CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS
à la consommation mondiale et qu'en outre ils ne soient tent(^s de constituer, sur le monopole naturel remis entre leurs mains, une rente, en vendant le pétrole à un prix dépassant sa valeur, au sens marxiste du mot, c'est-àdire le travail dépensé pour le produire.
La mission de régler la production du pétrole, de l'égaler et de la limiter aux besoins du monde serait confiée aux représentants de cette personne morale du droit public que sera la Fédération des peuples de civilisation occidentale.
Cette Fédération aura ses trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ; elle disposera d'un organe de contrainte capable d'imposer le respect de ses décisions. Le Parlement élu par les différents Etats fédérés (eux-mêmes unitaires ou fédéralistes et dont quelques-uns pourront être encore en régime capitalistes) déterminera sur les demandes de ces Etats les qualités et quantités d'huile à produire et le prix à leur frontière terrestre ou maritime. Dans ce prix n'entrera ni profit industriel ni rente de monopole ou de situation. Il sera établi égal pour tous les gouvernements acquéreurs, d'après la moyenne calculée sur l'ensemble de la production, d'une part, du coût proprement dit (rémunération du travail dépensé), d'autre part des frais généraux (amortissement du capital, réserve pour les progrès à réaliser, magasinage et pertes, transports, frais d'administration).
Les Etats réunis par ce pacte ayant pris livraison des stocks qui leur sont réservés en feront ce qu'ils voudront, ils les raffineront eux-mêmes ou les livreront dans ce but à l'industrie libre, les lanceront ensuite dans la consommation soit par un système de vente directe en régie, soit par l'entremise du commerce capitaliste, enfin ils pourront les vendre sans bénéfices ou les grever de majorations d'un caractère collectiviste ou fiscal.
Pour la production, on pourrait appliquer les idées que j'ai exposées sur la nécessité d'intéresser directement les travailleurs et les grouper en coopératives administrant en vertu de concessions spéciales, à conditions variables,
les usines, les réservoirs, pipe-lines, voies ferrées et navires de transport.
Ne peut-on même aller plus loin et appliquer ce système à l'ensemble des habitants d'un district, les considérer comme un seul groupe de travailleurs ? Leurs représentants traiteraient à forfait avec le pouvoir exécutif fédéral et s'engageraient à fournir à prix débattu les quantités et qualités d'huile fixées d'une façon large par le contrat et précise par les dispositions budgétaires annuelles. On peut supposer que la coUectivisation serait limitée au pétrole et ne s'étendrait ni aux autres productions, ni à la consommation que les intéressés régleraient conformément à leurs traditions, à leur constitution sociale. Je vise en cela surtout les non Européens. Je n'entends pas non plus que ces travailleurs deviennent des sortes de servi puhlici de la Fédération; elle aura le devoir de leur accorder sinon tous les droits dont jouissent ses propres ressortissants, du moins les libertés pour lesquelles ils sont mûrs et de préparer leur ascension la plus rapide possible vers l'état supérieur atteint par les membres des communautés collectivistes.
Mais en tout cas, et ce ne sera pas mon dernier mot, la Fédération comme les Etats socialisés s'attribuera la propriété de tous les instruments de production, terre, puits, usines, matériel, etc , les créera, aménagera, perfectionnera avec ses propres capitaux. Les travailleurs n'en seront que dépositaires sans pouvoir prétendre sur eux à aucun droit réel susceptible d'engendrer contre la grande communauté ni profit ni rente. J'ai pris l'exemple du trust du pétrole parce qu'il est saisissant; il est peut-être cependant mal choisi, car cette huile minérale aujourd'hui si précieuse, ne sera probablement plus aussi recherchée dans quelques années. 11 se peut même que les progrès de la technique le fassent abandonner. La question est bien plus intéressante que soulèverait le trust en formation, paraît-il, de la marine marchande.
C'est un problème particulièrement délicat que celui des rapports maritimes de l'Etat Collectiviste avec les au-