaires, dans sa condition élevée. Et ce qu'il a ainsi sans mesure, il le répand avec mesure afin que notre faiblesse le puisse porter.
LE VIEILLABB.
Jamais parole n'a été plus livrée à la discussion, plus
i/hoioce fbèrs du ghkist. 261
soumise à Tàpplication. Descendue sur les ailes de la prédication à tous les rivages de la terre, transmise de siècle en siècle^ partout^ toujours, elle a porté la lumière, la civilisation, le perfectionnement moral. Quel est le sage qui se soit flatté d'ajouter des lumières aux lumières de cette parole expliquant Dieu, la nature de rhorome, ses devoirs et son souverain bien; d'avoir trouvé des remèdes plus appropriés à nos maladies, des secours plus abondants contre nos passions, une fin plus glorieuse à nos destinées? Quelle parole que celle dont dix-huit siècles de développement et d'ex« plication n'ont pu épuiser la fécondité, à laquelle tant de siècles de méditations et de recherches n'ont pu rien ajouter, dont ils n'ont pu rien retrancher, et qui porte encore aujourd'hui dans ses flancs toutes les lumières^ toutes les réformes, toutes les espérances de l'avenir?... Et ne serait-ce qu'un homme Celui qui a fait jaillir cette parole du sein des épaisses ténèbres dont l'esprit humain était enveloppé à son époque; Celui qui a dit de lui : a Je suis la lumière du^ monde, a et qui a porté sur lui-même ce jugement prophétique dont tout ce qui est atteste et garantit l'accomplissement : a Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas... ; » Celui enfin dont la parole, suivant qu'elle brille ou qu'elle s'éclipse dans la société, y fait la lumière ou les ténèbres, le progrès ou la décadence, la vie ou la iport? Je le demande, cet homme ne serait-ce qu^un homme ordinaire? Cette parole ne serait-ce que la parole d'un homme ordinaire, héritier d'ignorance et d'erreur, comme tous les enfants des hommes?... N'est-ce point plutôt la Sagesse même, la
26Î LA LUliliRE ET LE SALUT IHJ MONDE.
Yérité mèmey se manifestant au monde sous les voiles de l'humanité?...
LE PRÊTRE
Avant cette merveilleuse effusion de lumière et de vie morale, que de livres avaient été écrits sur les plus grands intérêts de Fhomme! Que d^écoles ouvertes pour y apprendre la sagesse ! Que de veilles, que de méditations consacrées à l'étude de Thomme, de ses devoirs envers Dieu, de son origine «t de sa fin der> nière ! Et après tout cela, que d'incertitudes, de cowtradictions manifestes et de ténèbres amassées! La nuit ét$it si profonde, que les plus beaux génies, fatigués de lutter contre des obscurités impénétrables, avaient perdu toute espérance de voir la lumière.
Quel épouvantable tableau présente le monde à l'avènement de Jésus-Christ I
La Ghaldée et l'Assyrie adorent le soleil et les astres. L'Egypte, malgré la sagesse dont elle se vante, porte jusqu'au dernier degré le culte de la béte et de l'idole. Les bracbmanes et les gymnoso*phistes de l'Inde unissent, comme l'attestent leurs VédftB, un dégoûtant polythéisme à la plus affreuse extension du panthéisme. Dans la Perse, la religion est dénaturée par un dualisme formel et par le magisme. Le stationnaire empire du Milieu, ainsi qu'il s'appelle lui-même, descend peu à peu dans toutes les extravagances de Bouddha ou de Fo. La Grèce arrive à la vo* lupté à travers les raisonnements de ses sophistes. Rome, enfin, opère la conquête du monde; mais en le soumettant à sa gigantesque domination , elle lui dé*
L^fiOMIfE FRÈRE DU CHRIST. ^63'
robe ses viees, ses erreurs, ses crimes> ses prostHations et tontes ses souillures idolàtriques.
Les anciens dieux de Tempire étaient tombés avec les institutions politiques. Les élégances du culte hellénique avaient été remplacées par les difformités d^un culte sombre ; étrange, emprunté particulièrement à VÉgyfie,.. cette terre des monstres déifiés. Les prêtres' de ce polythéisme, occulte et bizarre, espèce de jongleurs chez qui la licenûe . des mœurs le disputaH au fanatisme, s^en allaient de village en village, les cheveux épars et la poitrine ensanglantée, promener les simulacres monstrueux de leurs divinités. Ils remplissaient Tair de hurlements, se livraient à des danses indécentes ou grotesques, et cherchaient à ranimer la crédulité de la multitude en frappant son esprit par le spectacle de convulsions hideuses et de rites effrayants. Une superstition barbare imagina les affreux tauroboles dans lesquels le suppliant se faisait inonder du sang de la victioie. Non content de ces rites révoltants, empruntés à des peuplades dédaignées, on recourut aux sacrifices humains qui ainsi déshonorèrent la chute du paganisme comme ils en avaient souillé la naissance. On se croyait abandonné des dieux et pour repeupler le cieLqu^on s^épouvantait de trouver muet et désert, on les multipUnit sous les formes les plus effroyables : on les accueillait de partout avec d'autant plus d'empressement que leurs si^ mulacres étaient plus étranges, plus hideux, plus infâmes. Les doctrines les plus délirantes se propageaient et donnaient naissance à des sectes innombrables. Tous les imposteurs , toutes les superstitions , tous les
364 LÀ LUMIÂRB £T lE SALUT D? MONBE.
fanatismes semblaient déchaînés sur les peuples qu^on eût dits frappés de démence ou devenus le jouet des puissances de Tablme.
Au rapport des historiens de cette époque , on voyait des hommes de toutes les conditions^ tantôt saisis tout à coup d'un désespoir frénétique^ déchirer leurs vêtements , se rouler dans la fange en criant qu^ils étaient maudits des dieux; tantôt raillant/ persifBant ces mêmes dieux^ puis allant consulter les sorciers , parcourant les cimetières pour y déterrer les morts^ égorgeant les enfants ou les faisant mourir de faim sur les tombeaux pour lire Tavenir dans leurs entrailles. Ces pratiques , ces rites affreux par lesquels on cherchait à arracher aux enfers ce qu'on n'espérait plus obtenir du ciet^ répandaient la terreur parmi les peuples, mais ne leur rendaient pas la croyance, et c'était de croyances qu'ils avaient besoin. L'espèce humaine semblait entrevoir qu'il y avait quelque chose au delà de ce gouffre où elle étouffait; elle se ruait de tous ses efforts à la porte de l'avenir et retombait impuissante et désespérée.
a D'où vient ce désordre moral à une époque où la philosophie a étendu partout ses enseignements, et où les lumières semblent avoir dissipé les ténèbres de l'ignorance t L'homme s'applaudit d'avoir repoussé tous les préjugés, toutes les erreurs, toutes les craintes; et toutes les erreurs semblent déchaînées! On a proclamé l'empire de la raison, et tout l'univers est frappé de délire!... Jamais les égarements ne furent plus honteux, les agitations plus désordonnées, les douleurs plus poignantes ^*. x>
L^HOHME FJIÂRE J>V CHRIST. 265
Qu'était-ce alors que la société romaine? un cadavre qui tombait en pourriture. Jamais le sensualisme, Torgueil et Tavarice n'avaient pris dans Thumanité des proportions plus épouvantables. L'esclave c'était une chose; a il n'était pas seulement vil, mais nul *'. » Ces malfaeureux n'avaient ni nom^ ni dieux, ni bien, ni fomille. Ils étaient, au gré du maître^ exploités comme des machines, vendus comme un bétail, détruits comme ennemis. On ne se mariait plus, il n'y avait plus de famille; au lieu d'enfants on avait des affranchis. De toutes parts cette civilisation fameuse s'écroulait sous l'action dissolvante de l'égoîsme, ce dernier dieu des sociétés expirantes. Il ne restait plus rien de la liberté ancienne, rien de la chasteté des matrones, rien de la fierté du sénat, rien de la courageuse générosité et des mœurs républicaines. Rome étalait toutes ses lèpres à découvert : les combats du cirque, l'exposition des enfants, la prostitution légale des femmes, l'arbitraire dans les supplices, la mort prodiguée comme jouissance et comme spectacle dans les théâtres et dans les festins, enfin cette épouvantable débauche où l'imagination délirante s'ingéniait à des prodiges de vice et dans laquelle il n'y avait ni sexe, ni parenté, ni humanité... II n'y avait plus de place pour une seule vertu au milieu de cette horrible corruption.
a C'était une orgie universelle où l'on se hâtait de dépenser plaisirs et souffrances, richesses et misères; et quand on en lit les détails dans Tacite, Suétone, Juvénal, on se prend à appeler de tous ses désirs la marche des terribles destructeurs de ce peuple mau-
^$9< LA LUlflifiir ET LE SÂLUt Dff BIONDE.
dit; et l'on bénit- avec transport le- sang versé paf les hérod do Christ pour \si\&f cet infâme égoôt de la* so^' oiété romaîtie **i »
LE VIEILLARD
Ces héros du Christ^ ils vont venir; déjà leur chef s^avance et^ sous ses pas^ déjà la terre a tressailli,.. Il parle ! de sa bouche sort une lumière qui éclaire toutes les profondeurs de la nature huatainey qui eit* plique tous les mystères de notre destinée. Il annoiH^ un royaume d'un nom bien nouveau^ le royaume des àmes^ de la vérité^ de Tintelligence et de l'amour> où Dieu sera servi en esprit et en vérité, où Pon combattra contre la chair, le sang et Porgueil; empire universel qui s'étendra sur toute créature raisonnable, seul heureux, seul durable, parce qu'il embrassera le temps et Téternité.
Dès cette heure, un vent du ciel, parti du bord des lacs de la Judée, imprime au monde un mouvemei^t qui le remue jusque dans ses plus intimes profondeurs, et qui ne s'arrêtera plus« L'épais voile niythologique sous lequel l'œuvre de Dieu était universellement ensevelie depuis tant de siècles, se déchire; tous ces fantômes honteux qui avaient usurpé dans chaque créature la place du Créateur, rentrent dans Ja xmk des enfers. Un nouveau fiât fait sortir une seconde fois la création d'un impur chaos, et le ciel et la terre et la mer et toutes les créatures, admirable miroir où se réfléchit la face dU' ToutrPuissant, peuvent être mi^ntenant interrogés, scrutés librement par le génie de l'homme, comme les témoins, de leur commun et uni*
l'homme FRBÏIE DU cmtj&fi 2S67
que auteur. L'univers est affanchi dh ses dégradantes servitudes. L'humanité frémissante se réveille dans ses fers; TOccident tend la main à l'Orient^ et^ dan% les allégresses des plus saintes espérances^ au lieu de rimmense cri de désespoir qui dominait jusqu'au bitiit des festins et des fétes^ c'est un cri d'amour, un chant de bénédiction, qui s'élève à tous les horizons de la terre.
Un monde décrépit s'abîmait dans une effroyable Corruption, et voilà que ia pureté, cette fleur céleste, germe tout à coup au fond des âmes comme un lis virginal sur un tombeau. La dignité et la noblesse de la nature humaine avaient été méconnues et foulées aux pieds, et voilà que des hommes s'en vont à la re^ cherclie de l'esclave abruti, du pauvre délaissé^ le ré^ chauffent sur leur sein et l'appellent : Mon frère ! Jusque-là les âmes* s'étaient lâchement affaissées dans l'indifférence pour la vérité, et vcHlà que tout à coup des hommes de toutes les conditions, de tous les â^es, embrassent avec transport les intérêts de la vérité et meurent avec joie pour la défendre, en chantant l'hymne du courage et de la délivrance. Ce sont des vieillards vénérables, qu'on porte sur les bûchers,, parce qu'ils ne peuvent y monter eux^-méines; ce sont des vierges délicates et timides; de jeunes mères, l'orgueil de leurs familles; des adolescents dans l'âge des illusions et de& espérances; des magistrats révérés r au loin pour leur sagesse ; des savants qui, après avoir méprisé le christianisme de. toute la hauteur de leur raison, sont devenus ses plus intrépides défenseurs..* C'est une multitude incalculat>le de personnes de tous
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les rangS; de tous les états, qui, pendant trois siècles y .et dans toutes les contrées de Punivers, se montrent supérieures à toutes les propensions^ à toutes les défaillances de la nature, et qui affrontent la nu>rt avec tant d'héroïsme à la fois et de simplicité qu'on est forcé de reconnaître qu'il y a là quelque chose qui s'élève prodigieusement au-dessus de la nature, une manifestation éclatante de la vertu du Tout-Puissant qui se plaît à révéler sa force dans la faiblesse et l'infirmité ^^
Oui, un astre nouveau s'est levé sur le monde; il dissipe les ténèbres de toutes les superstitions^ et verse sur la terre les clartés les plus pures sur l'unité, la sainteté, la bonté, la justice, lu souveraineté infinie de Dieu; sur la spiritualité, l'immortalité, la perfectibilité indéfinie de l'àme; sur la fraternité, la charité, la liberté, la dignité humaine; vastes et féconds éléments de la plus haute, de la seule véritable civilisation. La Grèce, Rome, l'Orient, croyaient avoir épuisé toutes les grandeurs réservées à l'humanité : une poignée de bateliers juifs, quelques pêcheurs galiléens, leur démontrent que c'est à peine si leurs lèvres ridées ont savouré quelques gouttes du lait qui donne la vie aux peuples. Dans l'homme tout entier circule un souffle de vie qui pénètre son intelligence et son cœuî*, et l'élève à un degré de perfection qui dépasse infiniment tout ce que la sagesse antique eût jamais pu concevoir de plus admii^able. L'homme déchu, l'homme cupide, égoïste, orgueilleux, sensuel, descendu à tous les degrés de la perversité et de Tabjection, se transforme tout à coup; son cœur se tourne avec amour vers l'infini qu'il cherche et qu'il aspire; il foule aux
l'hommb sbère du ghaist. 269
pied« tous les instincts qui la poussent au mal; il embrasse le l}ien avec transport; son Ame, toujours en haleine vers la perfection, se dépouille de ce qu'il y a de jilus doux, de plus ^her, de plus inhérent à notre nature, abjure la vie des sens, s'immole et meurt tous les jours pour grandir et se répandre dans une nou'velle vie de devoir, de vertu, de dévouement et de sacrifice, où ne voyant jamais ce qu'elle fait de bien, mais ce qu'elle ne fait pas, elle se méprise en accomplissant des actes d'héroïsme. Gomment l'homme pourrait-il cesser de tendre, d'aspirer toujours^vers une plus haute perfection, quand il entend sans cesse résonner dans son cour ce divin appel : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
C'est ainsi que sans que la science s'en fàt occupée, sans que les arts y eussent mis la main, sans que la richesse y eût aidé , sans que la politique l'eût même soupçonné, le monde entra dans cette voie royale où il marche depuis deux mille ans sous l'étendard de Jésus*Christ. La rétrogradation s'arrêta pour tous les peuples qui s'associèrent à ce mouvement nouveau et fit place au (christianisme vainqueur emportant dans ses bras l'humanité transformée et s'avançant, avec autant d'ivresse que de stupéfaction, dans la gloire d'une destinée nouvelle.
Non, dans ce grand duel de la force et du droit, du mensonge et de la vérité, de la matière et de l'esprit, le Christ n'a pas besoin des armes de ses adversaires. Aux Hercules indou, grec, Scandinave, l'arc et la massue ; le Messie, le Prinee de la paixy n'aura pas même une pierre dans une fronde.
270 LA LUHIEItS ET LE SALUT DU MONDE.
Et pourtant trois sièeles se sont à peihe écoulés qùë « le Capltole; couvert de dorures, est négligé; tous les « temples de Rome sont remplis d^une noire poussière « et de toiles d*araignées; la cité se lève de ses fotidc- « ments, et des flots de peuple, passant devan! des « temples à demi-ruinés, volent auif ton^beaux des ft martyrs *•. »
Et dans cette révolution inouïe, en dehors de toutes les proportions de la nature et de rhumanité, on ne veut reconnaître ni surnaturel ni miracle!...
Quelques bateliers, juifs ignorants et barbares, s'avisent un jour de prêcher un juif supplicié, crucifié^ et le monde est changé ; c'est tout simple! Séuis^ seul» contre tous, ils combattent les passions, les préjugés, Iapuis^ance> la philosophie, et le monde les tue, mais se tïoiïveftit ; c'est tout naturel ! . . .
LE PRÊTRE. '^ ,
De queire haute éloquence se revêt la parole humaine; de quels acoents elle s'anime, lorsqu'elle célèbre ces étonnantes merveilles de la régénération du monde î Nul écrivain n'est médiocre loriSqu'il aborde un tel sujet» Parmi tant de grands noms que j'aimerais à citer, je rappellerai cette page d'un apologiste contemporain dont l'âme pénétrée a imprimé d'ardentes^ vibrations aux fibres chrétiennes :
a Un jour, un homme se croit le Fils de Dieu ; il le dit, l'univers l'accepte. Les idole^^que Socrate et Platon n'avaient pas ébranlées, s'écroulent à sa' voix. Lé monde, ce cadavre qui déjà pourrissait dans latombe> se relève pour parler ur langage inconnu ; mais la
l'hommb frère du christ. 271
phime ne marche pas assez vite ^ la parole est trop lente sur les lèvres pour raconter la prodigieuse f apidilé de ces merveilles. Ah 1 vous dites que Jésus-Christ n'est qu'un homme ! Mais pourquoi donc^ dans (iette interminable histoire du genre humain^ n<'a-t-on|amavs trouvé le modèle ou Pimituteur d'une pareille œuvre? Pourquoi le christianisme est-il encore dans ce monde un fait unique, inexplicable et si prodigieux , méime pour vous, que vos regards se troublent et s'obscurcissent dès que vous lé contemplez? Le Christ, dites-vous, n'a pas fait de miracles; sa vie a été simple et vulgaire, il n'a ni ressuscité les morts, ni guéri les aveugles ! mais le monde converti sans miracles, le monde pacifié et régénéré, Thumanité lancée (fans dès voies inconnues, voilà une merveille qu'il vous faut expliquer tout aussi bien que la résurrection de Lazare. Vous avez beau détourner la tête et parler d'autre chose, vous avez beau murmurer à demi-voix les mots de progrès, de puissance de l' esprit humain^ de nécessité historique y et toutes ces mille formules sonores et banales dont vous remplissez vos livres, les gens d'esprit n'en seront certes pas dupes; vous ne leur ferez jamais prendre des métaphores pour des idées, ni de la rhétorique pour de la science. Pourquoi donc, en dehors du christianisme, la résurrection du vieux monde ne s'est-elle jamais accomplie? Pourquoi l'esprit humain, sur les bords heureux de l'Indus et du Gange, n'a-t-îl pas brisé les liens de fer qui le tiennent dans une éternelle servitude? Pourquoi, sur l'immense plateau de l'Asie centrale, la croix ne s^est-elle pas élevée triomphante et glorieuse? Pourquoi quelque Christ înconnij^
â7i LÀ LUMIÈRE ET LE SALUT DU MONDE.
nVt-il pas rallié autour de rétendard de la fraternité les innombrables tribus du Céleste Empire? Comment se fait-ii qu'en dehors du christianisme il n'y a ni liberté, ni progrès, ni charité? Si cependant une irrésistible force pousse en avant les générations humaines, je voudrais savair quand cette puissance merveilleuse s'éveillera dans les savanes de l'Amérique, dans les lies inhospitalières du grand Océan ? Vous me direz , j'espère, quand la loi du progrès fera sortir de leur torpeur l'Australien dégradé et le cannibale de la Nouvelle Zélande; pourquoi k civilisation s'éveille toujours au pied de la Croix, et pourquoi elle dépérit et meurt^ si des mains ignorantes ou barbares renversent dans la poussière l'étendard glorieux qui couvre de son ombre salutaire les peuples régénérés. »
LE VIEILLARD
a Quel est donc, s'écrie un pontife à la voix solennelle, quel est cet homme souffrant et triomphant tout ensemble, souverain chargé d'une croix, et tout-puissant quand il expire, dont mes regards étonnés ne peuvent plus soutenir Téclat, et devant qui se prosterne ma raison éblouie ?
a Quel est cet homme dont la grandeur embrasse tous les lieux et tous les siècles, qui remplissait TOrient du bruit de sa gloire longtemps avant sa naissance, que les patriarches ont salué de loin dans l'attente de ses promesses, et dont les prophètes ont écrit l'histoire plusieurs siècles avant qu'il parût sur la terre?
a Quel est cet homme qui change en mourant la face du monde > qui, du haut d'une croix, réforme toutes