‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 36 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS G · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS G

des bords de l'Atlantique ou des grands lacs, les pipelines, et les font rentrer dans le cadre de leur production nationale sans s'occuper de ce que deviendront les gisements de la Galicie et du Caucase. Les Etats-Unis exporteront peut-être ensuite, s'ils en trouvent le débit, une partie du pétrole qu'ils produiront, dans les mêmes conditions que les autres marchandises créées en excédent sur la consommation antérieure et pour être échangées contre celles que le pays ne donne pas suffisamment. De même la France pourrait mettre la main sur, les usines de dynamite existant entre ses frontières dans le but de satisfaire^à ses propres besoins et sans se demander si la Société Centrale survivra à cette mutilation, avec les fabriques qu'elle possède à l'étranger, en Italie, par exemple. Quant à la Dynamite trust Company, groupant les sociétés anglaises et allemandes, elle sera ignorée du gouvernement parisien que l'économie collectiviste met à l'abri dans le « commerce intérieur, » des concurrents étrangers.

Mais cette solution si simple du problème a le défaut de paraître un recul par rapport à ce qui existe aujourd'hui. Le capitalisme, diront ses défenseurs, est déjà plus avancé que le socialisme de vos rêves; vous vous dites révolutionnaires, vous n'êtes que réactionnaires.

Nous ne pouvons, répondrai-je, savoir au juste ce qui, dans notre régime économique actuel, paraîtra à nos descendants, plante saine et fructifère à conserver ou végétation parasite qui doit être retranchée. Mais en supposant même que les gouvernements collectivistes condamnent en théorie les trusts mondiaux, ils seront peut-être obligés de compter avec eux. Pour reprendre mon premier exemple, la Communauté Nord Américaine confisquant les fortunes des Quatre Cents trouvera dans certaines d'entre elles les titres relatifs non seulement aux exploitations de pé'role américaines, mais encore à celles des autres parties du monde. Il est très possible qu'elle se présente comme substituée aux droits de Rockfeller, " l'Angleterre faisant valoir ceux des Rothschild de Londres.

Des Etats Collectivistes entreraient ainsi, comme porteurs de parts et actions possédées auparavant par quelquesuns de leurs ressortissants, dans des trusts qui, capitalistes d'essence, resteraient tels, tout aussi bien que les cartels auxquels participe le gouvernement prussien. Il n'est pas absurde de supposer qu'une communauté sociale possède, en des territoires non socialisés, des propriétés privées, agricoles ou industrielles recueillies dans la liquidation du régime libéral. 3Iais si les Etats de civilisation occidentale (Europe, Amérique, Australasie) ou tout au inoins les principaux d'entre eux ont fait leur Révolution ne voudront-ils pas substituer pour l'exploitation du pétrole au trust capitaliste une organisation collectiviste? Ils le pourront s'ils sont fédérés; j'ai conjecturé que la fédération précédera même le triomphe de mes idées.

Voici comment j'entrevois la solution de ce grave problème.

Les districts pétrolifères qui sont déjà exploités et que l'on pressent, ceux d'Amérique, du Caucase, de Galicie, d'Algérie (si tant est que les espoirs que l'on fonde sur notre colonie se réalisent) seront considérés, qu'ils se trouvent en territoire collectiviste ou dans des pays demeurés à une phase économique antérieure, capitalisme, féodalisme, barbarie, comme autant de provinces éloignées d'un état socialiste. Ma conception du Collectivisme changerait-elle si les bassins houillers du Nord et de l'Artois, de la Loire, du Gard, étaient distants de milliers de lieues séparés par des déserts, des mers, des civilisations arriérées.

On appliquerait donc aux bords de l'Ohio comme près de la mer Caspienne tout le système de gouvernement économique que je m'efforce de construire par la pensée à une seule différence près. Ce ne seront pas les habitants de ces pays privilégiés, anglo-saxons ou slaves, mogols oi sémites qui régleront librement chez eux la productioi du pétrole ; il est à craindre d'une part qu'abandonnés eux-mêmes ils ne pourvoient pas d'une façon convenabh

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