‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 17 sur 105 · CHAPITRE PREiMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREiMIER. — GÉNÉRALITÉS

fonctionnariat se précisera, se généralisera. Les traitements des fonctionnaires, encore si inégaux aujourd'hui se nivelleront d'un côté par la suppression ou la réduction de ces gros traitements qui. survivances des régimes monarchique et aristocratique, sont si contraires aux aspirations de la démocratie; de l'autre côté par l'élévation progressive des petits employés à un niveau convenable et le standard o/"///»? égal i taire se trouvera ainsi déterminé, que la Révolution Sociale appliquera aux salariés d'aujourd'hui.

Tout le monde fonctionnaire ! disent les conservateurs auxquels on répond très justement que par cela même, il n'y aura plus de fonctionnaires ; c'est détruire une caste que d'y faire entrer tous ceux qui, hier, en étaient exclus, et un privilège disparaît par sa généralisation comme par sa suppression.

Ceci m'amène à faire pour le temps présent une observation importante. Il est de mode dans certains milieux de gémir sur le nombre exagéré et toujours croissant des fonctionnaires; n'a-t-on même pas quelquefois fait la plus absurde des comparaisons entre l'Etat moderne et (a Rome du temps de Cicéron? Ne voit-on pas que l'Etat bourgeois assume beaucoup de fonctions qui étaient remplies jadis, grâce à l'esclavage et à la constitution de la famille, par le pater familias. Nous devons nous défier surtout des plaintes formulées par les disciples de Leplay; ils combattent le développement du fonctionnariat précisément pour la raison que je viens d'indiquer, c'est-à-dire parce que ce développement se fait au détriment de ce qu'ils appellent les autpritées sociales. De même que jadis le sacerdoce ecclésiastique élevait des hommes de la plus humble origine (Mazarin ou le Cardinal de Granvelle par ex.) au rang des plus orgueilleux rejetons de la vieille aristocratie, de même aujourd'hui le despote de l'usine ou 'du domaine est furieux de voir le fils de son ouvrier ou de son valet de ferme se dresser devant lui tcklnovnik arrogant et rendre en rebuffades administratives derrière un grillage les avanies dont « not'mait' » assaisonnait le

pain noir de la cabane paternelle. Il est plus désagréable encore de voir le gabelou entraver les fraudes lucratives et l'humble conducteur des ponts et chaussées arrêter courageusement les empiétements de la propriété privée.

Les démocrates doivent comprendre que c'est l'évolution démocratique qui augmente le nombre des employés comme une conséquence nécessaire de l'extension des services publics et les socialistes ne peuvent également que se féliciter de cette extension. Qu'ils ne disent pas que l'administration fonctionne au profit de la bourgeoisie. Outre que ce n'est pas absolument exact, beaucoup de services profitant dès maintenant, par la force même des choses, principalement aux prolétaires, il est facile de répondre que si les fonctionnaires obéissent à la classe dominante aujourd'hui, ils seront, après la suppression des classes, les serviteurs de la communauté. Sans doute nous pouvons déplorer, dans les bureaux un stupide gaspillage de temps et de force de travail; mais si la bourgeoisie qui en est responsable, n'a pas réformé les abus administratifs avant la Révolution Sociale, celle-ci saura bien détruire chez les (( ronds de cuir » la conviction que le public a été créé pour leur avantage personnel et les plier à la discipline acceptée par tous les travailleurs.

Tous les citoyens donc, seront des fonctionnaires. Je vais plus loin, et je dirai que, à mon avis, ils seront tous des Rentiers, ce mot pris dans le sens de la langue courante en France pour désigner les porteurs de rentes sur l'Etat. Mais ce seront des Rentiers qui travailleront dès qu'ils le pourront. tant qu'ils le pourront. Cela existe dès maintenant. Ne voyez-vous pas, en petit nombre, certes, mais d'autant plus estimables, des hommes qui n'ont eu, suivant le mot célèbre mis par Beaumarchais dans la bouche de Figaro, que la peine de naître. Ayant reçu de leurs parents une fortune plus ou moins élevée, mais suffisant à leurs besoins, ils n'ont pas cependant voulu se soustraire à la loi du travail. Au lieu de grossir leur fortune en exerçant des emplois bien rémunérés sur le budget, ou en extrayant de la plus-value du travail des pro-

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