‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 31 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS 5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS 5S

héritière recherchée pour sa dot, cela vaudra mieux certes,, pour l'un et pour l'autre. Toutefois en donnant comme prime au mariage du côté de la femme la dispense au travail et pour l'homme l'attrait d'un doublement des ressources ne correspondant pas à une augmentation corrélative des dépenses, on maintient au mariage le caractère d'union économique qu'il a d'ailleurs toujours eu ainsi que le démontrent l'histoire et la préhistoire.

Or l'idéal n'est-il pas de purger de tout facteur économique, de toute préoccupation d'intérêt matériel, dans la mesure du possible, les unions sexuelles temporaires ou permanentes pour ne plus les faire reposer que sur les affinités physiques ou psychiques et sur le désir de perpétuer la race ? Je le pense pour ma part.

La seconde solution n'encourt pas le même reproche. Elle consisterait à décider que les femmes recevraient depuis leur naissance jusqu'à leur mort une Rente suffisante pour vivre, restant libres bien entendu de choisir entre l'activité et la paresse, mais dispensées de l'obligation de travailler à raison de leur sexe. Elles ne seraient plus, quel progrès, obligées de chercher leur pain dans la domesticité ouverte ou déguisée, dans la prostitution flétrie ou honorée (que de mariages ne sont pour elles que l'une ou l'autre de ces horreurs!) Elles s'affranchiraient par contre-coup de la mentalité qu'elles tiennent d'un long esclavage. Mais que l'on me pardonne ce pédantisme indépendantes, ut singulœ elles ne le seraient pas encore ut universds.

Il est facile en effet de prévoir quels seront les sentiments de l'ensemble des hommes, à l'égard de la masse des femmes qu'ils nourriront à ne rien faire, sentiments que tous les raffinements de la politesse mondaine ne parviendront pas à masquer : pitié dédaigneuse pour celles qui n'étant « ni bonnes ni belles, » ne feront plus des chemises comme leur ordonne rudement Rabelais; fureur à l'égard de celles qui après avoir par leurs qualités physiques ou morales attiré dans le harem national, l'atten- ■ tion d'un des seigneurs et maîtres refuseraient le mou-

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choir et prélcndraient se soustraire « au devoir » ou « aux devoirs ». mettez le singulier ou le pluriel comme il vous plaira. Je ne puis m'empêcher de penser aux courtisanes nationales des anciennes civilisations et à cette histoire racontée par Pigault-Lebrun de pirates qui ont amené dans une île déserte des Antilles des femmes « conquises par leur bravoure » en commun, et qui attendent chacune dans sa cabane le retour des vainqueurs pour payer de leurs sourires le pain qu'ils leur apportent.

Dans le ménage la femme sera-t-elle l'égale de son mari? Non évidemment, et celui-ci paraphrasera en style du jour le langage de nos vieux jurisconsultes. « La puissance du mari sur la personne de la femme, dit Pothier, au début de son traité de la puissance maritale, consiste, par le droit naturel, dans le droit qu'a le mari d'exiger d'elle tous les devoirs de soumission qui sont dus à un supérieur... La nécessité de l'autorisation du mari n'^st donc fondée que sur la puissance que le mari a sur la personne de sa femme qui ne permet pas à la femme de rien faire, que dépendamment de lui ».

Je prédis un beau succès à l'actrice qui réciterait la fameuse tirade de Catherine, dans la Mégère domptée de Shakespeare. « Ton mari est ton seigneur, ta vie, ton gardien, ton chef, ton souverain, celui qui s'occupe de toi et de ton entretien, qui livre son corps à de pénibles labeurs sur terre et sur mer; veillant la nuit dans la tempête, le jour dans le froid, tandis que tu dors, chaudement au logis en sécurité et en sûreté. Il n'implore de toi d'autre tribut que l'amour, la mine avenante et une sincère obéissance; trop petit acompte sur une si grande dette. La soumission que le sujet doit au prince est juste celle qu'une femme doit à son mari, et quand elle est indocile, morose, maussade, aigre et qu'elle n'obéit pas à ses ordres honnêtes, elle n'est qu'une méchante rebelle coupable envers son seigneur dévoué, d'une impardonnable trahison. »

Mais laissons la vie de famille dont la paix et la dignité dépendront naturellement de la bonne tenue morale et de la finesse de réponse tout autant que de la bonté et

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