‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 33 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. ~ GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. ~ GÉNÉRALITÉS

faire la soupe. Les rudiments d'instruction ménagère que l'on puise à la caserne sont précieux ensuite dans la vie. L'évolution est donc commencée que le Collectivisme poussera à son terme, loin de prétendre l'arrêter. Plus de séparation de principe entre les tâches domestiques qui seraient le domaine de la femme, et le travail industriel agricole, administratif, monopole de l'homme. Ce travail se répartira entre tous les citoyens sans que la différence des sexes soit considérée comme constituant entre eux a priori une inégalité ou même une différenciation fonctionnelle; mais nul ne pourra prétendre à une profession s'il n'a pas les aptitudes nécessaires intellectuelles, morales ou physiques. Et à ce dernier point de vue on comprend que certains métiers, exigeant une force musculaire que seuls les hommes peuvent atteindre, leur soient réservés non en droit mais en fait; par exemple celui des bouchers. Bien qu'appartenant «au sexe fort)), je ne me hasarderai pas à soulever une moitié de bœuf au bout d'une perche. Mais peut-être dans les abattoirs ou Economats usera-t-on pour manier et déplacer la viande d'appareils de levage et de transport mus par l'électricité et qu'un enfant ébranlera en tournant une manette. II ne faut pas oublier en effet que les progrès de la technique diminuent chaque jour l'importance de la force physique. Le minotier n'a plus besoin des muscles de Samson. Bellamy nous montre une gracieuse fillette conduisant une moissonneuse électrique. On peut concevoir que, à de très rares exceptions près, tous les travaux agricoles ou industriels exigeront une moyenne dynamométrique qu'atteindront grâce à une bonne hygiène, aune éducation physique bien conçue tous les citoyens, hommes ou femmes. A mesure en effet que les dilïérentes œuvres de la production exigeront moins de force, la femme en pourra déployer de jour en jour davantage. Le naturaliste, on l'a remarqué, ne constate pas une supériorité du mâle par rapport à la femelle dans les espèces supérieures; la jument fournit autant de travail que le cheval et il semble bien démontré que l'infériorité physique de la femme qu'il ne faut pas exagérer,

mais qui ne peut être niée aujourd'hui, ne remonte pas à l'époque préhistorique où l'espèce humaine se dégageait de l'animalité ; elle a été le résultat au cours des siècles des conditions de vie imposées aux deux sexes par le régime économique. Tandis que la force de l'un se développait par l'activité, guerre, chasse, voyages, le travail modéré, le bien-être relatif, celle de l'autre s'atrophiait par la sédentarité, les relations sexuelles trop précoces, la fréquence des grossesses, la nourriture insuffisante, les mauvais traitements. Cessante causa cessel effeclus.

Si nous sommes au-dessus des aborigènes d'Australie, combien nos femmes sont-elles différentes de leurs malheureuses femelles épuisées à peine pubères par la cruauté et la lubricité du mâle, par la misère et la faim. Mais combien de progrès nous avons encore à réaliser de ce côté ! Que les défenseurs de la faiblesse féminine s'interposent pour empêcher les abominations que l'on peut constater chaque jour ! Nai-je pas vu sur les routes de pauvres vieilles à genoux cassant les cailloux. Ailleurs, elles ha lent les bateaux ou les déchargent. Mon professeur de rhétorique voulut mettre ses élèves en garde contre le féminisme. « Supposez, dit-il, une femme architecte : pourrat-elle lorsqu'elle sera enceinte se hisser jusqu'au toit d'une maison en construction. » Ce raisonnement fit sur moi une certaine impression jusqu'au jour où je vis en Allemagne des malheureuses gravir les échelles de minute en minute avec une charge de briques ou de mortier, en aides des maçons. Quel spectacle plus atroce que celui de la vieille paysanne 1 IVos fils contempleront avec stupeur dans les œuvres des paysagistes modernes ces horribles femelles que trente ans de laideur ont courbées, cassées, noircies, décharnées, en qui rien ne survit de la fillette belle et saine qu'elles furent jadis. On ne verra plus la laveuse remontant l'escalier de nos quais pliant sous une charge de linge mouillé. On s'indignera au souvenir de ces malheureuses ouvrières des coutelleries de Thiers, qui couchées à plat ventre (sur le côté quand elles sont enceintes) repassent en les appuyant de toute leur force sur de grandes meules des

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