L^HOMUCB FRÈRE BU CHRIST
les législations corrompues des nations, qui délivre pour jamais l'univers des sacrifices barbares du sang humain, des sacrifices infâmes de la pudeur, du trafic imposteur des oracles, de la férocité des guerres, de l'atrocité des spectacles, de l'exposition publique des nouveau-nés, et dû déplorable asservissement des hommes par Tesclavage?
a Quel est cet homme qui règne depuis son supplice dans les croyances et dans les mœurs, dans les institutions et dans les lois de toutes les nations civilisées; qui inspire tous les nobles dévouements, les sacrifices héroïques, et qui> lorsque la terre était frappée de plaies inconnues, prend pour la sauver, les remèdes les plus étranges, et dont l'empire éternel, immuable, voit passer devant lui les dynasties, les sceptres et les couronnes emportés par le torrent des âges?
Quel est cet homme dont le cœur, immense comme l'Océan, renferme toutes les vertus, tous les mérites, toutes les grâces, toutes les bénédictions , qui, sortant de son sein comme autant de fleuves, remontent jusqu'au berceau du monde, descendent jusqu'à nous, et iront éclairer, régénérer de nouveaux peuples et de nouvelles terres jusqu'à la consommation des siècles?
« Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous ; Et Verbum caro factum est et habitavit in nobis, »
LE PRÊTRE
Dans un éminent apologiste contemporain dont on a dit : a que l'erreur se débat vainement dans les liens dont l'enchaîne sa puissante logique, » je trouve, sur l'établissement du christianisme, une observation
^^4 LÀ LUIflÈBB ET LE SALUT DU MONDE.
qui me frappe : Est-ce par Téloquenee^ la pbnosophte, l'opulence^ l'autorité du génte> l'ascendant de la gloire^ l'éclat de la puissance que le christianisme a triomphé?... Écoutons:
a En consultant l'histoire^ l'expérience et le ccBur humain^ on découvre aisément par quels moyens les personnages célèbres qui ont paru sur la terre^ ont pu réussir dans leurs desseins. Il est des ressorts qui, mis en jeu par des mains habiles, ont une action puissante sur l'espèce humaine; on la subjugue par la force^ on la dirige par la politique, on l'entraîne au cri de la liberté , on l'atlire par l'appât des plait»irs et des biens de la terre, on Téblouit par l'éclat du talent et du savoir : tels sont les moyens humains du succès. C'est par eux que les philosophes anciens ont formé des écoles, que les législateurs ont maîtrisé Tesprit des peuples, que les conquérants les ont vaincus, que Mahomet, en particulier, a fondé sa religion et son empire. Mais si aucune de ces ressources humaines n'avait contribué à l'établissement du christianisme, ne serait-il pas raisonnable de penser qu'il y a eu ici quelque chose de surnaturel et de divin?
a Pour mettre cette vérité dans tout son jour, je vais foire une supposition qui vous frappera peut-être, si c'est pour la première fois qu'elle vient se présenter à votre esprit. J'oserai prêter à Jésus-Christ des paroles qui ne sont jamais sorties de sa bouche sacrée; mais on sait avec quelle aimable condescendance il conversait avec les hommes, il répondait à leurs questions, il entrait dans une sorte de discussion avec eux sur les titres de sa mission divine ; et si la supposition que je
l'homme frère m gsrist. ^75
vais hasarder fait ressortir davantage sa gloire et sa puissance^ j'espère qu'oa voudra bien me la pardonner.
a Me transportant par )a pensée aux temps anciens où toutes les nations étaient idolâtres, je suppose qu'au moment où Jésus commence de parcourir la Judée pour y annoncer sa religion, il est rencontré par un philosophe très-versé dans toutes les connaissances que le monde estime ; je suppose que Jésus ait avec ce philosophe la conversation suivante. -«- Quel est, demande le philosophe à Jésus, quel est votre dessein en parcourait ainsi les villes et les bourgs de la Judée, pour enseigner aux peuples une doctrine nouvelle?-^ Mon dessein, répond Jésus, est de réformer les mœurs de toute I^ terre, de changer la religion de tous les peuples, de détruire le culte des dieux qu'ils adorent, pour faire adorer le seul Dieu véritable ; et , quelque étonnante que paraisse mon entreprise, j'aflSrme qu'elle réussira.
x{ -TT-Mais étes-vous plus sage que Socrate, plus éloquent que Platon, plus habile que tous les beaux génies qui ont illustré Rome et la Grèce? — Je ne me pique pas d'enseigner la sagesse humaine; je veux convaincre de folie la sagesse de ces sages si vantés, et la réforme qu'aucun d'eux n'eût osé tenter dans une seule ville , je veux Topérer dans le monde entier par moi ou par mes disciples. — Mais du moins vos disciples, par leurs talents, leur crédit, leurs dignités, leurs richesses, jetteront un si grand éclat , qu'ils effaceront le Portiquç et le Lycée, et qu'ils pourront aisément entraîner après eux la multitude? — Non, mes envoyés seront des
hommes ignorants et pauvres, tirés de la classe du peuple, issus de la nation juive, qu'on sait être méprisée de toutes les autres ; et cependant c'est par eux que je veux triompher des philosophes et des puissances de la terre, ainsi que de la multitude.
< — Mais il faudrait du moins que vous pussiez compter sur des légions plus invincibles que celles d'Alexandre ou de César, qui portassent devant elles la terreur et répouvante, et disposassent les nations entières à tomber à vos pieds. — Non, rien de tout cela n'entre tlans ma pensée. J'entends que mes envoyés soient doux comme des agneaux, qu^ils se laissent égorger par leurs ennemis, et je leur ferais un crime de tirer Tépée pour établir le règne de ma loi.
« — Mais vous espérez donc que les empereurs, que le sénat, que les magistrats, que les gouverneurs de provinces , favoriseront de tout leur pouvoir votre entreprise ? -— Non , toutes les puissances s'armeront contre moi, mes disciples seront traînés devant les tribunaux, ils seront haïs, persécutés, mis à mort; et, pendant trois siècles entiers on s'efforcera de noyer dans des flots de sang ma religion et ses sectateurs.
« — Mais qu'aura-t-eile donc de si attrayant, cette doctrine, pour attirer à elle toute la terre? — Ma doctrine, réplique Jésus, portera sur des mystères incompréhensibles; la morale en sera plus pure que celle qu'on a enseignée jusqu'ici. Mes disciples publieront de moi que je suis né dans une crèche, que j'ai expiré sur une croix, car c'est par ce genre de supplice que je dois mourir. Tout cela sera cru parmi les hommes; et c'est moi, qui vous parle, que la terre doit adorer
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un jour. — C*e5t-à-dire, répond le philosophe avec un ton de pitié, que vous prétendez éclairer les sages par les ignorants^ vaincre les puissances par des hommes faibles^ attirer la multitude en combattant ses vices^ vous faire des disciples en leur promettant des souffrances^ des mépris^ des opprobres et la mort; détrôner fous les dieux de l'Olympe pour vous faire adorer à leur place^ vous qui devez étre^ dites*vous^ attaché à une croix comme un malfaiteur et le plus vil des esclaves. Allez^ votre projet n^est qu'une folie; bientôt la risée publique en fera justice. Pourquoi réussit^ il faudrait refondre la nature humai ne^ et certes la réforme du monde moral, par les moyens que vous me proposez^ est aussi impossible que la réforme de ce monde matériel; et, plutôt que de croire au succès de votre entreprise, je croirais que vous pouvez d'un mot ébranler la terre et faire tomber du firmament le soleil et les étoiles.
« Voilà comme je me figure qu'aurait pensé et parlé un philosophe à qui Jésus eût communiqué le dessein de convertir le monde païen au christianisme; et sans doute le succès était tellement impossible, à ne consulter que la raison humaine , que toute la sagesse eût été en apparence du côté du philosophe. Hé bien! ce qui était humainement impossible est précisément ce qui est arrivé; la sagesse humaine a été confondue, toutes les idées ordinaires ont été bouleversées; la folie de la croix a triomphé de Tunivers; et voilà l'immortel monument de la divinité du christianisme. Et maintenant vous comprendrez cette singulière et mémorable parole d'un savant écrivain : o Seigneur, si en
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j[Q'attachaiit au christianisme je me trompe^ c'esi vous qui m'ayez trompé^ car il est marqué è des traits que votre main seule pouvait lui imprimer : Domine^ si er* ror est, a te decepti sumus. »
Ou rien n'est clair au monde ^ rien n'est fort> rien n'est vrai et certain , ou l'institution catholique est le fait divin ; car il est préparé^ fondée consommé, maintenu par l'action divine la plus formelle. Sur l'immense portique du temple nouveau^ il est* écrit en caractères ineffaçables : C'est vraiment la maison de Dieu ! Verè domus Dei est!
LE VIEILLARD
Je veux rappeler à mon tour sur l'étonnante vitalité de l'Évangile les considérations d'un profond génie^ que vous reconnaîtrez facilement à la vigueur de ses traits.
« Aucune institution dans l'univers, dit-il, ne peut être opposée au christianisme. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions; {dusieurs caractères frappants excluent toute comparaison : ce n'est pas ici le lieu de les détailler; un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre une autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompréhensibles, crus pendant dix -huit siècles, d'une grande partie du genre humain, et défendus d'âge en âge par les premiers hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet. Chose admirable 1 lorsqu'on réfléchit sur cette grande institution , l'hypothèse la
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plus naturelle^ celle que toutes les vi^isemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. 8i Tœuvre est humaine, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène. Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Port bien ; mais ce cuivre a-t-il été dix-huit siècles soumis à notre chimie observatrice? ou s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honneur? Nev^lon croyait à l'incarnation : mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.
« Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu. De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit et propage la flamme du fanatisme : soit! Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition^ Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé; il a résisté à tout : à la paix, à la guerre, aux échafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, ^ la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du moyen âge, et au grand jour dès siècles de Léon X et de Louis XIV. Un empereur tout-puissant et maître de la plus grande partie du monde connu, épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance purement extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule; il q)pauvrit le sacer-
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doce pour le faire mépriser; il le priva de tous les appuis que Thomme peut donner à ses œuvres; diffamation^ cabales^ injustices, oppression^ ridicule^ force et adresse^ tout fut inutile; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe.»
LE PBÊTRE.
Dans ce concert de toutes les grandes paroles qui célèbrent^ bénissent et adorent^ au milieu de ces saints tressaillements du génie chrétien qui frémit comme la harpe des séraphins au souffle du Christ qui le pénètre et rinspire^ laissez-moi faire entendre encore la voix d'un illustre orateur qui porte avec tant d'honneur au dix-neuvième siècle la palme de Féloquence :
<E Des trois cultes qui se partagent le monde^ le pa-^ ganisme^ le christianisme et l'islamisme^ deux^ vous venez de le voir^ sont hors de cause; le christianisme seul est maintenant devant vous.
« Regardez-le, non pour vous demander s'il est vrai, mais s'il ressemble aux deux autres. Leur ressemblet-il? Est-ce la môme incapacité logique, la même immoralité, la môme absence de physionomie divine? Vous pouvez bien le combattre, mais il faut que vous le combattiez. Car, il enseigne, il écrite il remplit la terre de sa parole et vos bibliothèques de ses travaux. A quoi que vous touchiez, vous le rencontrez. Il oppose ses sages à vos sages, ses savants à vos savants, ses écrivains à vos écrivains, ses politiques à vos politiques, ses hommes de génie à vos hommes de génie; depuis dix-huit siècles, précédé des traditions et des œuvres de quatra
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mille ans^ ii vous suit pas à pas^ ne laissant jamais sans réponse un de vos reproches ^ pas plus que sans secours un de vos besoins; si vous niez^ il affirme; si vous méprisez, il honore; si vous le foulez aux pieds, il se relève; si vous le croyez mort, il revit. A-t-il tort, je ne sais; a-t-il raison, je t'ignore. Ce que je vois, ce dont tout l'univers est témoin, c'est qu'il raisonne et tient en haleine l'esprit humain. Tantôt Tautorîté politique l'a servi, tantôt elle l'a méconnu : mais aussi bien dans la bonne que dans la mauvaise fortune, sous la persécution comme avec la protection, il a fait son service et tenu sa voie. Bien des vicissitudes dont il a été le spectateur ne Ta étonné, il a vu la science des temps qui finissent avec celle des temps qui commencent, et on l'accusera de tout, sauf d'avoir manqué de grandeur et de puissance d'espiit.
a Autant les autres cul -es ont été incapables, je ne dis pas de sanctifier, mais d'améliorer les mœurs pu^ bliques, autant celui-ci les a relevées et divinisées. Qui comparera la vie des peuples chrétiens avec la vie des peuples régis par la loi des idoles, ou par celle dç Mahoniet? Ah! certainement, je connais les misères de la chrétienté, puisque je connais les miennes; mais malgré la tracasserie qu'y laissent la chair et le sang, quelle pureté dans un certain nombre d'âmes choisies! quel respect de la vertu dans la conscience de tous! quelle lutte dans ceux-là mêmes qui tombent, et qui, le regard ouvert sur le modèle de toute sainteté, se retiennent jusque dans le vice à l'espérance et au vouloir de devenir meilleurs! Si le secret de ce travail salutaire ne vous est pas connu suffisamment
par votre propre expérience, si Fhistoire des âmes dans k christianisme ne vous a pas été révélée, jugez-en du moins par le dehors; compare? les plaisirs, les jeux, les spectacles des païens avec les nôtres; mettez en regard nos faiblesses avec les abominations de rOrîerit.
a Le christianisme n*a pas détruit le mal, puisque le mal fait partie de la nature humaine déchue; mais H Vu déshonoré dans l'opinion, chassé des places publiques, poursuivi jusque dans ses repaires, atténué dains la vie du plus grand nombre et effacé du cœur de beaucoup. II est la seule religion qui ait opéré dans le monde une révolution morale ; toutes les autres ont adoré les mauvais penchants de l'homme ou les ont proscrits sans efficacité. Et cette révolution morale n'a pas été d'un siècle ou d'un peuple, elle a régné, des débauches d'Auguste aux adultères de Louis Xrv sur une multitude de nations qui en ressentent chaque jour encore le persévérant bienfait. Il n'est pas une mère chrétienne qui n'en soit l"'instrumént,*et qui né communique aux âmes qu'elle a reçues de Dieu dans son sein une vertu de purification et d'honneur. Avant que le chrétien se corrompe, il à passé par les joies de la pureté, et il en garde dans Ses os une mémoire que toutes les profanations du vice ne peuvent entièrement guérir. Le vice est tellement incompatible avec la foi chrétienne, que cette foi s'obscurcit ou s'éteint dans ceux qui ne veulent plus combattre leurs passions, et l'incrédulité, sous ce irapport, est une des plus glorieuses couronnes du christianisme. Ni le musulman, ni le païen n'ont besoin d'apostasier pour être
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tranquilles dan» l'opprobre de leurs sens ; le chrétien seul a un Dieu qui le force à rougir.
c( Ce Dieu pourtant s^est fait homme^ il a porté une chair comme la nôtre ; il a été semblable dans son corps aux idoles des nations^ et, à la différence de toutes celles qui devaient le suivre^ il a exercé sur là terre un pouvoir régénérateur. En lui, comme à leur source, en sa figure comme à leur centre^ viennent se réfléchir tous les caractères qui ont fait du christia* nisme un incomparable monument. Levez les yeux, cette fois : Voilà Jésus-Christ! qui de vous blasphémera, sans une certaine craiïite de se tromper? Au sortir de Tenfartce, peut-être à VAge où les yeux ne mesurent rien parce quMls n'ont rien comparé, vous pas^ serez devant lui sans suspendre votre^ marche, et sans incliner la tête; mais attendez un peu. Les ombres de la vie vont grandir derrière vous; vous connaîtrez l'homme, et de l'homme au Christ reportant vos regards plus humbles, parce qu'ils auront vu davantage, vous commencerez à découvrir, dans cette physionomie, des signes qui vous troubleront. Un jour ou l'autre vous direz : Serait-ce donc là Dieu? Quelle que soit la réponse, votre conscience aura posé la question. Et quelle question! quel homme, que celui qui contraint un autre homme à se poser la question de sa divinité ! Et quand même vous n'éprouveriez pas encore le pressentiment de ce doute, songez que depuis dix-huit siècles il agite et partage l'humanité. Aujourd'hui, plus que jamais, c'est le grand débat du monde. Derrière ces querelles politiques qui retentissent si haut, il en est une autre qui est la véritable et lu dernière :
c'est de savoir si les nations civilisées par le christianisme abandonneront le principe qui les a faites ce qu'elles sont^ si elles iront jusqu'au bout de Tapostasicy et quel sera dans ce cas le sort qui les attend. Etre ou n'être pas chrétien^ telle est rénigiiie du monde moderne. Et de quelque manière que vous la résolviez dans votre esprit^ elle existe ; je n'en veux pas davan« tage. Elle existe : Jésus-Christ règne par ce doute suspendu sur nos destinées, autant que par la foi de ceux qui lui ont donné toute leur ftme. Sa divinité est le nœud de l'avenir, comme elle l'est du passé, et, fût-ce une ruine, c'est une ruine qui porte tout. On sait ce que sont devenues les nations converties du paganisme à l'Évangile; on ignore ce que deviendraient les nations chrétiennes au sortir de l'Évangile qui les a nourries et formées; car on ne découvre aucune doctrine prête à les recevoir, mais un abtme où la matière s'asseoirait seule au trône vide de Dieu.
a Toutes ces choses n'ont besoin que d'un regard; on les voit, on les sent aussi vite que l'on voit la lumière, et que l'on sent la chaleur. Comme il est impossible de confondre la vie avec la mort, il est impossible de confondre le christianisme avec les faux cultes qui en ont corrompu les traditions. Loin de s'obscurcir par les travestissements dus à la liberté de l'homme, le christianisme y puise la preuve qu'il est indestructible et inimitable, et par conséquent divin. Il demeure d'autant plus grand qu'on le compare, d'autant plus seul, qu'il a des rivaux, d'autant plus facile à reconnaître, qu'il doit être discerné. Y eût-il mille étoiles au firmament de la religion, comme à
l'homme pbère lu christ. 285
celui de la nature, l'œil n'y découvre qu'un astro souverain. Celui qui nie le soleil est aveugle du corps, celui qui nie le christianisme est aveugle de l'âme. »
LE VIEILLARD
Salutemextnimicis nos^ri^. L'impiété même, dans ses heures de bonne foi, a eu des mouvements d'une éloquence incomparable en parlant de THomme-Dieu et de l'Évangile. Qui ne connaît les sublimes pages de Rousseau? Un philosophe incrédule de nos jours ne lui est pas inférieur dans un fragment où il prend le rôle d'un véritable apologiste.
a Si le christianisme» dit-il, est en totalité une gros* sière erreur de l'esprit humain, le plus sûr est de douter de tout, et de déclarer à jamais l'esprit humain incapable d'asseoir sur une base solide aucune vérité morale. Sur quel fondement, en effet, appuyer une vérité morale quelconque, si, pendant dix-huit cents ans, l'humanité a regardé comme vrais des dogmes chimériques et faux, si elle a cru à des rêves, à des absurdités, à des mensonges? Vainement direz-vous que les temps de la superstition sont passés, et que l'homme aujourd'hui peut arriver, par la seule force de sa raison, à des vérités certaines, après avoir longtemps caressé des erreurs. Votre raison est-elle plus forte que celle de vos aïeux? Avez-vous plus de génie que vos pères? Remarquez qu'il ne s'agit pas ici do vérités physiques et chimiques, où le temps apporte des informations et des expériences : c'est de l'homme qu'il s'agit et de Dieu. L'homme est toujours l'homme, et Dieu est toujours Dieu. Si l'humanité antérieure s'est
fondamentalement trompée sur la nature de Fhomme et sur la nature de Dieu, qui peut vous assurer que vous ne vous trompez pas vous-même? Par quel miracle , je vous le demande , Thomme , après s^être trompé fondamentalement pendant tant de siècles sur sa propre nature et sur celle de l'Être suprême, serait-il devenu tout à coup capable de ne plus se tromper sur ces deux points? Philosophes, qui refusez toute vérité aux religions antérieures, et qui les prenez toutes pour le résultat de la crédulité humaine, vous êtes vraiment bien crédules vous-mêmes! Vous rejetez les révélations et les miracles ; mais vous ne faites pas attention qu'en fondant le déisme moderne sur la raison et en repoussant le christianisme et toutes les religions antérieures comme fondamentalement contraires à cette même raison, vous supposez implicitement que rhomme, après avoir été pendant des siècles incapable de raison sur le point le plus important, en est devenu tout à coup capable; ce qui serait, certes, la plus grande des révolutions et le plus grand des miracles. Dites-moi donc en quel siècle, à quel jour, à quelle heure, cette révolution subite s'est faite, et comment s'est accompli ce miracle ? Est-ce, par hasard, au dix-septième siècle, est-ce au dix-huitième que l'humanité a ainsi changé d'essence et revêtu une nature toute nouvelle ? Sont-ils, en eflfet, d'une autre essence, d'une nature plus parfaite, d'une raison plus sublime que leurs prédécesseurs, les philosophes qui, depuis cent ou deux cents ans, ont professé le théisme, fondé sur la seule raison? Philosophes du dix-huitième Siècle, je vous vois grands et bons; mais, certes, je ne
L^HDMME ÏKÈRE DU GBBIST> : . 2S?
.you« vois pas plus grands ni meilleurs que les fonda* teurs du christianisme. Direz- vous, pour expliquer inodestement une aussi grande anomalie entre vous et Nvos devanciers^ que vous avez paru dans uu siècle de lumières^ et que les fondateurs du christianisme naquirent au milieu des ténèbres? Quoi ! le christianisme précédé par les écoles grecques , précédé par Platon et par Aristote, précédé par l'esprit de doute qui avait détruit le polythéisme; le christianisme venant triompher d'Épicure et de racadémle sceptique^ a paru dans un temps de ténèbres! Le siècle d'Auguste et les deux siècles qui le suivirent^ des temps de ténèbres! Alexandrie^ Rome^ Athènes^ le séjour de Tignorance et des ténèbres!... Eh! ce sont ces ténèblres mêmes qui vous ont en partie éclairés! N'est-ce pas la Grèce et Rome qui ont engendré^ vers le quinzième siècle^ cette renaissance d'où vous êtes sortis vous-mêmes^ qui avez renversé le christianisme? Quels monuments d'une plus forte et plus haute raison avez-vous donc pro-* duitS; qui efiTacent les monuments de l'art et de la philosophie grecs ? Les sciences ont été perfectionnées de votre temps ; mais il faut convenir que les anciens les avaient déjà fort avancées. De quelle découverte moderne ne trouve-t-on pas chez eux le germe ou le pressentiment? Le christianisme est né au milieu de toutes les lumières concentrées de l'Orient^ de la Grèce et de Rome ^ et il a d'abord vaincu toutes ces lumières^ ou plutôt il s'est servi de toutes ces lumières pour vaincre. Examinez ce que furent ses premiers Pères; avant d'être chrétiens, ils avaient été philosophes. Ce sont des disciples de Platon et des