‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 35 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS

partie de la journée que la première, ils pourront consacrer la liberté qu'ils auront l'un et l'autre gagnée à s'instruire ou à s'amuser ensemble ou séparément, suivant leurs goûts semblables ou différents. Mais auparavant ils prélèveront sur les longues heures disponibles le temps strictement nécessaire pour le ménage. Je dis les époux parce qu'ils se partageront cette tâche comme le travail social et je parle du temps strictement nécessaire, car au retour de l'usine ou de l'atelier, ils n'apporteront pas à la tâche domestique la lenteur et la mollesse de la ménagère qui n'a pas de meilleur emploi possible d'une longue journée.

Je ne saurais trop insister là-dessus. Les citoyens qui vivront solitaires, hommes ou femmes, feront leur cuisine ou leur lit, nettoieront leur logement et de même agiront ceux qui sont réunis, qu'il existe entre eux un lien de parenté, qu'ils soient de même sexe ou de sexe différent. Il n'y a pas de raison à priori pour que les femmes supportent tout le poids du travail domestique pour le plus grand bien des hommes. Les uns et les autres ne concevront d'autre régime que l'égalité et la réciprocité de services; nul n'en acceptera sans en « prester » lui-même. On réglera d'accord, suivant les nécessités et les aptitudes, la coopération et la division du travail; ici ce sera un homme qui fera la cuisine, là une femme; dans telle maisonnée les associés se spécialiseront chacun dans une tâche ou bien encore ils organiseront des roulements et remplacements et chacun sera semainier à son tour. Mais quoi qu'il en soit des arrangements qui pourront intervenir, ils reposeront toujours sur la même base, sur cette règle de morale familiale et sociale : tous pour chacun, chacun pour tous. L'égoïsme n'abusera pas de la bonté.

Je me prononce, et c'est ma sixième formule, pour ce qu'on a appelé le Collectivisme national par opposition au Collectivisme mondial et au Collectivisme municipal. D'abord il ne me parait pas possible de concevoir, aussi loin

que puissent s'avancer nos prévisions d'avenir, un régime collectiviste s'appliquant à rensemble de la population terrestre, ni même à une des cinq parties du monde, à l'Europe, par exemple. A l'état de guerre ou de paix armée qui nous écrase succédera un jour, par la disparition des dynasties, un état de paix réelle et les peuples réaliseront enlin le rêve des Etats-Unis d'Europe, j'en ai le ferme espoir. Mais en admettant même que les conceptions collectivistes aient un progrès aussi rapide que les idées pacifiques, je doute que la fédération puisse, du jour où elle aura été formée, donner le cadre de la communauté collectiviste. A raison précisément des difficultés pratiques de régler la production et la consommation pour tant de millions d'hommes vivant dans des conditions matérielles et morales si différentes, il me parait plus probable que la fédération comprendra des Etats constitués sur les bases territoriales actuelles ou sur des bases diflérentes, et qui, en même temps qu'une unité politique formeront chacun une communauté collectiviste distincte unie aux autres par des relations non seulement politiques, mais économiques. Peut-être même, le lien fédéral enserrera-t-il des nations demeurées sous le régime capitaliste. J'ess lierai de préciser, en étudiant le commerce extérieur, les rapports économiques du Sozialstaat avec les nations voisines, qu'elles soient ou non arrivées au même point de développement.

Je prévois une objection. La concentration capitaliste a déjà constitué des organismes économiques qui dépas-j senties cadres des Etats politiques; les trusts mondiaux ne constitueront-ils pas un sérieux obstacle à l'établissement' du collectivisme national? Quelle devrait être à leurj égard la politique du pays qui aura fait sa Révolution Sociale?

Il est possible d'abord que cette Révolution Sociale ail pour résultat de disloquer lesdits trusts. Les Etats-Unisj par exemple, s'étant constitués en une communauté col lectiviste retirent de la Standard Oit Company les chani] de pclrole de la Pensylvanie et de l'Ohio, Fes raffinerie!

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