‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 21 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS 3i

un droit, est là-bas un devoir. Cette notion du grade, de l'emploi-devoir sera étendue à toutes les fonctions non seulement publiques, mais économiques ; comment je le montrerai en étudiant le « Recrutement ».

Ce principe destiné à assurer le fonctionnement de la Société en pourvoyant à toutes les tâches nécessaires i-e conciliera parfaitement avec la plus grande liberté laissée aux citoyens dans le choix de leurs professions. Cette liberté, aujourd'hui théorique et illusoire pour la plupart des hommes deviendra dès lors effective par l'égalité économique et un bon régime d'enseignement organisé de façon à dégager les aptitudes et à les utiliser au mieux de riatérêt général. N'étant contrariés dans leurs vocations ni par des conditions économiques ni par les préjugés sociaux, les membres de la communauté pourront donner une libre expansion à leur personnalité, ils auront plus de goût au travail. Ainsi sera diminué l'intérêt de la question de sanction que nous devons cependant résoudre, car c'est une de celles à laquelle s'attache la malveillance des économistes bourgeois.

Comment agira-t-on contre les réfractaires à la loi du travail, lorsqu'ils seront sûrs de ne pas mourir de faim? Je répondrai d'abord que l'opinion publique, formée par l'éducation sera sévère aux paresseux et que la réprobation dont elle poursuivra les hommes qui risqueraient de compromettre la prospérité générale ne sera pas sans efficacité sur des générations de plus en plus affinées et sensibles aux influences morales.

A qui serait tenté de sourire, je demanderai si aujourd'hui la loi du travail est, même pour les pauvres, si efficacement sanctionnée. La peine de niort par inanition que les économistes libéraux édictent contre la paresse avec une mansuétude qui rappelle celle des anciens juges (V. H.) frappe d'une part des malheureux de bonne volonté et n'a pas, d'autre part, l'effet intimidateur que l'on dit sur les vrais paresseux. Combien de misérables jetés par les conditions économiques sur la terrible pente au bas de laquelle ils deviennent les déchets sociaux.

(assassins, voleurs, mendiants et vagabonds) qui surchargent terriblement l'économie bourgeoise, seraient restés d'utiles producteurs avec un bon régime préventif. Le Collectivisme le réalisera, ce régime préventif, et s'il ne suffit pas, s'il faut le renforcer d'un régime répressif nous le demanderons non à un Gode Pénal férocement stupide comme celui que nos tribunaux appliquent, mais à un régime disciplinaire très simple et très doux; il ne sera pas besoin de tortures et de bagnes, il suffira de prononcer contre les délinquants, c'est-à-dire contre ceux qui refuseraient de travailler ou montreraient dans leur travail de la négligence et de la mauvaise volonté, des amendes ou retenues sur le traitement, des rétrogradations, au besoin quelques jours d'arrêts à l'Hôtel des haricots de l'ancienne Garde Nationale qui calmeront les mauvaises tètes sans les abrutir ni les déshonorer ; on imposera aux paresseux des corvées comme celles de casser les pierres sur les routes, qui leur donneront l'amour du travail, devenu si doux, de l'usine.

N'a-t-on pas remarqué depuis longtemps que l'intimidation résulte bien moins de la gravité de la répression que de son inévitabilité, si l'on peut parler ainsi.

D'autre part, le droit pénal évolue dans le sens de l'adoucissement. L'histoire de la peine est une constante abolition, a-t-on dit. Nous sommes donc autorisés à conjecturer qu'un régime disciplinaire très modéré suffira pour maintenir dans le droit cbemin les « coupables » sains d'esprit. J'insiste sur ce mot. Voici pourquoi.

11 est des hommes, affirme-t-on, qui sont réellement réfractaires à tout travail, des antisociaux, qu'en ferez-vous*? Nous cesserons de les torturer, nous les soignerons, car ce sont des malades. Dans ses « Souvenirs d'un matelot, » Georges Hugo nous parle de ces marins qui, plutôt que de se soumettre à la discipline et de travailler, préfèrent passer le temps de la croisière auX fers à fond de cale, dans des conditions de chaleur, de malpropreté, de défaut de nourriture qui constituent une abominable torture. Ces hommes devraient être remis à l'aliéniste.

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