CHAPITRE PREMIEP4. — GÉNÉRALITÉS
couteaux de bouchers. On les rencontre dans la rue hâves,, pieds nus dans des sabots, en haillons, et traînant de malheureux enfants présentant tous les symptômes de la phtisie, oreilles décollées, ailes d'ange ! Qui ne comprend à la vue de ces martyres du travail, l'équivoque monstrueuse des anti-féministes qui invoquent la faiblesse physique de la femme non pour lui interdire les travaux trop pénibles et trop mal rémunérés \ mais pour lui fermer J/accès des professions les plus lucratives, les moins fatigantes et les plus conformes à ses aptitudes; j'entends les professions libérales, la médecine, le barreau. Juvénal ne prétend-il pas qu'elle en remontrerait à Quintilien l'illustre orateur en loquacité, esprit de chicane, et en impudence. De frêles jeunes filles peuvent déployer assez de force musculaire pour, je ne dirai pas transporter, c'est raifaire des garçons de bureau, mais feuilleter les dossiers les plus (( barbus », tailler les crayons et manier le grattoir.
J'espère donc que tout au moins pendant une période transitoire les fonctions sociales se partageront non en droit mais en fait de la façon suivante : les hommes s'emploieront de préférence dans l'industrie et les femmes dans les services de bureau, comptabilité.
Disons à ceux qui nous parlent toujours de la « vocation maternelle » qu'elle trouvera à s'exercer comme aujourd'hui, plus facilement même, dans les crèches, garderies, classes enfantines ; la femme qui préfère à toute autre fonction sociale l'élevage des enfants donnera ses soins à dix bébés au lieu de se consacrer exclusivement aux deux.
1. Le métier de cuisinière clans les restaurants constitue un labeur au-dessus des forces delà femme et qui sera en fait dans la société collectiviste réservé aux hommes et encore faudrat-il faire tout pour l'améliorer: en prenant un cuisinier pour chaque repas et surtout en modifiant les conditions d'hygiène. J'entendis un jour un gérant d'un restaurant me dire : Il me faudrait un chef. — Oui, mais vous reculez devant la dépense. — Sans doute, me répondit-il, il m'en coûterait cent francs au lieu de quarante, mais de plus la cuisine est trop petite et trop malsaine, aucun homme ne voudrait y vivre ; seule une femme peut y consentir.
OU trois qu'elle a mis au monde; elle ne les gâtera pas et utilisera mieux ses forces.
Je connais des dames qui, à toute autre distraction intellectuelle ou mondaine, préfèrent l'entretien de leurs meubles, je les nommerai gérantes d'une pension de famille utilisant en bon fouriériste pour le bien de la collectivité cette passion aussi ardente qu'inotîensive; je leur permets de l'assouvir mieux qu'elles ne le pourraient dans leur logement personnel.
Il importe en effet de remarquer que dès maintenant et par suite des transformations que j'ai signalées dans la manière de vivre, la petite bourgeoise ou la compagne de l'ouvrier, sans enfants, lorsqu'elle ne travaille pas industriellement ne trouve pas dans son ménage un aliment suffisant à son activité. La femme au foyer, c'est trop souvent la femme oisive tuant les heures trop longues en cancanages ou promenades dans les magasins; la tête et le cœur vides, elle est exposée aux tentations, prête à glisser aux pires sottises tandis que le mari gagne loin d'elle le pain de la famille; un peu de travail lui ferait grand bien, il lui donnerait, avec une distraction saine, un sens plus juste de la. vie, un caractère plus calme, moins énervé, plus en rapport avec celui de son mari.
Si nous nous transportons par la pensée dans la Société Collectiviste, à cette considération non négligeable en faveur du travail des deux époux s'en ajoute une autre des plus importantes. Dispenser les femmes du travail social directement ou indirectement productif, c'est le faire retomber d'un poids plus lourd sur les hommes, c'est allon-( ger d'autant leurs heures de travail. Le long labeur détruit la famille. Elle n'existe, a-t-on dit, pour le prolétaire qu'à rétat horizontal. Dans le système que je combats, l'époux peinerait pendant que la femme s'ennuierait. Ne vaut-il pas mieux que les deux travaillent quatre ou cinq heures à côté l'un de l'autre dans le même atelier ou bureau ou aux deux extrémités de la ville; quittant le logis ensemble, ils y rentreraient à la même heure pour retrouver les enfants revenant de l'école. Utilisant aussi bien la seconde