‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 14 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS

Tels sont les sentiments dans lesquels j'aborde cette étude. Quel doit en être le plan ?

Dans l'exposé de l'économie capitaliste, il est naturel de commencer par la production puisque, on peut le dire, la production est indépendante de la répartition des produits et de leur consommation ; les maîtres de la production la dirigent en vue de leur profit, sans se soucier de savoir qui consommera ; production désordonnée, système défectueux de répartition, telles sont les caractéristiques du régime capitaliste.

Dans une Société Collectiviste, au contraire la consommation passera du second plan au premier ; on ne produira pas pour vendre, mais pour consommer, la production qui créera des valeurs d'usage et non plus des valeurs d'échange devra satisfaire aux besoins de la consommation sans pouvoir la dépasser. J'aurai à étudier longuement la manière dont on pourra organiser ce strict équilibre de la production et de la consommation qui constitue à mon avis le fondement même du régime économique que nous appelons de nos vœux. De sorte que la division naturelle d'une étude comme celle que j'aborde se présente ainsi : régime de la consommation ; régime de la production; règlement de la production d'après la consommation.

Je ne m'attarderai pas à l'exposé des principes généraux de l'économie collectiviste. Je n'aurais rien à dire qui n'ait été exposé mieux que je ne saurais le faire, et, désireux de construire par la pensée la superstructure juridique de le Société Collectiviste, je suppose connue la base économique sur laquelle elle s'édifiera.

Mais je dois cependant prendre parti d'un mot, dans la controverse qui s'est élevée sur la question de savoir si le Collectivisme consacrera le droit au produit intégral du tra\rail ou le droit à l'existence. Je me garderai biea d'affaiblir en la reproduisant l'exposition si saisissante

>lg LA CITÉ FUTURE

que Mmirer nous donne du double aspect du droit au produit intégrai du travail K Ce terme peut être pris au ^^ensnéiïalif ou positif. Les socialistesqui s'accordent dans la mesure où il s'agit de nier la légitimité de la rente foncière et du profit du capital, sont loin au contraire de s entendre sur la question de savoir si la richesse créée avec des moyens de production socialisés sera répartie sur la base du droit à l'existence ou du droit au produit intégral du travail. Cette seconde base, iMenger l'a, me semblet-il, parfaitement démontré, serait des plus défectueuses et aboutirait à des impossibilités pratiques.

Un de mes distingués collègues au Collège Libre des Sciences Sociales qui y enseigne avec une grande autorité et un grand succès l'économie marxiste, M. Revelmy msistait très justement sur l'erreur dans laquelle est tombe Lassalle après Adam Smith, sur l'illusion où sont encore bien des marxistes quant à la base de la répartition dans une société où les moyens de production seraient socialises, cette base, serait, disent-ils, dans l'attribution à chaque travailleur du produit intégral de son,travail.

Ce droit au produit intégral du travail, répéterais-je avec mon camarade, est rendu impossible par la nécessite de deux séries de prélèvements, nécessité reconnue par Karl Marx lui-même.

La première comprend les prélèvements nécessaires pour que la production continue et s'accroisse. Ne fautil pas sur la récolte, mettre de coté les semences pour l'année suivante? Les machines s'usantpar leur fonctionnement doivent être amorties.

La deuxième a trait aux dépenses non directement productives des services publics qui, déjà fort développes aujourd'hui, s'accroîtront de jour en jour et auront dans la Cité Future une importance que nous pouvons à peine pressentir, j'entends par exemple les travaux publics, nnstruction, l'hygiène et la santé, que TKtat et ses de-

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