DERNIÈRES RÉFLEXIONS
VOUS soufFreZ; si vous avez perdu la paix et là joie^ c W qu'outre le douloureux sanglot naturellement inhérent au cœur de rhomme depuis sa chute {\), vous avez accumulé dans votre âme une nouvelle montagne d^angoisses en reniant la Foi^ TEspérance et TAmour, ces trois anges des cieux qui soutiennent Fhumanité dans leurs bras. La Religion^ comme un aigle au. vol puissant^ vous portait sur ses ailes et vous élevait dans des régions de calme et de sérénité; vous Favez étouffée dans votre âme; vous vous êtes mis à remuer cette terre à,qui vous avez tout demandé et qui n*a pu vous
(1) « La douleur est la compagne inséparable de la vie dans cette vallée obscure que remplit le bruit de nos sanglots^ et qui est tout arrosée de nos larmes. Tout homme est un être souffrant. S'il jette les yeux sur le passé^ il regrette de le voir évanoui ; s'il les jette sur le présent, il éprouve de l'angoisse, parce que le passé fut meilleur ; s'il les jette sur l'avenir^ il se trouble, parce que l'avenir lui apparaît plein de sombres mystères. Pour peu qu'il réfléchisse, il voit que le passé, le présent et l'avenir c'est tout, et que ce tout n'est rien : le passé est déjà passé, le présent passe, l'avenir n'est pas. Les privations accablent les nécessiteux , la satiété les riches ; l'orgueil torture les puissants, l'enoui les oisifs, l'envie les petits, le mépris les grands... La luxure brûle de ses ardeurs ignominieuses la chair de l'adolescent. L'ambition prend l'adolescent devenu homme des mains de la luxure, l'embrase d'autres feux et le livre à de nouveaux foyers d'incendie. L'avarice le recueille quand la luxure ne veut plus de lui et que l'ambition le quitte ; elle lui donne une sorte de vie artificielle qui appelle l'insomnie...
« Parcourez la terre en tous sens ; regardez derrière vous, regardez devant vous, dévorez les espaces et les temps ; vous ne trouverez pas autre chose, dans foute l'étendue des domaines de l'homme, que ce que vous voyez autour de vous : une douleur sans trêve et une lamentation qui jamais ne finit. Mais cette douleur, volontairement acceptée, est ta mesure de toute grandeur ; car il n'y a pas de grandeur sans sacrifice, et le sacrifice n'est autre chose que la douleur acceptée volontairement. L'Église appelle saints ceux qui acceptent toutes les douleurs, celles de l'esprit et celles de la chair ensemble... » (Donoso Cortès, Œuvres, etc., t. III, p. 355.)