‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 20 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS

générale, ni surtout dans telle ou telle branche. Le César qui nourrissait ses chevaux de raisin d'Apamène aurait-il pu forcer la production de ce « clos » privilégié? En supposant même que la disette ne se fasse jamais sentir, il ne faut pas oublier que la production suppose le travail. Pour les hommes de la Société Collectiviste, se posera de la façon la plus claire une question sous forme de dilemme : Ou travailler beaucoup, pour consommer en proportion, ou au contraire restreindre la consommation pour modérer le travail . Supposons que la majorité raisonnant comme le paysan tourangeau ^ préfère le second parti. Est-il admissible qu'elle se voie obligée à des efforts excessifs pour les goinfreries ou les toquades de quelques individus. Reprenant mon exemple de tout à l'heure, le boulanger-pâtissier ne peut-il dire à l'ami des bêtes : <( L'avoine vaut tout autant pour le cheval que le pain et il ne coûte pas le travail du moulin et du fournil. Vous n'aurez pas le droit de m'imposer une minute de labeur parfaitement inutile. Je ne suis pas comme au temps du capitalisme, obligé pour vivre d'obéir à vos caprices. » En supposant, même, et je reviens ici à mon système, que l'homme qui se livre à un tel gaspillage de la production sociale offre de la compenser par une restriction corrélative d'autres dépenses, nous pouvons nous demander si le régime collectiviste ne sera pas obligé d'interdire au nom de la morale sociale certains excès, comme aussi certaines privations, les uns et les autres pouvant compromettre avec la santé des citoyens leur force de travail qu'ils doivent à la collectivité. On peut concevoir l'intervention,

1. Il est probable que suivant les climats et le tempérament, les peuples se diviseront en deux catégories, les uns préférant restreindre leur consommation pour moins travailler, les autres sachant acheter par une énergie plus grande les jouissances auxquelles ils ne veulent pas renoncer. On ne dira pas pour cela : les seconds sont plus civilisés que les premiers.

2. Je fais allusion à un proverbe de Touraine : Tourangeau, veux- tu de la soupe? — Oui. — Apporte ton écuelle. — Je n'ai plus faim.

en pareille matière, d'une autorité médico-judiciaire. Mais sous cette réserve importante, chacun aura son compte à la Banque et en disposera en toute liberté.

La Rente personnelle pourrait, à certaines époques de la vie où surviennent des charges spéciales, l'entrée à l'école, à l'université, en apprentissage, le mariage, etc., faire l'objet de majorations que j'appellerai Subventions en empruntant ce terme à la langue de l'école Le Play.

La somme totale des Rentes et Subventions devrait être à l'aide de moyennes, répartie entre les organes producteurs et les services improductifs et figurer au passif de leur bilan ; j'expliquerai comment.

C'est ainsi que je mettrais en application la maxime : « A chacun suivant ses besoins. »

Je dois maintenant m'expliquer sur sa contre-partie : « De chacun suivant ses forces ».

L'obligation pour l'Etat de nourrir, d'entretenir convenablement chaque citoyen, est, pour employer une expression du droit civil, la cause de l'obligation corrélative qui pèse sur ce citoyen (homme ou femme) d'apporter à la communauté le concours de son activité, dans la mesure de ses forces physiques et de ses aptitudes intellectuelles.

Nul n'a droit à un emploi qu'il n'est pas en mesure de bien remplir, nul ne peut refuser une fonction à laquelle il est propre.

Dans les discussions qui se sont élevées sur le militarisme et la valeur respective des diverses armées d'Europe, j'ai été particulièrement frappé d'une diilérence signalée notamment par M. Moch entre la notion du grade dans la milice helvétique et dans l'armée française. Tandis que chez nous, l'officier a le droit de refuser le grade qui lui est offert, il ne le peut en Suisse: cela est formellement écrit dans la Constitution fédérale. Le grade considéré en France comme une récompense, une faveur ou

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