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L'ESPRIT DE VIE ET L'ESPRIT DE MORT

Vse terrse et mari^ quia descendit ad vos diabolus habens iram magnàm.

ApocaL, xii, 12.

Et je fus transporté en esprit dans la Cké du mal. Et je voyais agir et se mouvoir les princes de ce monde de ténèbres comme on voit les hommes^ à la clarté du jour terrestre^ vaquer à leurs affaires et se livrer à leurs travaux.

Satan venait 4e parcourir la terre^ et partout^ sur son passage^ les cités et les campagnes s'étaient cou* vertes de deuil.

Il iivait abattu son vol au pied des murs à demi écroulés d'une de ces vieilles abbayes dont les ruines saintes jonchent les vallées de la France^ et il contemplait avec orgueil les débris épars de ce sanctuaire de la prière et de l'adoration ; ces ruines étaient son ouvrage et proclamaient sa victoire.

A la présence de l'Esprit du mal^ d'épaisses ténèbres étaient descendues^ et le souffle de la tempête^ enve-

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loppant dans ses noirs tourbillons les cloîtres dévastés^ faisait entendre comme des glas funèbres.

Des légions d'Esprits infernaux étaient accourues des quatre vents du ciel et s'étaient rangées autour de leur monarque. L'Archange rebelle^ méditant^ dans les profondeurs de sa perversité^ de nouveaux plans d'attaque^ les avait rassemblées pour leur signaler les dangers qui menaçaient la cause commune^ et pour ranimer leur haine contre un ennemi qui déjouait leurs plus artificieux complots ^

Nous pouvons, <lisaîtri], le proclamer avec orgueil, nous avons fait beaucoup pour le triomphe du mal sur ce globe de malédiction et de bénédiction, sur ce théâtre de toutes les contradictions et de tous les antagonismes.

Ces vastes régions de l'aurore et du midi, chargées d'innombrables populations, dorment profondément assoupies sous^ les ténèbres de mon aile ; et dans ces régions de l'occident, ce fameux monde européen, que d'ombres n'avons-nous pas épaissies sur son horizon î.

Tout0|bis, nous sommes forcés d'c^ convenir, malgré nos efforts, malgré soixante siècles de combats, notre conquête avance peu.

Les nations les plus abaissées^ les peuplades les plus dégradées conservent toujours au fond intime de le&r nature une secrète aspiration ver$ les choses d'en haut, je ne sais quelle étincelle à jamais inextinguible, cacbée dans les profondeurs de leur âme, qui devient, au moindre contact de la Croix, une flamme expansive de régénération et de vie.

Cet élan de la conscience humaine, nous ne pouvons

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le dissimuler, est une aspiration de Tàme vers notre éternel rivale dont nous n'avons pu éteindre la notion dans rhumanité méoie la plus avilie. Cette impulsion^ c'est le mouvement même de la vie cherchant son idéal et s'efforçant de Timiter, et cet idéal c'est la beauté de Dieu s'épanchant dans l'âme humaine et lui communiquant comme un reflet de ses splendeurs^ qui la séduit et la charme, comme une irradiation de son amour, qui la sollicite et l'attire. C'est à nous de faire servir à la ruine de l'homme cet instinct sublime et tout divin qui le pousse vers le Dieu dont il est l'image.

Aucun homme n'est jamais descendu à ce degré d'abrutissement, d'aimer le mal comme mal, de haïr le bien comme bien. Quand l'homme embrasse le mal, c'est que nous l'avons abusé par un mensonge, en le lui présentant sous les brillantes couleurs du vrai qu'il cherche, ou sous les attraits du bien auquel il aspire.

Tout homme l'a compris, le bien c'est la vie, la vie du corps, de l'àme et des sociétés ; le mal c'est la mort, la mort du corps, de l'âme et des sociétés. Et tous aiment la vie comme le bien suprême, et tous repoussent la mort comme le souverain mal.

Nous ne pouvons rien changer à cet ordre immuable; c'est la nature même des êtres, et notre rôle, près de l'homme, consiste à lui faire prendre le change sur toutes choses, à le tromper, à entretenir son erreur, à corrompre la tradition et la conscience, à déshonorer et à meurtrir la vérité.

De là naissent tous les maux qui désolent cette planète et réjouissent les enfers. C'est là le grand obstacle que nous avons mis au progrès des peuples dans la

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voie du bien et de la civilisation chrétienne ; c'est là ce qui entrave la marche triomphante de notre redoutable ennemi, apportant la lumière et le salut à la terre.

L'enfer n'a qu'à regarder le ciel pour l'imiter.

Partout, au progrès dans le bien, nous opposons le progrès dans le mal. Si notre vainqueur travaille à la régénération de l'humanité sur un plan progressif, nous travaillons à sa ruine sur un plan parallèle. Là où se fait un pas pour le salut du monde, nous en faisons un autre pour sa perte. Tel fat le passé, tel sera l'avenir. A chaque phase d'un développement civilisateur correspond dans l'histoire une phase de l'erreur. C'est l'éternel antagonisme du bien et du mal; ce sont les deux pôles du monde, le pôle de la lumière et le pôle des ténèbres; entre ces deux pôles ennemis se débat l'humanité...

Mais, faut-il le dire ! nos propres efforts, toute notre opposition, tournent aujourd'hui contre nous; chacune de nos luttes devient finalement l'occasion d'un nouveau triomphe pour notre ennemi, et la vérité s'élance plus radieuse des révoltes mêmes que nous lui faisons subir; l'épreuve la fait resplendir d'un nouvel éclat.

Oui, nos stratagèmes sont usés, nos pièges déjoués, nos ruses connues, nos meilleures inventions obtiennent peu de succès.

Nous avions ameuté contre le Christ toutes les sciences et cherché contre lui des armes jusque dans la profondeur des cieux, jusqu'au fond des abtmes de la terre. A l'animal qui court, au végétal qui fleurit, à la pierre qui se dissout, nous avions demandé de nous prêter

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une voix pour argumenter contre sa parole; ^univers et toutes les créatures semblaient conjurés contre elle^ et voilà que de la région des étoiles comme des entrailles du globe^ la science répond : Hosannà a là RELiôio]!^ DU CHRIST ! Et TEsprit de la fausse sagesse^ confondu dans ses audacieuses théories^ rentre dans la nuit; et la vraie science ajoute à son domaine de nouvelles conquêtes^ et Técolicr, sur son banc, siffle sur tous nos vains systèmes à mesure qu^ils passent devant lui dans les livres surannés que notre souffle inspira...

Aurions-nous à subir la honte d'une défaite ?...

A ces mots, un frémissement sinistre parcourut les rangs des phalanges maudites, l'éclair sillonna la nue^ et Fon entendit rouler au fond des vieilles ruines un bruit sourd et lugubre.

Satan reprit :

J'augure bien de cette colère, et je vois avec joie que la grande cause pour laquelle nous combattons, trouvera toujours dans vos 'invincibles cohortes d'ardents défenseurs. Mais je ne dois rien vous cacher, et le moment est venu de vous faire connaître ée sérieux

sujets d'alarmes.

Vers quelque point de l'horizon que vous portiez votre vol, allez à l'occident ou à l'orient, au nord ou au midi, dans toutes les directions du monde, votre regard rencontrera la bannière du christianisme dressée devant vous. Ses pas conquérants ont marqué leur empreinte sur le sol de toutes les régions du globe.

L'Europe est à lui , et c'est aux splendeurs de sa domination qu'elle attribue son incomparable supério-

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rîté; c'est dans le cercle de lumière et de^ civilisation quMl a produit qu'elle puise le mouvement et la vie. Franchissant TAtlantique, le christianisme est allé ranger sous ses lois les deux Amériques^ où il règne d'un pôle à Tautre; il a doublé le cap de Bonne-Espérance, en y fondant une riche colonie; il a attaché au sceptre de ses enfants cette fameuse presqu'île de Hnde qu'Alexandre ne fit qu'entrevoir> cette terre antique de Brahma, qui a livré à ses vainqueurs tous les trésors qu'elle doit à la nature et à son génie.

Pressant de toutes parts la terre de l'Islam et ses races appauvries, il a enlevé aux domaines de Mahomet la Grèce et l'Algérie, dont la puissance menace d'envahir les plus riches contrées de l'Afrique septentrionale. Déjà, sur ce dernier continent, il avait fondé des établissements prospères le long des côtes et rejoint par la mer Rouge ses vieilles possessions de l'Abyssf nie; sojn prosélytisme y dispute toujours à l'islamisme les peuplades barbares qui couvrent cette partie du monde. En occupant les côtes de la Nouvelle-Hollande, il enveloppe d'un filet, auquel il est impossible qu'elles échappent, toutes les tribus de cette vaste région, les plus dégradées que l'on ait rencontrées Jusqu'ici. Ses missionnaires, astres bénis, s'élançant dans l'espace, déploient un zèle infatigable et versent à flots la lumière ; ils poursuivent et atteignent le Tartare dans les déserts de la Mongolie; ils battent les forêts et les montagnes du Laos et du Camboge; ils transforment à l'ombre de la croix les sauvages habitants de l'Qcéanie et renouvellent, dans ces archipels immenses, les tableaux de l'Église primitive. Sur tous ces thé&tres, ils

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versent leurs sueurs^ souvent leur sang, et ce n'est jamais sans fruit.

a Nommez quelque désert^ quelque rocher de a rOcéan^ dédaigné par la politique et le commerce, a on vous y montrera le tombeau d'un martyr de la « charité catholique '• » .

Je me plais à insister sur l'héroïsme de ces pacifiques conquérants que Ton voit partir chaque année pour «Uer évangéliser les contrées les plus lointaines. Cet homme, ce prêtre est de chair comme les autres hommes; seulement son ftme est plus ardente, son cœur plus aimant, et pourtant, voyez comme il renonce h sa famille, à son pays, aux liens les plus doux. Il quitte la maison paternelle, les lieux où s'écoula son enfance et qui lui sont restés si chers; les champs, les bofs, les prairies qui faisaient ses délices. Il s'arrache des bras de ses sœurs en larmes, de son frère qui <;omptait faire à ses côtés le douloureux voyage de la vie; il se dérobe aux regards consternés de son vieux père, et il passera sur le corps de sa mère pour franchir le seuil, et se rendre au vaisseau dont la fuite rapide doit l'emporter aux extrémités du monde. D'autres partent, mais ils reviendront, du moins ils l'espèrent, et c'est cette espérance qui adoucit l'heure des adieux!.. D'autres partent, mais lui, ne va pas comme eux, au prix de tous ces sacrifices et toutes ces douleurs, acheter la fortune, la science ou la gloire ! Non, il va sous un ciel meurtrier, chez un peuple sauvage ou barbare, seul, inconnu, sans autre ressource que le nom du Christ, traîner péniblement des jours pleins de travaux et d'angoisses jusqu'à ce que quelque chef idolfttre, effrayé de

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la puissance de sa parole et de la rapidité de ses conquêtes, lui procure enfin la seule chose qu'il arnbi* tionne ici-bas, la palme du martyre...

Qui de vous pourra lutter avec succès contre cet ardent prosélytisme? Ne voyez-vous pas qu'il est sur le point de se rendre maître de la terre entière? Non, ii n'y a plus de mers, plus de solitudes, plus de montagnes, plus de lieux inaccessibles que les enfants du Christ n'aient franchis sur les ailes du courage et de Tamour, où ils n'aient arboré leurs pavillons couronnés de gloire, où Ton ne reconnaisse la supériorité de leur doctrine et la puissance de leur génie. Et voilà ce qui doit leur assurer la domination du monde si l'enfer ne trouve enfin le secret de comprimer cette effrayante expansion du christianisme sur la terre.. «

Il y a dans cette religion du Christ une force d*àccomplissement et de durée qui déconcerte tous nos complots. Spectacle étrange, dont vous n'êtes pas assez frappés! Tout combat l'Église, tout est conjuré contre elle; dans son propre sein, ses enfants l'outragent et la déchirent; au dehors, le glaive, le pouvoir, le sophisme, le schisme, l'hérésie, le blasphème, lui livrent une guerre acharnée. Cependant l'Église vit et persévère dans son immortelle constitution; elle répare, dépasse au loin ses pertes par ses conquêtes; elle demeure avec son autorité, son unité, ses croyances, ses lois, sa hiérarchie, sou chef suprême; elle demeure ferme, inébranlable, quand la terre tremble sous ses pas! Au sein de la lutte et de la tourmente, elle est la <;olonne antique et mystérieuse, toujours debout, quand tout croule autour d'elle; elle est le chêne, roi

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des forêts^ qui s'enracine^ grandit^ se fortifie sous la Ttolenee de la tempête.

Les révolutions de la pensée et des États se succèdent; les doctrines sont bouleversées comme les empires; mille erreurs surgissent et chassent d'autres erreurs; mille causes de destruction et de ruine s'amoncèlent autour de Tœuvre du Christ; l'œuvre reste^ eroît^ s'éteild; s'accomplit. Par un travail mystérieux et puissant^ la foi catholique, son esprit, ses institutions, ses lois ont pénétré le cœur des nations, s*y sont incorporés et demeurent inséparablement unis à leurs institutions, à leurs mœurs, à leurs lois, à leurs besoins. Que n'avons-nous pas tenté pour arracher la foi du milieu des peuples? Malgré l'indifférence et le délire, malgré les défections et la guerre, la foi reste. Son action, si forte et si douce, partout dans l'univers, depuis dix-huit siècles, vous la retrouvez présente. Son histoire est forcément liée à toutes les histoires, ou plutôt l'histoire du christianisme est toute l'histoire prise à son point de vue supérieur et universel.

Dans le christianisme, survivant à toutes les luttes et à toutes les maladies des nations, se résume le gouvernement providentiel du monde; il est le grand, l'unique but des conseils divins; c'est à lui que se rapportent toutes les phases et toutes les révolutions de l'humanité ; c'est à lui, comme au grand œuvre de la réhabilitation divine, c'est à l'Église catholique, à ce centre commun, qu'a retenti tout ce qui s'est passé en bien ou en mal depuis deux mille ans; c'est le seul lieu du monde où sans interruption, sans relâche, on ait discuté à la fois le présent et l'avenir, où pas une na-

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