CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS
ment, mais dans la mesure qui leur sera assignée annuellement par (( le souverain ».
Des lois budgétaires équilibreront la production sur la consommation, comme aujourd'hui le Parlement balance les dépenses administratives avec les contributions ou recettes domaniales.
Par ma cinquième maxime : Hommes et femmes se partageront sur un pied d'égalité et sans distinction de sexe les travaux domestiques comme la production sociale, je résous à la fois deux problèmes sociaux intimement liés, celui de la domesticité, et celui que les anti-féministes tranchent par la formule : « la femme au foyer ».
On sait que la question du recrutement des domestiques prooccupe beaucoup maintenant les conservateurs qui ne semblent pas se douter que les doléances des maîtres sur la gourmandise, la paresse et l'insolence des domestiques, leur prétention pécuniaire et leur insuffisance professionnelle remontent aux origines môme de la domesticité et même plus haut, car les barbons de Plante se plaignent de l'esclave Davus dans les mêmes termes que les Géronte de Lafïèche ou de Scapin. Ou oublie le sarcasme par lequel Figaro cinglait il y a un siècle le comte Almaviva : « Aux qualités qu'on exige d'un valet combien de maîtres seraient-ils dignes de l'être. » De gros livres exposent le mal et cherchent le remède. Les uns le trouvent dans la création d'écoles de domestiques; ce beau projet fut repoussé avec indignation par l'unanimité du Congrès féministe de 1900. Nul ne doit apprendre à servir, s'est-on écrié! D'autres font appel à la religion. Naturellement! N'est-ce pas le rôle des ministres de Dieu sur la terre d'enseigner la résignation aux pauvres et d'en faire les serviteurs respectueux de la richesse? Ils s'y appliquent certes, mais avec un succès décroissant^.
1. On peut citer comme exemple curieux de maison de placement cléricale, l'œuvre de la Paroisse bretonne dans le quar-
D'autres enfin pensent au fédéralisme.
Ils invitent les diverses associations suscitées par le mouvement provincialiste et qui manifestent principalement leur existence par des dîners, (la pomme, la soupe aux choux, etc.) à se constituer en agences de placement pour substituer des candeurs villageoises aux malheureux que la perversité des villes a gâtés. Je fais par ces expressions, allusion au célèbre roman de Restif de la Bretonne « Le paysan perverti. » C'est ainsi qu'on pourrait appeler tout domestique. La valetaille ne se recrute qu'à la campagne ; depuis longtemps les gens des villes, si misérables qu'ils soient, ne se décident pas à cette dégradation. Aussi constate-t-on que l'importance sociale de la domesticité diminue en raison inverse de l'accroissement de la population des villes par rapport à celle des campagnes, en raison directe des progrès réalisés par le prolétariat. C'est en Amérique et en Angleterre que la crise des domestiques atteint sa plus grande acuité. Les bourgeois de Londres et de New-York n'auraient plus de bonnes s'ils n'en trouvaient dans l'émigration irlandaise comme ceux de Paris dans les filles de Bretagne. Ces deux populations agricoles abruties par l'alcool et la religion, qui fournissent un si fort contingent à la basse prostitution nationale et cosmopolite ralentissent l'évolution qui tend à supprimer la domesticité. A mesure que ce métier est plus méprisé, il devient moins nécessaire. Si nous comparons le train de vie des riches d'aujourd'hui avec celui des grands seigneurs et des traitants d'avant 1789, nous constatons qu'il diffère surtout par une diminution importante « de la maison. » Il faut en chercher la cause dans la profonde transformation du régime de la consommation par suite des progrès de la technique et des modifications dans l'économie de la production. Si les Dorines et les Lisettes ne filaient déjà plus les vêtements de leurs maîtresses comme les femmes de la chaste Lucrèce, que de
lier N.-Dame-cles-Gliamps sur laquelle les recteurs de Bretagne rabattent les filles désireuses d'entrer en condition.