‹ La cité du mal; ou, Les corrupteurs du siècleChapitre 32 sur 62 · J88 LA HTMIÈBB ET UB SALUT PU M05DB · texte numérisé non relu

J88 LA HTMIÈBB ET UB SALUT PU M05DB

écoliers de Cicéron qui ont propagé la doctrine du

Christ.

« Auriez-vous enfin recours à l'invasion des barbares pour expliquer comment une pure superstition a pu s'établir? Mais, quand les barbares parurent, le christianisme était déjà fondé. Quand les évéques, venus de toutes les provinces, formulèrent le Symbole de Nicée, il n'y avait pas encore un seul barbare qui eût osé fouler impunément les frontières de l'Empire; et saint Augustin avait achevé de donner la dernière formule importante de la théologie chrétienne quand les Vandales arrivèrent. — Ce n'est donc pas plus l'ignorance qu'un défaut radical de raison, qui a donné lieu à cette religion. L'ignorance! Mais s'il n'a\Tiit dû son triomphe qu'à Tignorance, le christianisme n'aurait jamais engendré lui-môme que l'ignorance. Comment supposer que ce qui n'aurait pu supporter en naissant l'examen, se serait ensuite entouré à plaisir de science et de clarté? Or, voyez si le christianisme a jamais redouté la science. N'est-ce pas lui, au contraire, qui a conservé toutes les sciences et tous les arts dans ce grand renversement du monde qu'amena l'invasion des barbares? S'il a été précédé de la philosophie grecque, n'a-t-il pas été appelé lui-même la sainte philosophie ? S'il a devant lui Platon, il a après lui Lcibnilz; s'il a eu avant lui tout le chœur des poètes grecs , depuis Homère jusqu'aux derniers descendants d'Homère, il a à sa suite un cortège de poètes comparables, et qui sont bien à lui, depuis Dante jusqu'à Milton. Si les temples de Phidias, si les statues des dieux ont croulé sous ses coups, il a montré que,

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le temps venu, il pourrait orner la terre de monu* ments plus grandioses que les basiliques romaines , et donner à la statuaire et à la peinture des types de beauté inconnus aux admirateurs de la Vénus et de TApoIlon. Michel- Ange et Raphaël ont exécuté pour lui ce que les séraphins, dont ils portaient le nom^ auraient pu rêver dans le ciel.

tt Le christianisme n'est donc pas plus suivi de Tignorance qu'il n'en est précédé. Il natt au milieu de la lumière, et il engendre une lumière nouvelle» »

Ainsi s'entretenaient les deux vieillards, tantôt se promenant le long des sentiers, tantôt assis sous Tombrage des chênes séculaires, ouvrant leur âme aux hautes contemplations, comme on nous peint les patriarches et les sages dans les âges antiques.

Le chemin qu'ils devaient suivre pour revenir à l'abbaye, les ramena devant l'humble croix qu'ils avaient saluée à leur premier passage. Le soir était venu et les ombres commençaient à se répandre au fond des bois et dans le creux des vallées. Le disque élargi du soleil descendait sous l'horizon avec une solennelle grandeur et teignait de reflets pourpres de légers nuages groupés çà et là dans l'azur limpide du couchant. Les deux vieillards s'agenouillèrent de nouveau devant le monument sacré, et le prêtre, d'une voix émue, au sein de cette solitude silencieuse et recueillie, glorifla en ces termes le signe auguste de la rédemption :

c( Croix, tu as vaincu par ton ignominie et ta faiblesse, l'univers et ses maîtres superbes! Je te vois

étineeler sur le front des Césars et surmonter leur couronne. Je te vois au-dessus des aigles romaines planer à la tête des armées; car tu leur donnas la victoire. La fierté des faisceaux s'est abaissée devant t(H; le sénat et le peuple t^adorent : tous se sont fait gloire de marcher à ta suite comme sous l'étendard du Roi des rois» bientôt tes célestes influences auront seules à soulager les nations gémissantes sous Toppression des barbares^ et sauront ^ en adoucissant des mœurs farouches , en tempérant Torgueil de la conquête^ faire des peuples de frères^ de tribus divisées et ennemies. A la clarté de cette foi qui s'alluma sur le Calvaire^ renaîtront et grandiront les prodiges de la civilisation^ de la science et des arts. Une vie intime et féconde sera répandue dans tout le corps social, et y fera germer des fruits abondants de gloire et de génie. Aux ardentes inspirations de la Croix, nous verrons les populations entières se mouvoir^ se dresser comme un seul homme, et arrêter du moins, aux bords de notre Europe, le menaçaiit colosse de Tisiamisme. Et depuis, quoi qu'on puisse penser et dire, le signe qui décorera la poitrine du brave, ce sera toujours la Croix : et avec elle seront alliés tous les vrais triomphes, toutes les illustrations les plus belles de la pensée, du savoir, du dévouement et du courage *\ »

Et poursuivant ce noble entretien, le prêtre disait encore en descendant le sentier de la colline :

« Qu'on me parle le langage des hautes considérations sur le christianisme ; qu'on me dise qu'il est la souveraine raison, le plus philosophique, le plus sublime perfectionnement de l'intelligence; qu'il se ré-

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vèle au génie avec des caractères de grandeur et de beauté qui le transportent et le ravissent : ah! j^en conviendrai sans peine et du fond de mes entrailles; mais si vous ne m^offrez pas en même temps^ comme type et comme principe générateur du christianisme la Croix de Jésus-Christ^ vous ne m'offrez pas la pensée divine^ vous ne me parlez pas la parole divine. Dieu ne sera Dieu pour moi^ il ne sera le Dieu de ma foi^ que lorsque je le verrai déjouant et renversant tous les conseils de la raison humaine^ luttant^ pour ainsi dire^ corps à corps, contre tous les efforts conjurés et obstinés du sophisme, de la science et du génie des erreurs, contre toutes les forces et les passions liguées ensemble, pair la folie contre la sagesse, par Popprobre contre Fhonneur, par la pauvreté contre la richesse, par l'extrême infirmité contre les forces unies; que lorsque je le verrai, dis-je, triompher ainsi du monde et de l'enfer, et établir par la Croix, sa domination sainte et le culte catholique par tout l'univers; car voilà ce qui a été fait, et alors aussi, vaincu, terrassé sous un poids accablant de divinité, je crois ; j'adore et j'aime, et j'embrasse av^c transport la Croix qui m'a sauvé ^*. 9

LE TIBILLARD.

Oui, quels que puissent être les frémissements des nations, toujours on pourra répéter à la sagesse humaine déjouée la devise par laquelle un puissant génie terminait des pages empreintes d'une sorte de lyrisme prophétique :

Le Christ commande; il règne; il est vainouecr"!

^ffiS LA. LOSIÉRfi ET LE SALUT DU MONDE.

Deux mois environ après cet entretien^ le solitaire habitant des vieilles ruines était atteint d^une maladie grave qui devait le conduire au tombeau. Sentant sa fin approcher, il appela près de lui le vertueux prêtre, son ami, pour l'entretenir des mystères de la mort et le fortifier à cette heure suprême et redoutable. Le pieux ermite, en mourant^ lui légua un ouvrage manuscrit^ fruit de vingt ans de recherches et de méditations; cette œuvre tout apologétique avait pour titre : I^ l'unité de foi et de traditions dans l'humanité. En voici quelques fragments détachés du premier cba* pitre.

a En vain le rationalisme^ frappé d'impuissance et d'aveuglement, cherche l'orjgine de l'homme dans la nuit des théories^ multiplie les espèces et veut faire de chaque peuple un peuple autochthone; il poursuit l'impossible, il n'atteint que l'abject. Toutes lessciences se lèvent à la fois pour proclamer la folie de ses ténébreuses et dégradantes hypothèses : il a contre lui la physiologie et l'histoire naturelle avec tous les principes qui en forment la base; la linguistique ou philologie comparée, qui, à peine sortie de son berceau, a pu déjà multiplier les ressemblances entre les langues, et ramener à un petit nombre de familles tous les idiomes du globe; la mythologie ou l'étude comparée des religions anciennes, qui nous force à reconnaître, avec Boulanger, a que, dans ce chaos de traditions, il n'y a réellement pour toute la terre qu'une mythologie (1)^ B attestant ainsi que tous les peuples ont une

(1) Antiquité détfoiHe, t. II, Hv. iv, c. 8.

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