CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS
Si je ne comprends pas le Collectivisme mondial en la forme simpliste que lui donnent certains socialistes, je repousse à l'inverse le Collectivisme municipal. Le monde me paraît un cadre trop vaste. La province, à plus forte raison la commune me semblent trop petites.
La « concurrence » au sens capitaliste du mot qui ne peut être admise entre deux coopératives doit être condamnée également entre deux grandes régions érigeant en rentes pour leurs habitants les différences de fertilité du sol, de richesses naturelles, de distance ou de facilité dans les communications.
Même en ce qui concerne l'organisation du travail on ne peut à priori lui donner une base territoriale et les organes producteurs doivent, au mieux des besoins économiques, ou se renfermer dans le cadre d'une circonscription locale ou s'étendre d'un bout à l'autre du territoire, se juxtaposer, s'enchevêtrea» etc..
Grand partisan de la décentralisation au sens précis du mot, je crois cependant qu'elle se trouvera restreinte aux services publics proprement dits; provinces et communes devront hériter des attributions de l'Etat bourgeois et réserver en principe à l'Etat central le Collectivisme, c'està-dire l'organisation de la production et de la consommation et leur équilibre, à cette réserve près cependant qu'il pourra se décharger par voie de délégation d'une partie de ses attributions propres sur les pouvoirs locaux et leur donner d'une façon générale en toutes matières économiques le pouvoir de formuler leur avis et leurs vœux.
Enfin, il convient de distinguer soigneusement, suivant une terminologie familière aux théoriciens du droit publie français, la décentralisation et la déconcentration. Décentraliser c'est abandonner à la libre délibération de pouvoirs locaux élus la solution des questions d'intérêt local. La déconcentration ne vise à l'inverse que l'intérêt général, mais elle consiste en ce que, au lieu de faire trancher les difficultés de cet ordre loin du lieu où elles se posent, avec beaucoup de lenteur, par des bureaux siégeant dans la capitale et que renseignent des transmissions successives
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de documents écrits, on les confie, sous un contrôle vigilant, à des autorités statuant sur place de visu et auditu, rapidement et en connaissance parfaite des circonstances.
Je ferais à la déconcentration une large part, car j'y vois ce double avantage de donner aux intéressés presque autant de garanties que la décentralisation elle-même et d'alléger considérablement la tâche qui autrement serait écrasante des bureaux du Ministère. J'y ai été amené par la connaissance des abus de la centralisation, abus qui semblent si inhérents à notre caractère français qu'on les retrouve non seulement dans les pratiques administratives, de Richelieu à nos jours, mais même dans les grandes sociétés capitalistes. Il paraît que le conseil d'administration de la Société de Panama prétendait statuer sur les baux passés dans l'isthme pour les plus modestes boutiques, pour \es7'anchos de branchage.
Si je compte beaucoup su*la déconcentration pour empêcher de naître et de se développer, dans la constitution économique, les abus de la centralisation dont nous souffrons aujourd'hui dans la gestion des services publics, je fonde également un grand espoir sur le caractère essentiellement consultatif que j'attribuerais à l'administration des choses suivant l'expression chère aux marxistes. Le Parlement et les Ministres recevant de la constitution le pouvoir de statuer souverainement en tout ce qui touche l'équilibre de la production, ne pourr.ùent décider qu'après que tous les intéressés, individus ou groupes, corps représentatifs ou économiques, auront été mis en mesure de formuler leur opinion, leurs désirs ou leurs répulsions, leurs espoirs ou leurs craintes. Rien ne ressemblera moins au Conseil des Dix que le Directoire de la France Collectiviste tel que je le rêve, et au despotisme paternel d'un bon tyran que le gouvernement d'une démocratie toujours maîtresse de ses destinées. Lorsque le peuple souverain n*exercera pas le pouvoir par des institutions de gouvernement direct, lorsqu'il le déléguera à des représentants il n'abdiquera pas, même pour un temps très court, entre leurs mains, il les soumettra à une critique sévère et cons-