‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 16 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS

lois OU de règlements, mais on peut la dégager des tendances générales de la politique suivie par les gouvernements centralisés ou décentralisés à l'égard des employés et des ouvriers des services publics. Les traitements des fonctionnaires doivent être indépendants de l'utilité et de la productivité du travail. Ils ne doivent pas être soumis aux fluctuations résultant de la loi de l'offre et de la demande. Ils doivent être calculés à un taux qui puisse assurer au fonctionnaire une existence convenable, atteignant un certain niveau de bien-être et de dignité en rapport avec sa condition sociale.

Reprenons ces trois idées. Tandis que dans l'industrie privée, le travailleur voit son salaire diminuer avec ses forces, le traitement d'Etat croît avec les années de service, en raison inverse, pourrais-je dire du rendement de l'employé, son « maximum » correspondante l'époque où s'affaiblissent ses forces intellectuelles et physiques. L'ambulant des postes ou l'agent-voyer usé par les fatigues du service actif vient entre les cartons verts d'un bureau sommeiller jusqu'à la retraite. Cette retraite même dont la perspective attire à la bureaucratie tant de petits bourgeois prudents préférant la sécurité de l'avenir aux mirages des carrières commerciales ou industrielles, et que réclament maintenant les ouvriers de l'industrie est un virus communiste inoculé dans le corps du capitalisme. Nourrir un homme qui a travaillé, mais qui ne peut plus travailler, n'est-ce pas lui reconnaître un droit fondé uniquement sur ses besoins ?

En second lieu, les traitements ne sont pas soumis à la loi de l'offre et de la demande. Remarquons en effet qu'ils augmentent avec le nombre des fonctionnaires et des candidats aux emplois publics. Lorsque des Ministres des Finances, défendant le budget contre des demandes de crédit en faveur d'employés des postes par exemple, ou des contributions ont parfois allégué que telle place jugée mal rémunérée par son titulaire était ardemment ambitionnée par cent candidats, cette remarque timidement faite n'a eu d'autre effet que de soulever les plus vives

protestations de la part des députés : TEtat n'a pas le droit, répondait-on, de se conduire comme les patrons, en profitant, ajouterai-je en langage socialiste, pour réduire les salaires, de l'existence, derrière l'armée active des travailleurs, d'une réserve affamée de chômeurs. Il doit donner l'exemple de l'humanité et accorder h chacun des hommes dont il utilise les services, non pas ce dont se contenterait plus misérable que lui, mais ce qui lui est nécessaire pour vivre ^ C'est l'ancien Conseil municipal de Paris qui a fait de cette théorie l'application la plus nette en attribuant à tous les travailleurs municipaux un salaire journalier minimum de cinq francs. Ce salaire est plus élevé que celui payé par l'industrie privée pour des métiers aussi pénibles, ou même qui le sont davantage; il ne serait pas exigé certes, par les milliers de candidats inscrits pour les quelques places disponibles d'égoutiers ou de balayeurs, mais la minorité socialiste a fait proclamer parla majorité libérale et conservatrice que l'ouvrier de la Ville avait droit à cette somme par cela seul qu'il en avait besoin pour vivre décemment, « la roue de derrière » comme il dit dans son argot, correspondant au standard ofl'ife du prolétaire parisien.

Nous sommes en droit d'espérer que cette théorie du

1. Le citoyen Sembat, clans son rapport sur le Budget des Postes ot télégraphes de 1902, a très nettement formulé cette théorie. Al'cflbjection tirée coatre toute augmentation des crédits de personnel de ce que la situation des employés des postes est supérieure à celle du paysan ou de l'ouvrier, il répond : « Pour notre pari nous rci)Oussons de toute» nos forces des idées aussi contraires à la notion que l'Etat républicain doit se faire de ses devoirs envers ses employés. Nous posons en principe que non seulement dans l'intérêt de ses employés, mais dans l'intérêt de tous, pour la bonne exécution des services et la satis- j faction du public comme pour l'exemple national et le progrès] social, l'Etat employeur doit assurer à chacun de ceux qu'il emploie, ce minimum de bien-être qui suppose un salaire suffisant pour ses besoins et ceux de sa famille, un repos indispensable pour refaire ses forces et, pour ne reprendre le travail qu'après totale réparation de la fatigue, et, enfin à intervalles fixes, le loisir périodique et la liberté. »

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