‹ La cité du mal; ou, Les corrupteurs du siècleChapitre 44 sur 62 · IMPUISSANCE £T D£S£SP01A DE LA RAISON · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE £T D£S£SP01A DE LA RAISON

Qnels sont leurs arg^tunents et leur antorité? L'un me moatre ici-bas deux principes en guerre^ Qui^ Taincus tour à tour^ sont tous deux immortels (!>.; L'autre découvre au loin^ dans le ciel solitaire^ Un inutile dieu qui ne veut pas d'autels (2)« Je Tois rêver Platon et penser Aristote ; J'écoute^ j'applaudis et poursuis mou chemin. Sous les rois absolus je trouve un.dieu despote; On nous parle aiyourd'hui d'un dieu républicain. Pytbagore et Leibnitz transfigurent mon être. Descartes m'abandonne au sein des touii>illons. Montaigne s'examine et ne peut se connaître.

Pascal fuit en tremblant ses propres visions. Pyrrhon me rend aveugle^ et Zenon insensible. Voltaire jette à bas tout ce qu'il voit debout. Spinosa, fatigué de tenter l'impossible^ Cherchant en vain son dieu^ croit le trouver partout Pour le sophiste anglais l'homme est une machine (3). Enfin sort des brouillards un rhéteur allemand (4)^ Qui du philosophisme achevant la ruine^, Déclare le ciel vide^ et conclut au néant.

Voilà donc les débris de l'humaine science !

Et depuis cinq mille ans qu'on a toujours douté»

Après tant de fatigue et de persévérance,

C'est là le dernier mot qui nous en est resté !

Ah ! pauvres insensés^ misérables cervelles.

Qui de tant de façons avez tout expliqué,

Pour aller jusqu'aux cieux il vous fallait des ailes ;

Vous aviez le désir^ la foi vous a manqué.

Je vous plains; votre orgueil part d'une âme blessée.

Vous sentiez les tourments dont mon cœur est rempli.

Et vous la connaissiez, cette amère pensée

(i) Système des manichéens.

(2) Le théisme.

(3) Locke.

(4) Kant.

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Qtd fait frissonner rhomme en voyant Tinfinf. Eh bien I prions ensemble^ — abjurons la misère De Tos calculs d'enfants, de tant de vains travaux. Maintenant que vos corp^ sont réduits en poussière, ^J'irai m*agenouiUer pour tous sur vos tombeaux. Venez, rhéteurs païens, maîtres de la science, Chrétiens des temps passéa et rêveurs d'aujourd'hui; Croyei-moi, la prière est un cri d*espérance ! Pour que Dieu nous réponde, adressons-nous à lui (1). » '

30, page 212. — Th. Jocffkoy, Comment les dogmes finis-

31, page 214. — P. Leroux, Revue indépendante,

32, page 214. — LACORDAiite,* De Vétat de la papauté et de son action à l'époque actuelle,

33, page 215. — Donoso Cortès. — « Uue incrédulité plus que sauvage, non-seulement à l'égard des dogmes religieux, mais & l'égard des prescriptions de la simple morale, se cache sous le vernis des conventions sociales et des conventions politiques ; la; police, incrédule elle-même, est le seul ciment de l'éditice. On sacrifie tout à la fortune, et l'ambition se dégrade jusqu'à n'avoir plus d'autre mobile que le bienêtre. Dans nos dernières révolutions , on n'a guère vu de martyrs et de héros que pour des doctrines qui font horreur. Un cynique mépris de l'opinion et de soi-même, du dévouement pour le mal , voilà le caractère saillant de la civilisation. Ceux mêmes qui voudraient sauver la société laissent tout à faire à Dieu. Bfais si Dieu ne veut pas tout faire? • M. L. Veuillot. Introducton aux Œuvres de Donoso Cortès, p. uv. . -

(1) Alfred de Musset, Poésies nouwiies, l'Espoir en Dieu.

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34, page 217. «^ Th. Jouffhoy, Mélanges philosophiques , p. 424,. redit.

« Suppose? le peuple le pli;s éclairé de TËurope moderjie privé d'institutions religieuses; voilà la porte ouverte à toutes les folies. Les sectes vont naître par milliers ; les rues vont se remplir de prq[)hètes et de messies; chaque père de famille sera pontife d'une religipn différente. Si donc la philosophie veut exercer le ministère spirituel , il faut qu'elle lutte contre cette anarchie des croyances individuelles^ qu'elle donne aux hommes un symbole de foi, un catéchisme. On ne fera pas lire apparemment aux ouvriers les Méditations de Descaries ou la Théodicée de Leibnitz* Or, ce catéchisme si nécessaire, quile composera? un concile de philosophes? qui déléguera leurs pouvoirs à ces nouveaux docteurs?... quel homme osera dire : « Voilà TÉvangile de rhumanité? d Et s'il en est un ass^ orgueilleux pour le dire^ en trouvera- t-il un autre qui veuille le croire? » E|i>

Saisset, Bévue des Deux-Mondes, 1844, p. 403^

35, page 218. — MM. Sue et Quinet, dans une série de lettres qui ont été publiées, proposent trois moyens d'arriver à détruire le catholicisme :

i^ La propagande du rationalisme par une association d'hommes éclairés qui s'engageraient sur l'honneur à répons» ser toujours les sacrements religieux pour eux et poiur leurs familles à la naissance, au mariage et à la mort. 2^ La propagande d'une secte protestante, Vunitarisme, 3* La propagande du protestantisme en général» « L'Association bationâliste préchant résolument d'exemple par des actes conformes à ses paroles, aurait l'avantage de poser carrément et sans méticuleuse réserve, la question religieuse, et si tous les hommes éminents par leurs lumié^ res , si tous les gens de bien, hostiles à l'Église catholique^ parée que, l'histoire en main, ils ont conscience et cennais-

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sance des malheurs horribles imputables à celle religion , complaient parmi les membres de TÂssociÂTioif rationaliste, elle aurait^ par le fait seul de Texemple, une puissante influence sur Topinion piiblique^ et sur le peuple abusé. Mais n*est-il point aussi & examiner : si de nombreuses considérations de famille et de position sociale, — si la crainte du : Qu'en rftra-t-on — et surtout si la très-légitime appréhension de se Toir désormais en butte à d'incessantes et redoutables animosité du clergé... ne feront hésiter ou n'empêcheront point bon nombre de rationalistes , cependant 9incères d'entrer dans cette Association? — Enfin ^ grave objection : — les femmes^ particulièrement accessibles à certains préjugés d'éducation , -^ à certaine timidité d'initiative^ — et ne possédant généralement pas la virile énergie de combattre hautement, ouvertement^ Terreur dont elles sont néanmoins en secret révoltées, -* les femmes ^ tout en reconnaissant la védté des doctrme» rationalistes^ se résignerontrelles sans conteste et sans redouter le terrible : Qu*en dirchi-'On^^k se borner au mariage civil et à ne point faire baptiser leurs enfants? »

A ces questions qu'il pose lui-même^ M. E. Sue répond que les préjugés sont grands^ en etfet^ que le peuple est généralement incapable de connaître la vérité y que les femmes sont faibles^ etc. Aussi jnge-t-il indispensable de tromper les gens à son tour et de les amuser^ un certain temps > avec un culte tout aussi faux que le catholicisme, mais moins dangereux. Il faut, dit-il , que « l'on progresse du mal vers le bien, de Terreur vers la vérité, par gradation 9 par transition et très-rarement de primesaut. »

— I Quel serait donc le moyen transitoire moins radical, et d'une application plus immédiate que celle de TAssocu-

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