Edition Giard et Bricre 1901, p. 20 et
On y voit de grands domaines gérés par un personnel stable très restreint, mais qui formant état-major technique, encadre de véritables armées de prolétaires venus pour les grands travaux, des villes oii ils retourneront ensuite chercher du travail industriel. De même nous observons dans les régions les mieux cultivées de France, dans le Nord ou la Seine-et-Oise, des usines agricoles au matériel perfectionné employant pour la moisson la main d'œuvre belge ou bretonne. L'évolution du capitalisme luimême nous amène, semble-t-il, à concevoir un idéal que l'on peut formuler ainsi. La production agricole sera, en régime collectiviste, assurée par un machinisme aussi parfait que celui de l'industrie, commandé par une élite de techniciens fort peu nombreux, mais faisant appel, pour les grands travaux, à la main d'œuvre supplémentaire de leurs concitoyens des villes quittant momentanément leur profession principale.
N'est-ce pas ce que Marx et P]ngels prévoient lorsqu'ils énumèrent au nombre des mesures que le prolétariat sera amené à prendre « 8° travail o.bligatoire pour tous, orga- » nisation d'armées industrielles particulièrement pour » l'agriculture. Combinaison du travail agricole et indus- » triel, mesures tendant à faire disparaître la distinction )) entre villes et campagnes. »
On peut évidemment conjecturer que le dépeuplement des campagnes, déploré si amèrement par les politiques à courte vue, ne s'arrêtera pas et que la grande majorité des membres de la communauté collectiviste vivra dans les villes, sauf à retourner aux champs tous les ans pendant un temps très court.
Mais une formule aussi simpliste ne risque-t-elle pas de mutiler la complexité des faits? Il est des causes agissant en sens inverse du mouvement général et pouvant le ralentir. Ce que je viens de dire ne s'entend, en somme, que de la production des céréales et de l'élevage, non de la culture maraîchère et fruitière qui exige une main d'œuvre importante. Nous constatons que l'élévation dû standard of life des citadins développe la consommation
des légumes, primeurs et fruits. Aussi la Révolution Sociale amenant prolétaires et paysans au niveau de civilisation atteint, dès maintenant par la bourgeoisie, on peut conjecturer que ce dernier mode de production prendra une importance que nous ne pouvons chiffrer. II emploiera, ainsi que les industries agricoles, comme la sucrerie, en les maintenant à la campagne, une grande partie de la population laissée libre par la transformation de la technique agricole et la suppression du petit commerce. Il est donc probable que la densité de la population variera, considérablement d'un point à l'autre du territoire, et suivant la constitution géologique et climatérique des diverses régions, chacune étant utilisée pour ce qu'elle peut produire aux meilleures conditions. Ici s'étendront de vastes solitudes forestières, là des landes parcourues par de grands troupeaux guidés par quelques gardiens à cheval rappelant plus les cow-boys de la prairie américaine que les bergers de Millet. Voici de beaux domaines de céréales, de dix à vingt mille hectares, agglomérant autour d'un vieux chi\teau un millier de travailleurs. Toute une contrée d'herbages luxuriants ne formera qu'une entreprise d'embauché administrée par quelques centaines d'associés. Là enfin la terre est un damier de jardins et vergers occupant, en groupes de médiocre importance, une population à peine inférieure, au kilomètre carré, à celle des banlieues urbaines '.
L'économie rurale qui, en Collectivisme, se constituera sur des bases absolument rationnelles et expérimentales, faisant disparaître les derniers vertiges de l'antique économie naturelle accentuera l'individualité, déjà très nette
1. Si on appliquait à toute la France la moyenne que l'on peut conjecturor, (ainsi que nous le verrons ch. IV. sect. 3, | 3.) pour les céréales, moyenne qui s'abaisserait beaucoup pour l'élevage et les forêts, mais se relèverait pour la culture maraîchère et fruitière, d'un travailleur ])ar dix hectares, la population purement agricole et permanente tomberait de 28 millions (chiffre des habitants des communes au-dessous de 2000 âmes) à moins de six millions.
prés
et parfaitement reconnaissable des « pays de France. » La Beauce, la Sologne, le Bessin ou la Thiérache, les pays i de Caux ou de Bray se distinguent, on le sait, par leur ; substratum géologique, et leur régime climatérique qui détermine leur mode d'exploitation et leur part dans la production agricole de notre pays.
Qu'ils correspondent, ou non, à des circonscriptions administratives, ils constituent aujourd'hui des unités économiques et à ce point de vue, leurs chefs-lieux pré-^ sentent une importance plus grande que leur chiffre de population ne semblerait le faire prévoir.
Que deviendront, en régime collectiviste, ces petites villes ou ces gros bourgs et aussi les villages? Comment se décompose la population rurale à l'heure 3sente ? Elle comprend d'abord un petit nombre de fonctionnaires et de rentiers, j'appelle ainsi les personnes le tout âge qui vivent de revenus industriels ou agriîoles sans participer par eux-mêmes à la production, de 'entes sur l'Etat ou de pensions de retraites; ensuite de )ropriétaires, cultivateurs fermiers ou métayers, de malouvriers, c'est-à-dire de salariés agrfcoles, de petits ommerçants (boulangers, épiciers, bouchers) et d'artians (forgerons, charrons, maçons, menuisiers, etc.) Les ms et les autres vivent suivant les pays et pour des auses géographiques, historiques ou économiques, soit n agglomération, soit dispersés sur la surface d'une comlune plus ou moins vaste dont le centre est marqué par église, la mairie et quelques débitants. Quelles sont les conséquences, en ce qui concerne ces ifférentes classes d'habitants, de la « dépopulation des [impagnes? ».
Elle porte non sur les propriétaires faisant vMoir, les irmiers ou les métayers, mais sur les manouvriers, les ilariés, le prolétariat agricole en un mot. Il est facile lî nous en rendre compte dans les provinces comme la Iche Normandie. Il est des communes, exclusivement jricoles qui ont depuis un siècle perdu la moitié de leurs Ubitants, les salariés jadis occupés par la culture des
122 LA CITÉ FUTURE. — CHAP. II. LA COxN'SOMMATION
céréales, n'ont plus trouvé l'emploi de leurs bras lorsque cette culture fut remplacée en partie par l'élevage et que les machines offrirent au capitaliste leurs muscles d'acier et leur obéissance passive. Ils sont allés s'employer dans les usines qui leur donnaient d'ailleurs de plus forts salaires; les maisons qu'ils habitaient tombent en ruines, ruines qui étonnent dans des pays riches ; souvent le propriétaire les a rasées lui-même pour étendre le pâturage. Bien des hameaux ont disparu qui figuraient sur les premières éditions de la carte de l'Etat- Major et la différence entre l'ancien et le nouvel état du pays, ressort du nombre et de l'importance des églises qui ne desservent plus que de rares maisons et quelques fermes. J'ai entendu des prêtres se plaindre de n'avoir plus de paroissiens.
Le départ des prolétaires ruraux a en effet entraîné une diminution correspondante du petit commerce.
Ce mouvement, le Collectivisme le mènera à son terme. Il supprimera, nous l'avons vu, les manouvriers comme les dclDitants et les petits artisans. Les domaines collectivistes à la différence des exploitations trop restreintes d'aujourd'hui se sufliront pour les menus travaux d'entretien et de réparation et ils engageront dans leur per-| sonnel, le charron, le bourrelier, le maréchal ferrant et les quelques ouvriers du bi\timent qui leur seront nécessaires d'une façon constante.
Quant aux grands travaux d'architecture ou de génie civil, ils seront exécutés par une puissante organisation étatique, qui ne st^ra pas plus représentée au village que ne le sont aujourd hui les entrepreneurs de chemin? de fer. Comme ces derniers elle installera, où besoin se; des chanfiers qui seront licenciés quand leur tâche s< finie.
Il n'y aura plus à la campagne ni petit commerce, n petite industrie, mais il n'y aura pas davantage de pro priétaires et de fermiers. Ces derniers seront remplar par les travailleurs associés pour l'exploitation des gran domaines, et les coopérateurs au lieu de rester aggloni
rés lopograph-iquement autour d'un clocher ou d'une mairie se grouperont économiquement au centre de leur fief et près des bâtiments d'exploitation K A voir combien les maisojis de paysans sont pour la plupart laides, malsaines et peu solides, on peut juger qu'ils n'éprouveront aucun regret à les quitter pour des constructions qui leur donneront le confortable des villes.
L'aspect des campagnes sera donc probablement bien différent de ce qu'il est, et comme les œuvres les plus parfaites du capitalisme nous donnent un avant-goût du Collectivisme, transportons-nous là où il a pu se développer librement. A la différence de l'Algérie oii l'action de l'Etat a coûteusement et quelquefois stupidement créé des villages « administratifs » caricatures avec leur mairie, leur église, et leur casse-croûte » (c'est le nom du débitant d'absinthe) des villages de France, les Potin et les Leroy-Beaulieu, ont en Tunisie créé de grands domaines de milliers d'hectares fort prospères, administrés par un personnel très restreint. Aussi les critiques s'élèvent déjà ardentes de la part des économistes défenseurs de a petite propriété. Ils se plaignent que ces grands donaines empêchent les Européens de s'établir en Tunisie, Is en demandent le morcellement pour en répartir les lébris, entre des paysans français (déportés, je le suppose) . ^otinvilie nous donne une idée du domaine de l'Etat Golectiviste.
En somme les villages disparaîtront peu à peu et cornlien devraient être supprimés du jour où la propriété •rivée cessera d'être un obstacle à tous les progrès ! roira-t-on, alors, qu'il a existé dans la France du xx* iècle une commun(^de 20 habitants et six électeurs qui our former le conseil municipal s'élisaient et s'adjoinaient quatre camarades du village voisin. Les démogra-
1. Il pourra en être autrement des régions consacrées à la lilture vivrière. Les habitants vivront peut-être dispersés, par htits groupes ou même par familles au milieu des vergers ou jrdins qu'ils exploiteront. Pour les forêts on ne conçoit que
s maisons forestières isolées.
12'i: LA CITÉ FUTURE. — CIIAP. II. LA CONSOiMMATION
phes sont stupéfaits du nombre des communes comptant moins de mille habitants, alors que ce chilfre paraît à peine suffisant pour permettre l'organisation des- services publics nécessaires.
Il est telle commune de Bretagne comme Ploumanac'h qui manque d'eau potable : elle sera vite évacuée et on rendra aux pétrels et aux goélands ces îles maudites d'Ouessant ou de Sein, où ne peuvent vivre, dans les brumes ou les tourmentes de l'hiver, que des pêcheurs abrutis par l'alcool et la religion.
Touristes et bergers gagneront en juin la vallée supérieure de l'Arve et les sites splendides de l'Oisans, mais pour redescendre aux premières neiges, ne laissant derrière eux que quelques cantonniers ou gardes d'observatoires recrutés parmi les misanthropes. On ^ne comprendra pas que Chamounix ait eu des habitants toute l'année et que des hommes puissent passer l'hiver à la Bérarde, ce hameau de quatre ou cinq maisons blotti derrière la Meije et qui pendant quatre mois est coupé de toutes communications avec la plaine, au point que les morts doivent attendre dans la chapelle, conservés par le froid, que le printemps ait rendu accessible le sentier par lequel ils seront portés à bras d'homme au cimetière distant d'une dizaine de kilomètres.
Ces terribles inégalités dans les conditions de vie ne seront plus tolérées par des hommes enfin émancipés.
Si le village agricole doit subir une transformation profonde, qu'adviendra-t-il de ces bourgs ou petites villes dont l'unicjue raison d'être est qu'ils constituent un marché pour l'écoulement des denrées agricoles de la région et son approvisionnement en produits de l'iiidustrie. Là habitent ou se rendent périodiquement les commerçants en gros ou demi-gros,. de céréales, bestiaux, engrais, vins, etc., que ne connaîtra plus l'Etat Socialiste. Je ne veux pas dire que ces bourgs doivent disparaître. Leur population pourra diminuer considérablement, mais ils conserveront une utilité économique analogue à celle qu'ils ont aujour- 'd'hui, peut être même plus grande encore
Là seront installés les magasins du « Commerce de Détail » qui approvisionneront les Economats ou vendront aux consommateurs ce qui ne pourra être envoyé dans ces Economats, et les entrepôts de gros qui répartiront entre les organes producteurs les matières premières et en recevront et conserveront les produits fabriqués. Là encore sont les services publics, qui ne peuvent trouver place dans les peuplements trop petits, (usines ou domaines), les hôpitaux par exemple et les écoles supérieures ou professionnelles.
Là enfin s'élèvera la Maison du Peuple où se réuniront les conseils et comités représentatifs ou économiques, oii se donneront les fêtes régionales, oii les tournées de comédiens apporteront les plus récents succès des théâtres irbains.
Je n'entends pas dire que les préfectures, sous-préfecures ou chefs-lieux de cantons actuels soient, de par leur ocation historique ou les traditions administratives, ap- )elés à tenir cette place importante dans la vie de notre )ays. Il en est certes qui sont impropres à cela et peuttre devra-t-on, à défaut d'une adaptation convenable de e qui qui existe, créer de toutes pièces ce centre écoomique et social ; ne voit-on pas dès maintenant étalir suivant les nécessités et sans observer les frontièss administratives, des services publics qui ne peuvent trouver place, je fais allusion aux hôpitaux intercomlunaux.
Que deviendront, en régime collectiviste, les grandes vil- !S dont il est inutile de rappeler le développement sous influence du capitalisme, développement d'autant plus îcentué et d'autant plus rapide, que le capitalisme a luiéme pris un essor plus hardi : l'exemple de l'Anglerre et de l'Amérique le prouve.
Si les villes déjà grandes au début de l'ère économique î sont considérablement accrues, si des ruches humaines mrdonnent là où végétaient jadis quelques paysans, la [»use en est d'une part à la grande industrie et d'autre irt à l'attraction que les villes « tentaculaires » exercent
sur tous les hommes riches ou pauvres, travailleurs ou oisifs. Les uns viennent y dépenser les revenus que leur procure la plus-vaine et la rente, les autres y chercher un emploi de Jew activité intellectuelle ou de leurs bras; sans compter les déchets sociaux, vicieux ou criminels qui se cachent au fond de ces goulfres.
Eh bien, la Révolution Sociale, dira-t-on, détruira cette double attraction en contraignant tous les hommes au tra» vail et en leur donnant à.lous du travail. Paris ne verra plus de millionnaires traînant leur stupide existence, ni de miséreux, chasseurs de la pièce de cent sous. Nul n'y viendra sans y avoir une fonction administrative ou économique bien déterminée. Les deux millions d'habitants que l'on y compte ne seront-ils pas fortement diminués par cette réduction en haut et en bas? Cela n'est pas sûr. D'abord le Collectivisme emploiera tous les bras qui s'offriront à lui et pourra remplacer, par autant de travailleurs honorables, les malheureux qui pourrissent dans le bas fonds dos grandes villes.
Quant aux riches ils auront leur équivalent dans les « retraités » et les travailleurs en vacances. Tandis que les citadins iront, tels les snobs d'aujourd'hui, se reposer aux villes d'eaux, aux Kurhaus ou aux bains de mer, les cultivateurs viendront, aux mois oii la terre dort, jouir des splendeurs de la seasoti parisienne, s'ils ne préfèrent respirer les mimosas de Nice.
J'ose dire que les villes de « plaisir » ne perdront rien de leur gaîté à recevoir des citoyens laborieux jouissant d'un repos bien gagné, au lieu de blasés semant l'ennui autour d'eux.
Paris restera donc, l'auberge, le casino du monde, comme aussi le foyer des sciences, des lettres et des arts qu'il est déjà, à ceci près cependant que son importance relative diminuera, je l'espère, par laconstitution décapitâtes de province où le mouvement décentralisateur, à peine ébauché maintenant, favorisé en Collectivisme à la fois par le régime politique et la constitution économique, ainsi que je le montierai, éveillera une vie locale intense,
oECT. III. LA VIE A LV VILLE OU A LA CAMPAGNE 127
rappelant celle des cités italiennes ou flamandes. Paris conservera néanmoins toujours la prééminence, à raison surtout de ce qu'il restera le siège des pouvoirs publics et des grandes administrations.
Il est hors de doute que les services publics prendront dans la Cité Future une extension que nous pouvons à peine soupçonner.
Que deviendront l'hj^giène et l'instruction pa.v exemple? A ces fonctionnaires proprement dits s'ajouteront les employés des grandes administrations économiques. Le nombre des Ministères doublera et malgré la décentralisation et la déconcentration qui les déchargeront le plus possible, ils exigeront, à côté d'un personnel stable déjà considérable, une .armée d'auxiliaires à certaines époques de surtravail, au moment par exemple de l'établissement du budget. De môme les rouages économiques ou politiques s'actionnant dans chaque chef-lieu de province lui donneront l'apparence d'une capitale d'Etat autonome.
Mais si nombreux que deviennent les scribes sur toute la surface du territoire, leur augmentation ne sera pas telle qu'elle puisse compenser la disparition d'une classe entière, celle des petits commerçants. Ils forment, actuellement, une importante part de la population urbaine et 3eux qui ne trouveront pas place dans les magasins ou Economats dont le personnel sera, par rapport à leur nombre, très réduit seront jetés vers l'industrie; aujourd'hui parasites de la production, ils viendront demain partager, m l'allégeant, le travail des ouvriers.
De sorte que toute balance faite de ces diverses fluctua- :1bns, il semble que les grandes cités historiques ne dol- 7ent pas perdre de leur importance. Elles augmenteront nême plutôt dans la mesure oii elles constituent des cen- .res industriels^, auxquels j'arrive.
La population industrielle croîtra de tout ce que perdra a campagne et ainsi que je viens de le dire d'une partie les petits commerçants; car d'une part il faudra satisfaire lux demandes d'une consommation grandissante, l'égaité économique mettant tous les produits à la portée de
gens qui auparavant n'en connaissaient que le nom; et d'autre part pour employer tous les bras valides on r^ duira progressivement la durée du travail.
Cette population industrielle vivra-t-elle à la ville ou à la campagne ? Cherchons la réponse à cette question dans l'observation de notre société capitaliste. Or depuis que le machinisme a si profondément modilié les conditions de la production, nous constatons deux mouvements en sens inverse, le premier concentrant l'indiistrie dans des villes, le second tendant à la'disperser de nouveau à la campagne.
On a vu, d'abord, les industries qui au temps de l'atelier familial ou de la manufacture étaient répandues dans les villages s'agglomérer rapidement, soit dans les cités historiques où les vieux et calmes quartiers d'églises et d'hôtels se doublèrent de faubourgs neufs, mais hideux et bruyants, soit dans des peuplements de création toute nouvelle.
Dans la Grande Bretagne, par exemple, deux ou trois cent mille fourmis humaines peinent là où cent ans plus tôt s'étendaient des landes désertes et stériles. Est-il besoin de rappeler les causes de cette concentration? C'est d'abord l'avantage évident qui résulte du groupement des diverses industries qu'unit un lien d'interdépendance. Il faut rapprocher pour éviter les frais de transport et les pertes de temps, les fabriques qui travaillent successivement la même matière première.
Ensuite et surtout, ce qui a constitué les centres industriels les plus importants, c'est la nécessité d'obtenir la force motrice à bas prix : les houillères ont attiré dans leur voisinage les usines de toute sorte.
Mais ainsi que je l'ai dit à ce mouvement de concentration tend à succéder un autre en sens inverse. « La houille blanche » vient concurrencer le pain noir des chaudières; des fdatures, des tissages, des usines de produits chimiques, remontent les vallées jusqu'aux gorges abruptes où sont captés les torrents.
Des hommes ont pu vivre assez vieux pour voir à la fin
de leur Vie les fabriques revenir dans les localités désertées jadis pour les bassins houiUers. L'eau qui mouvait les martinets primitifs des forges, savamment utilisée par des turbines perfectionnées, produit l'énergie qui traite électriquement les métaux. qui uaiie
Le retour de l'industrie à la campagne est encore dé-
tlZZ f- •?- "!''"''' édilitaires éloignant, avec hélas trop de timidité les causes d'insalubrité des villes; par 1 impossibilité d y trouver les terrains nécessaires que rend trop coûteux la rente toujours croissante du sol I enfin par 1 espoir, réalisé pour un temps, de trouver une imam d œuvre moins onéreuse, dans les populations rurales qu, vivent à meilleur marché et qui habituées à des salaires agricoles faibles, élèveront des « prétentions moins scandaleuses ., que les citadins dont le standard of li/e s'eleve sans cesse. '
De ces quatre causes les deux dernières cesseront d'açir en terre collectiviste par le seul effet de la socialisatron
lleirj .f ,P'-.°^"'="°"- L'Etat pourra installer les usines là ou i le jugera convenable, sans avoir à tenir compte m de la rente ni de l'inégalité des salaires II me arait aussi que la question de la force motrice ne se poera plus bientôt avec l'acuité qu'elle a encore. La ?orce no nce produite de bien des façons que nous prévoyons le à (utilisation des vents, des marées, du rayonnemen ;olaire ou des courants magnétiques terrestres) et d'autres lue nous ne soupçonnons pas, sera commodément emmajasinee et partout transmise sans déperdition ; la Suisse i le Dauphiné perdront leur monopole comme es « Indes Joires » ou le bassin de Pensylvanie '.
>ut transpon de S' yÂ>Tr '''"i f'"**"-^ ^^ suppression de
^ .ouïe .'ua„uirr-.Lt;^;':'- rLx.r'ni:s~.*:
On verra aussi se vérifier cette grande loi que Ton peiit ainsi formuler. Les progrès de la technique tendent à affranchir de plus en })lus l'homme de la tyrannie des conditions telluriques, géographiques, qui dans les civilisations primitives le domine complètement. Dire que les milieux perdront de leur influence, c'est proclamer que l'importance croîtra des conditions économiques, des rapports des hommes entre eux pour la production.
Celui d'entre les facteurs que nous avons énumérés, qui remplacera ou dominera tous les autres c'est le premier : l'avantage résultant du fait de groupement quant à l'économie du temps et des frais de transport. Cet avantage, l'Etat Collectiviste le recherchera quand il réglera souverainement la production, sauf à faire leur place à d'autres considérations de traditions, etc.
Diminuer le nombre des usines pour réduire les frais généraux, les placer, suivant les cas, près des consommateurs ou à proximité des lieux de production ou d'arrivée de la matière première. Etablir une étroite corrélation entre leur répartition géographique et le réseau des moyens de transport, grouper les industries coopérant au même ordre de production de façon à éviter des va-et-vient inutiles. Diminuer enfin le plus possible les centres industriels pour faciliter à l'administration générale la direction supérieure et le contrôle. Voilà les grands traits de la politique économique qui s'imposera aux fils de Marx.
tent de croire que l'on pourra un jour recueillir de l'énerj^ie dans tous les éléments qui nous entourent. » V. aussi p. 37 et 40. « L'effort brutal supprimé, le travail réparti et diffusé partout... L'activité dispersée et multipliée dans toutes les régions se répartira pour ainsi dire uniformément... Le régime attendu sera donc l'outil pour rien ou pour presque rien, et la force motrice! partout. » ^l. Van Drunen lire de ces pronostics scientifiq;' des conclusions en faveur du triomphe du libéralisme. « D' chacun appelé au travail individuel et à la propriété sous l'i ou l'autre forme... La propriété individuelle, l'initiative privw. et le respect des contrats s'affirmeront les éléments fondamen-. taux du progrès social. »
V. dans le môme sens un article de M. Iloullevigue sur le rôle des machines. Revue de Paris, 15 oct. 1900, p. 890.
3ECT. lil. LA VIE A LA VILLE OU A LA CAMPAGNE 131
Elle tendra, en ce qui concerne les centres industriels, i diminuer leur nombre, à en augmenter l'importance. Reste à tenir compte de la question de salubrité. Elle perdra, je l'espère, beaucoup de son intérêt )ar les progrès de la technique. Nous verrons tomber, lomme les vieux donjons du treizième siècle, les giganesques cheminées qui déversent sur nous les flots de ;uie et de gaz méphitiques; les bruits qui nous assourlissent s'atténueront; la fée électricité a pour devise : )ropreté, salubrité, silence. Bien des travaux nauséabonds leviendront tolérables; ne se heurtant pas à l'intérêt conraire des patrons, les ouvriers adopteront sans retard ous les progrès devant diminuer l'insalubrité de leur ravail.
Ne pourra-t-on faire davantage et abandonner les travaux les plus répugnants lorsqu'il faudra perdre l'espoir le les rendre supportables? Sans floute nous ne pourrons 'énoncer au sucre, même si les sucreries et raffineries resent les enfers qu'elles sont maintenant, mais la commulauté collectiviste sera assez riche pour sacrifier bien des mmondes déchets dont la rapacité capitaliste tire de l'or, n abusant de la misère qui force tant de nos frères à acepter, pour un morceau de pain, les tâches dont la desription seule nous soulève le cœur. Les parfumeurs lemanderont leur matière première aux oliviers de la frovence ou aux arachides da Sénégal, et non à la graisse es chiens crevés retirés de la Seine. Les enfants ne langeront plus de paind'épice orné de morceaux d'orange cumés sur l'égout collecteur. On demandera à l'Austrae un supplément de quelques milliers de balles de laine, Dur éviter la manipulation si malsaine des immondes ques dont on fabrique le drap « renaissance. » N'ayant plus à tenir compte des intérêts peu respectaes des capitalistes et des intérêts qui le sont davantage 38 ouvriers qu'ils « font vivre », l'^édilité des villes douera aux habitants la satisfaction de voir les usines disiraître du milieu des habitations, et en sens inverse, elle era les habitations d'entre les usines. Le travailleur
imposera la séparation complète entre le lieu où il travaille et celui qù il repose. En parcourant les localités voisines de Paris où s'accumulent les industries que la grande ville rejette peu à peu hors de son sein, Saint- Denis, Saint-Ouen, Ivry, j'ai été pris d'une profonde tristesse à la pensée que les ouvriers, après avoir passé leur journée dans ces enfers, ne peuvent s'éloigner assez pour n'en plus soufl'rir quand ils redeviennent, pour quelques instants, des hommes. Quoi ! vous avez pendant dix ou onze heures respiré par vos poumons desséchés, par tous les pores de votre peau décolorée, l'acre et corrosive odeur de telle abominable mixture et rentrant chez vous elle viendra par la fenêtre ouverte souiller votre pain, vous ôter l'appétit. La suie qui a couvert d'un masque votre front suant noircira, à peine endossée, votre chemise des dimanches et comme dans l'admirable pièce de Mirbeau, vos râles d'agonie seront accompagnés du halètement de la soufflante !
Vous connaissez la belle chanson de Dupont, sur les ouvriers.
< Nous nous plairions au grand soleil Et sous les rameaux verts des chênes »
Ce rêve sera une réalité, l'entourons ces faubourgs ou quartiers industriels dont je viens de parler, d'une épaisse barrière de verdure, d'un parc isolateur que franchira l'ouvrier pour aller à son travail ou en revenir. Comme le fait dès aujourd'hui son maître, il ira par les voies rapides de transport que le capitalisme lui établit, à son gré citadin ou suburbain, se reposer sur les hauteurs de Montmorency, ou aux environs du parc Monceau. En admirant les châteaux des forêts do Chantilly, de Ilallatte ou de Compiègne, je me suis dit qu'ils feraient le bonheur des puddleurs et des verriers de Creil ou de Montataire. Je les ai vus par la pensée se livrer, hommes mûrs, aux douceurs du whist dans Ses salons historiques ou amoureux errer sous les ombrages accaparés aujourd'hui par le noblaillon X. ou le juif Y.
Le compagnon Edwards doit se réjouir, comme moi, à l'idée que son château des bords de la Seine sera ouvert aux faïenciers de Choisy-le-Roi, aux meuniers de Corbeil.
Par ces exemples, je prétends montrer que la vie des prolétaires se rapprochera de celle des riches bourgeois d'aujourd'hui. Comme ceux-ci ils pourront à leur gré habiter, soit au centre des grandes cités, soit dans les banlieues qui reçoivent une partie, de jour en jour plus considérable, de la population urbaine; ils jouiront à cet effet, gratuitement des moyens de transport rapides et commodes, et la courte journée de travail leur donnera le temps nécessaire pour les déplacements quotidiens.
Nous voici donc arrivés à l'étude du groupement inférieur qui constituera, peut-on dire, l'unité économique au point de vue de la consommation.
§ 2. — Généralités sur l' habitation, l'Habitat, Corons et Quartiers. — Comment les citoyens seront-ils logés en régime collectiviste. A cette question Guesde a répondu ainsi : « Ce service pourra revêtir deux formes, soit que rangés parmi les objets de consommation, les logements soient mis par la société à la disposition des consommateurs au prix de revient (entretien et reconstruction), soit que, considérés comme moyen de production, comme annexes des ateliers, ils soient répartis entre les travailleurs, d'après leur travail particulier et ses exigences de temps et de lieu, comme le sont aujourd'hui les ministères, les préfectures entre les travailleurs « ministériels ? » préfectoraux et sous préfectoraux K
Ce second système se ramène à ceci : chaque fonction publique ou économique comporterait un logement spécialement affecté à son titulaire qui le conserverait aussi longtemps que la fonction même et le quitterait en cas de promotion ou de permutation. Il ne me satisfait guère. Sans doute, certains emplois nécessitent un logement spécial, à raison des conditions du travail, ou l'éloignement de tout centre de population, ceux de gardiens de
1. Le Collectivisme au Collège de France, éd. Bellais, 1900, p. 21.
monuments ou usines, de guetteurs de sémaphores, ou de phares, de garde-barrières, de mécaniciens, de telle usine hydraulique produisant la force motrice à plusieurs kilomètres de la ville qui l'utilise; mais en principe, je n'admets pas la généralisation du régime du fonctionnaire logé, à raison, d'une part, des abus auxquels il conduirait fatalement, ensuite de l'entrave à la liberté individuelle, qui en résulte. Quant aux abus, on le constate dès maintenant, les fonctionnaires accaparent pour leur logement bien plus de place qu'il ne leur en faut et le proportionnent non à leurs besoins mais à leur grade, les malheureux subalternes entassent de nombreux enfants dans des loges étroites, de petites soupentes, M. le directeur s'ennuie, célibataire, dans un immense appartement qu'il n'aurait certes pas loué.
Or cette proportionnalité stricte entre le droit des communiers et leurs besoins, principe fondamental du régime collectiviste, est impossible à réaliser si chaque maison ou partie de maison reçoit une atfectation (ixe comme les cabines de l'Etat-Major d'un paquebot où sur les portes on lit : premier mécanicien, second commissaire. Tous les officiers d'un navire en effet sont à bord, célibataires; à l'usine, au contraire pourra-t-on prévoir à l'avance que celui-ci arrivera seul et celui-là entouré de parents, frères, enfants; à chaque nomination va-t-on opérer une répartition nouvel'^ des logements rattachés à la fabrique?
En second lieu, les chambres, comme disent les marins, ne sont pas égales, tandis que le commandant se prélasse dans son salon, ses subordonnés voient diminuer leur conforlable avec le nombre de leurs galons et on sait dans quelles horribles sentines on relègue matelots et chauffeurs. Attribuez un logement à chacune des fonctions, naturellement hiérarchisées, vous ne pourrez éviter que la hiérarchie s'étende à ces logements eux-mêmes, que le directeur abuse de son autorité morale pour s'attribuer plus d'espace et de confortable.
On a. en outre, déjà relevé, de nos jours et tout récemment, les conséquences graves du logement dans des
palais, du Président de la République et des Ministres; il développe en eux des habitudes monarchiques et aristocratiques, en absolue contradiction avec les mœurs qui devraient régner dans une démocratie ; on a dit que les chefs de la République devraient au lieu de singer les Decazes ou les Morny rentrer le soir dans les modestes appartements qui correspondent à leur fortune personnelle.
Les hommes que la Société Collectiviste tirera de son sein, pour en faire ses serviteurs et non ses maîtres s'installeront-ils dans le palais de Marie de Médicis ou de madame de Pompadour, et verra-t-on leurs femmes se carrer dans les carrosses du roi en répétant le fameux : « c'est nous qui sont les princesses? »
Quiconque se rappelle l'influence des mœurs sur les lois tiendra soigneusement compte de ces considérations. Le système que je critique me paraît d'autre part attentatoire inutilement à la liberté. Gomment, voici une population d'un million de travailleurs industriels, vous prétendez qu'elle demeure jusque pendant son repos dans les cadres (le mot étant pris dans le sens [de l'armée), établis pour le travail, que les ouvriers de telle usine restent groupés sans pouvoir se mêler à leurs camarades des autres ateliers; que les quartiers urbains soient des quartiers militaires ! On ne lirait plus sur les murs : i03^ régiment, 4° bataillon, 1" compagnie; mais métallurgie, fonderie, puddleurs^ C'est en éveillant dans les esprits une si singulière conception du Collectivisme que de maladroits propagandistes l'ont fait prendre en horreur. Ce sera la caserne, ce sera le bagne, entendonsnous dire de tous côtés.
Aujourd'hui les professeurs d'un lycée peuvent, leur cours fini, s'en éloigner et se disperser aux quatre coins de la ville.
De même le fonctionnaire mécanicien quittera le soir ses collègues qu'il a, permettez-moi l'expression, assez
1. Je ne reviens pas sur la nécessité que j'ai montrée au § précédent de séparer les centres industriels des lieux d'iiabi- ' tation.
VUS et ira vivre avec tel mathématicien ou peintre de ses amis, ou cacher dans un nid de verdure ses amours ou sa misanthropie.
Il n'est pas douteux que les Français manifestent pour tout ce qui touche à la vie privée un sentiment d'individualisme dont il faut tenir le plus grand compte. Si nous ne voulons les exaspérer contre le régime économique le plus parfait, laissons-les s'isoler ou s'assembler à leur gré. Nous devons donc nous élever à plus forte raison contre toute conception assez étroite pour lier l'idée de communisme à celle de la vie en commun dans une grande maison. Quelque admiration que nous éprouvions pour les communautés matriarcales des Malais ou des Iroquois, nous ne pouvons vivre comme ces peuplades.
Mais entre ce communisme grossier et l'individualisme anarchique actuel n'existe-t-il pas un moyen terme? Nous pouvons, je le pense, concilier le maximum de communisme compatible avec notre mentalité et le maximum de liberté individuelle que l'on puisse désirer, et mettre chaque citoyen dans une situation telle qu'il puisse à son gré, ou se replier dans un isolement farouche, ou goûter tous les charmes de la vie sociale la plus raflinée.
C'est dans cet esprit que j'ai conçu le cadre de la vie privée, et de la consommation individuelle, auquel je donnerai le nom générique de V Habitat et que je définis: un groupe d'habitations auquel un ensemble de services administratifs et économiques au moins rudimentaire, constitue une individualité propre quant à la consommation*. Cet Habitat peut être isolé ou former une partie d'une agglomération urbaine plus ou moins importante. Nous lui donnerons dans ce second cas le nom de Quartier. .le propose pour le premier le terme Coron appliqué dans le nord aux villages des mineurs. Le Coron servira à loger le personnel d'un domaine agricole ou d'une usine en pleine campagne, là où tout est à créer ; il ressera-
1. Je dois ajouter et au point de vue politique. Voir section III, S 3. Services généraux de l'Habilat, X. p. 156.
blera, en mieux, à ces cités ouvrières construites par les grandes sociétés capitalistes et dont les plans, vues et modèles s'étalant dans les expositions, suscitent chez les visiteurs naïfs un sentiment d'admiration pour la géné-^ rosité du patron. Des maisons simples, mais élégantes plus ou moins grandes, suivant l'importance des familles,' entourées chacune d'un jardinet et s'alignant le long d'allées plantées d'arbres, une place égayée par des parterres et dont les côtés seront constitués par les bâtiments des services généraux (la maison commune avec les bureaux, salles de commissions, salles de fêtes, l'école le dispensaire, l'Economat, l'hôtel-restaurant), qu'on pourrait réunir aux habitations par des galeries, un parc où les enfants joueront, où les vieux se promèneront. Voilà l'image qu'éveille en notre esprit ce mot de Coron, et vous pourrez la préciser dans le détail en feuilletant les albums d'architecture sociale parus dans les divers pays; les architectes et les ingénieurs sont dès maintenant capables d'olfrir à la vie collectiviste un cadre aussi bien approprié et aussi beau que celui où se mouvaient les compagnons d'Artevelde ou le popolo florentin.
Ces Corons ainsi établis de toutes pièces surpasseront les villages actuels, non seulement par la beauté des architectures et la commodité des logements, mais encore par la perfection de leur hygiène.
C'est un lieu commun dédire que la vie rurale est plus salubre que la vie urbaine. Il n'est pourtant pas aussi vrai qu'il le semble. « Ce serait, dit M. Strauss i, une erreur de croire, ainsi que M. Waldeck-Rousseau l'a démontré lumineusement au Sénat, que les épidémies rurales soient les moins nombreuses et les plus inolïensives ; les 200 épidémies constatées du d4 juin 1898 au 19 novembre. 1900 se répartissent ainsi : 69 ont éclaté dans des communes dont la population est supérieure à 2000 habitants et 135 dans des communes dont la population est inférieure à ce chiffre. M. Brouardel a de son côté déclaré avec
1. La défense sanitaire. Grande Revue, !«' oct. 1901, p. 159.
l'autorité de sa parole que pour l'ensemble des 28 millions d'habitants des villes au-dessous de 2000 âmes le chilFre de la mortalité dépasse celui de beaucoup de grandes villes. » Gela se comprend. Partout où des hommes vivent ils produisent des. causes d'infection de nature à compromettre la santé et la vie de leurs semblables. Comme les habitants sont, au villac^e, en nombre plus restreint qu'à la ville, ils sèment autour d'eux moins de germes pathogènes. Mais, en revanche, ils savent ou peuvent moins se protéger contre eux. On connaît l'insalubrité de la plupart des maisons paysannes tenant à la défectuosité ou à l'emploi peu judicieux des matériaux, à l'absence de caves jointe au drainageimparfait du sous-sol, à l'insuffisance des ouvertures, au parti pris enfin avec lequel les habitants se barricadent contre l'air et le soleil. Fumiers, I purin, fosses d'aisance, lavoirs polluent la boisson des hommes et des bôtcs. M. Duclaux cite dans son a Hygiène Sociale )) l'exemple d'un village de Suisse, je crois, décimé parla fièvre typhoïde dont le bacille avait été transporté par des eaux, à travers une montagne, à plusieurs lieues de distance. Des villes d'une certaine importance peuvent seules faire, si elles s'y résignent, les dépenses considérables que nécessite l'adduction des eaux potables, l'évacuation des eaux usées et des autres déchets de la vie.
Que de millions nos fils dtwront dépenser pour donner aux campagnards « la salubrité des villes, » comme aux citadins celle de la campagne. y
Encore sera-t-il relativement facile de créer de toutes pièces des Habitats conformes aux données de la science, à condition de les constituer assez importants pour que les frais généraux ne soient pas excessifs par rapport à la population.
Mais que de difficultés on rencontrera pour adapter les œuvres du passé aux besoins nouveaux. Il faudra cependant utiliser bien des villages, ceux surtout qui constituant la banlieue des villes viennent s'y annexer peu à peu; on créera ou perfcctioncra le service des eaux et des égouts, on démolira les écuries, granges, ateliers, les maisons mal-
laines, on transformera celles qui seront encore dignes des louveaux hôtes ; les constructions les plus importantes et es plus belles seront consacrées aux services généraux, e renversement des murs réunira en un parc accessible à ous, les jardins plus ou moins grands où les bourgeois 'enfermaient, égoïstes.
Ceci m'amène à une observation que j'ai faite souvent n me promenant dans la banlieue parisienne. Le Collectiisme saura mieux que le capitalisme utiliser les châteaux [ue nous ont légués les anciens âges. Ils sont trop vastes )our les familles restreintes et divisées de la bourgeoisie, rop coûteux d'entretien même pour les grosses fortunes, ollicitéès par d'autres formes de luxe. Leurs possesseurs entent vainement de s'en défaire et ne trouvent d'acquéeurs qu'à des prix très réduits et pour ainsi dire dérioires.
C'est une des raisons pour lesquelles ils arrivent si failement en la possession de communautés religieuses .titre gratuit ou par acquisitions très avantageuses. Il y , dans cette extension de la main morte un commenceacnt de socialisation que ne remarquent pas assez les ocialistes mais qui inquiète quelques économistes 11téraux, tels M. Yves Guyot. S'ils attaquent les congréations et affirment que leurs biens ne bénéficient pas de a sauvegarde constitutionnelle, de l'inviolabilité et du caactère sacré que la déclaration des Droits de l'Homme «connaît à la propriété, c'est que ces biens sont déjà ortis du dominium privatum', ils demandent qu'on les y isse rentrer en les restituant, ce sont les mots dé la loi écemment votée en France, aux ayants droit, aux parents es donateurs qui ne pouvaient compter sur une pareille ubaine, à n'importe qui plutôt qu'à l'Etat, Nous socialisîs, nous devons dire : ce serait un acte de réaction, de égression que de rendre à des particuliers des immeubles ui sont déjà de la propriété collective ; sMls sont employés ontre l'intérêt général à des œuvres d'oppression et de ■ aine, rendez-les à leur destination de fraternité et d'amour n destituant le gérant indigne et que l'Etat reprenne la
tutelle des orphelins, des vieillards et des malades, mais ne permettez pas à la bourgeoisie de recommencer à nouveau au détriment (( du patrimoine des pauvres », la fruc tueuse spéculation des « biens nationaux )). Mieux vaudrait, j'ose le dire, laisser les congrégations grossir en paix leur fortune. L'Etat la coniisquant plus tard aura appris des moines et des religieuses le moyen d'employer pour le peuple les domaines des courtisans et des traitants de jadis. Certaines fondations de l'assistance publique de Paris, les asiles de vieillards de Yillers-Gotterets et de Brevannes montrent combien il est facile, en complétant par quelques pavillons l'œuvre des grands architectes du xvi^ et xvii^ siècle de faire, avec le luxe de quelques riches, du bien-être pour des milliers de déshérités,
Lorsqu'on aura tranformé en écoles, hôpitaux, sanatoria, maisons de convalescence, autant de châteaux qu'il sera nécessaire il en restera encore beaucoup de disponibles. Ainsi que je le disais tout à l'heure, en parlant de Greil ou de Choisy-le-Roi, les travailleurs passeront les grilles qu'ils regardent aujourd'hui d'un air si respectueux et s'installeront en maîtres, tel un fils dans l'héritage paternel, au milieu des richesses produites par leur travail ou celui de leurs prédécesseurs. Les communs seront facilement aménagés pour recevoir à la place d'inutiles chevaux ou d'une valetaille parasite les services publics nécessaires aux Corons. On utilisera pour « le cercle », le restaurant, les salons du château ; comme les chambres pour loger quelques habitants, les célibataires. Pour les autres s'élèveront des hôtels-pensions, de coquettes maisons familiales placées les unes et les autres de façon à ne pas interrompre la beauté des perspectives, à respecter la splendeur des tapis verts, et la majesté des avenues séculaires.
Les prolétaires se garderont bien d'imiter, en leur stupide vandalisme, les petits bourgeois qui, par le lotissement, ont détruit tant de vieux parcs. En voyant les maisonnettes, aussi prétentieuses que laides, qui se mirent dans la légendaire boule de verre, entre quatre murs
aveuglants de blancheur j'ai pleuré les grands arbres abattus et me suis rappelé cette anecdote sur le sac de je ne sais plus quelle ville d'Orient. Les vainqueurs trouvèrent un tapis célèbre à la fois par ses proportions gigantesques, l'épaisseur de sa laine et la splendeur du coloris, ils en 3xigèrent le partage égal et chaque soldat rappporta fièrement à sa famille un lambeau de quelques pouces carrés.
Le Collectivisme ne détruira pas, parce qu'il ne partagera pas. Rien ne serait plus faux que de lui appliquer l'épithète dont on flétrissait les socialistes de 1848 : partageux; 3lle n'est bonne que pour les partisans de la doctrine mor- :elliste.
Si nous passons dans les villes, nous constaterons que ici encore la Révolution Sociale ne fera que continuer hardiment en la poussante ses dernières conséquences la politique édilitaire de l'Etat bourgeois ; n'ayant plus à payer comme lui, aux propriétaires ou commerçants, d'exorbitantes indemnités, on ne se contentera pas de percer des rues à travers les vieux quartiers, ou détruira méthodiquement toutes les maisons malsaines. Sur l'emplacement 3n réservera des squares, lorsqu'on ne pourra utiliser à cet effet les jardins des hôtels privés et les maisons nouvelles n'auront plus les six ou sept étages aujourd'hui tolérés, mais seulement deux ou trois. Il est évident en effet jue les règlements sur les hauteurs des constructions ne 5ont pas assez sévères, n'étant plus conformes aux règles jue les ingénieurs salubristes ont formulées d'après le 'ésultat des observations scientifiques. C'est ainsi qu'ils le tiennent pas compte de la différence si évidente cepenlant entre les rues méridiennes et les rues équatoriales [uant à la pénétration du soleil en hiver K II faudra donc
1. V. La Vie nationale, la Salubrité, par E. Trélat, in-16, 352 p. 'aris, Flammarion, 1879. M. Trélat donne les formules sui-
'antes : La largeur des voies doit être égale à une fois et demie
a hauteur delà crête des maisons en bordure (L = -H). Pour
a largeur des rues mériçliennes ( nord-sud ), la formule est
L=:-H). Pour les équatoriales L=:4II.
142 LA CITÉ FUTURE. — ClIAP. II. LA CONSOMMATION
écréter les maisons donnant sur les rues étroites en même temps qu'on les débarrassera des causes d'insalubrité, écuries, remises, ateliers. L'air et la lumière ne seront plus mesurés, en un mot, aux habitants.
Les services généraux seront installés dans des l)i\timcnts élevés ad hoc où s'accommoderont des locaux lesplus convenables. Les grands hôtels des millionnaires serviront de cercles aux habitants du quartier ou seront transformés, sans dommage au point du vue artistique, en pensions de familles comme je l'expliquerai plus tard.
En un mot, la Société Collectiviste s'installera de son mieux dans les parties des villes qui, transformées par l'hausmannisation, lui olïriront des immeubles solides, sains et même luxueux; les prolétaires sauront bien tirer parti des arrondissements riches de Paris, les Champs- Elysées, la IMaine Monceau. La folie qui pousse les spéculateurs à construire seulement des appartements pour locataires riches ou au moins aisés est telle, que si elle continue encore cinquante ou cent ans, ces appartement suffiront à abriter une notable partie du prolétariat actuel.
Sans nous attarder davantage à l'aménagement de r, qui existe déjà, demandons-nous ce que seront *les Ha bitats de grande ville entièrement neufs qui s'édifieroi, soit sur les champs, soit sur l'emplacement des slums 6 Londres ou de ces quartiers du centre de Paris dont à l'exception de quelques églises ou hôtels historiques K la
i. Les é^îlises conservées coinme iiionuincnts historiques s< ronl isolées au milieu des jardins et serviront de salles ù réuiHon. Quant aux hôtels et aux maisons méritant d'être conservés, ils seront de même isolés ou compris dans dos constructions nouvelles avec lesquelles on les raccordera du mien qu'il sera possi])le par exemple en leur construisant dos aildu même style ou une façade sur les côtés par où ils s'ados salent à des maisons voisines. S'il est impossible de les coi: server comme ils sont, on pourra les rebfltir entièrement en ])onii place ou tout au moins recueillir les détails d'ornementatio. intéressants en les employant dans des b:\liments nouveaux <[ui garderont ainsi le souvenir des choses disparues. On pourra même grouper dans des rues historiques un choix judicieux de façades conservées ou rapportées. Un respect non pas aveugla
pioche ne devra pas laisser debout une seule pierre. La maladie et la mort y suintent à travers les pores de ces moellons pourris depuis des siècles par le surpeuplement, la misère et le vice, au point que l'épidémie décime (le fait a été constaté à la place Maubert), les démolisseurs.
Ce qui caractérise les villes dans l'économie capitaliste, c'est le nombre des rues. Je veux dire qu'étant donné le régime de la propriété privée tous les propriétaires veulent avoir et obtiennent un accès direct sur la voie publique. Les hommes de lois connaissent bien les inconvénients graves résultant d'une enclave, les querelles et procès qui naissent d'une servitude, en sorte que les situations de fait de cette nature tendent à disparaître, lesquelles ont leur origine soit dans des partages soit même dans des mterdépendances juridiques remontant au delà de la Révolution, au régime seigneurial. Tandis que sous la féodalité la même motte de terre se trouvait grevée d'une multitude de droits réels se superposant, s'enchevêtrant de mille façons, le dominium ex jure quiritium rétabli par les légistes de Napoléon, est un droit absolu. Il s'exerce, exclusif de tout autre sur une regio délimitée; chaque fonds doit être, en principe, indépendant de tous les autres, aussi n'est-il pas bon qu'il soit servant, ni dominant. Il faut donc qu'il entre en contact direct avec le domaine public.
En Société Collectiviste domaine public et domame privé au contraire se confondront. L'*Etat qui les réunira ne se préoccupera plus de propriété ni de servitude ; tous les rapports entre les diverses parties du territoire auront le même caractère administratif, aussi comprend-on que tel quartier se rapprochera de ce qu'il était quand toutes les parcelles dans un certain rayon mouvaient d'un seul [ief, faisaient partie d'une même censive d'autant plus que le régime seigneurial engendrant des conséquences quant k la production et à la consommation, les divisions qui en
nais intelligent du passé peut se concilier avec la satisfaction lue aux Lesoins du présent.
résultaient sur le plan d'une ville, n'avaient pas seulement un caractère administratif mais encore dans une certaine mesure économique (banalités, corporations, etc.). Tel fief ou telle terre d'Eglise constituait jadis dans Paris un enclos dont le nom s'est parfois conservé (Enclos Saint- Laurent) et qui se composait de. bâtiments séparés par ,des cours et jardins et ne communiquant avec l'extérieur que par quelques passages. L'évolution ramènera peutêtre un semblable état de choses.
Les rues n'ayant plus cette utilité juridique que je viens d'indiquer pourront diminuer en nombre et se réduire aux voies de circulation générale, ces voies parcourues par les moyens de transport, métropolitain ou trams entoureront de grands quadrilatères d'une étendue d'une dizaine d'hectares (500 m. X 200 m.) que j'appellerai carrés, reprenant une vieille expression française (carré Marigny par ex. qui se retrouve dans certaines dénominations locales) et qui nous est revenue d'Angleterre sous la forme de square.
Ch;icun de ces carrés, qui rappelleront les béguinages flamands, constituera un grand parc accessible du dehors par des passages coupant les bâtiments en bordure de la voie publique. A ces bâtiments s'en ajouteront d'autres répandus dans l'intérieur et orientés de la façon la plus convenable à raison du climat, c'est à Paris la direction Nord- Sud. Ces constructions dont, pour éviter la monotonie la façade pourra être agréablement variée, artistement décorée, comprendront en principe, un rez-de-chaussée élevé de un mètre à deux mètres au-dessus du sol et deux ou trois étages avec, suivant l'orientation, une ou deux, rangées de logements d'importance diverse, et desservis par des escaliers et monte-charges répartis convenablement. Ces escaliers seront réunis, entre eux, aux portes de sorties et au centre du carré où se trouveront, en des constructions plus belles, les services généraux, par des portiques ou des galeries, suivant les cas extérieures ou intérieures, au niveau du sol, ou en souterrain, (comme celles de l'hôpital Boucicaut par ex.) qui permettront à
tous les habitants du quartier d'aller à l'abri des intempéries, au cercle, à la salle des réunions à l'Economat ou à l'Ecole; des wagonnets électriques roulant le long de ces galeries assureront le service de distribution à domicile. Le grand charme de ces quartiers sera dans leurs parcs. Les jardins que les municipalités modernes entretiennent déjà à grands frais seront ainsi étroitement réunis aux habitations ^ ; et on pourra s'y promener « comme chez soi », en tenue d'intérieur sans avoir besoin pour s'y rendre de traverser les rues encombrées parla circulation; cela est important pour les enfants, qui ne pourront sans raisons plausibles franchir les grilles ; n'ayant pas besoin de sortir pour aller h l'école ou a faire des commissions » ils ne prendront pas ces habitudes de vagabondage qui ont de si graves conséquences. Ils resteront pendant leurs jeux soumis à une incessante surveillance bien que jouissant de la liberté compatible avec leur âge. On éviterait ainsi le double écueil de l'éducation de nos enfants, trop tenus quand ils sont de famille aisée, trop abandonnés à euxmêmes par les parents ouvriers qui ne rentrent chez eux que longtemps après la fermeture de l'école.
Quel admirable cadre enfin ces ombrages et parterres offriront aux fêtes familiales de jour et de nuit!
Ce tableau n'est pas de pure imagination. Il m'est suggéré par deux paysages délicieux de Paris : le parc Monceau, où peuvent venir rêver au clair de lune dans un décor de Watteau, les heureux occupants des hôtels construits en bordure, et l'admirablB avenue de l'Observatoire, avec sa double rangée de marronniers touffus, et son beau parterre de gazon et de fleurs relevé de place en place par la blancheur des statues, le granit poli des colonnes et terminée par un des chefs-d'œuvre de la sculpture contemporaine, la fontaine de Garpeaux. Il est sur cette avenue des hôtels à un ou deux étages, qui dans leur simplicité
1. On pourrait même comme dans certains quartiers de Paris donner aux locataires du rez-de-chaussée la jouissance exclusive de quelques mètres de jardin,
146 Là cité future. — CHAP. II. LA CONSOMMATION
de bon goût me paraissent le type de l'habitation d'hommes jouissant d'une aisance sans faste et ainsi seront dans a Cité Future tous les prolétaires écrasés aujourd'hui par le poids du capitalisme.
Ici comme dans toutes les autres parties de ce livre, je suppose que le Collectivisme conduira à son terme l'évolution commencée par le capitalisme. D'une part les citadins vont chercher dans les banlieues de» maisons moins hautes, l'air, la lumière, le soleil, les jardins, délaissant les quartiers centraux, tristes et insalubres et, d'autre part, les pouvoirs publics s'elîorcent d'améliorer ceux-ci en perdant de larges voies, en créant, à grands frais dans le désert de pierre, des oasis, squares et parcs. Une fois levés les obstacles que cette politique édilitaire si bienfaisante rencontre dans le respect de la propriété, elle g'achèvera en quelques années. Bientôt on ne pourra plus, abstraction faite des quartiers exclusivement réservés aux bâtiments des services publics, relever de grandes dilférences entre le cœur des vieilles cités et les villages suburbains qui s'y sont annexés : la population sera aussi peu dense ici que là ; la chlorophylle des plantes exercera partout son action purificatrice de l'air et partout le blond archer Phébus percera de ses flèches d'or les monstres qui ont, si longtemps dévoré pauvres et riches, punissant ceux-ci de la misère qu'ils infligeaient à leurs frères opprimés. Pourra-t-on même parler de centre et de quartiers excentriques? Tout quartier sera un centre pour la vie économique et intellectuelle, chaque Habitat devant se suffire è lui-même ainsi que nous allons le voir.
^3. — Sei'vices généraux de V HabiLat. — Gomme on peut en juger par les développements qui précèdent la question : les citoyens de l'Etat Futur, habiteront-ils à la ville ou à la campagne? ne coiiiporte pas de réponse simple.
Non seulement les citadins voudront aller se reposer au bord de la mer, en montagne, en forêt, et les campagnards se promener dans les grandes villes, mais les uns et les autres prétendront, sans choisir, cumuler les avantages résumés dans ces deux termes: ville et campagne,
SECT. III. SERVICES GÉNÉRAUX DE L'iIABITAT 147
ZelrZS/r-'hr'''''' 'l'""^ P'-'^-t. vie sociale
Ce qui constitue, ai-je dit, l'unité de l'Habitat Coron ou Quartier ce sont ses services généraux organisés de façon à ce qu',1 se suffise à lui-même quant aux nécessités 00? rantes de la consommation. Par un de ces retour au'en' registre souvent l'histoire, l'évolution ramènera en rl"4e" col ect.v.ste quelque chose d'analogue à ces viST « 1 économie naturelle. „ On a remarqué que I s Ws capitalistes tendaient à reproduire en très ^ILTZl humbles boutiques où les paysans trou.wt tout ce dÔ^
?eTsoïr ' " -^^r^"'^^""-^ "'' commerce éntpous see à son terme par la socialisation de l'échano-e un ma
gasin unique remplacera, pour chaque groupement dïa-" bitations la multitude des débitants qui surcha"4nt de frais généraux si inutilement écrasant les prix des deï rees de première nécessité. ^
Il est facile de prévoir le bien-être qui résultera no.,r nos descendants de cette concentration. Fusionnons e^ «ne seule vingt épiceries, elle nous offrira en un Tat de parfaite fraîcheur assuré par un rapide renou"^l meJt ies stocks, une variété de marques que l'on neTeTT
t::ÎZL:iff '''''''' ^^'^^^ ^^'^ fournrr7aLrd ,166 articles les plus nécessaires et ne les écoulant ou'avec
n cë'aS"ifr"'"''°" "^ f°"^^ ^^'^"»« '^ - P^tH com? nerce qui, par une spécialisation des lâches poussée k
absurde et un nombre des fonds vraimenUnsensé fm^ roducte^ "r Su " "'P''''"' '«"« ^'' ^•«'■"aWes
ol":Snts âïïLi:*; Te^rsinetr'^' '-'
"u^t 'To '' ™"'='^^"^'-^^^ ^- drmédii ; TZ:
■^.buent, pour une part notable, à la démoralisation gé-
, nemplaçons-les par un petit nombre de personnes aseintes à une présence de courte durée mais bien rem - •e dune activité utile, et reprenant, ensuite comme
tous les citoyens une liberté dont ils ont l'emploi. Réagissant contre une division du travail excessive, on pourra, avec ce personnel restreint assurer la permanence nécessaire de services multiples et compliqués au premier abord.
Je tiens en effet à prévenir une erreur à laquelle pourrait conduire l'exposé que je vais faire du mécanisme desservices généraux du quartier.
Eh quoi, dira-t-on, en dotant un groupe de mille habitants de dix ou onze boutiques, offices ou bureaux ne retombez-vous pas dans les abus que vous venez de condamner pour le petit commerce. Nous voyons installés, derrière des grillages, s'interrompant de lire le journal, pour signer de mauvaise humeur, quelques pièces inutiles, des beaux gars fuyards du travail producteur, rappelant les embus(iués du militarisme aboli.
Je calmerai facilement ces justes appréhensions. 11 est d'abord dans ma pensée d'employer les hommes au travail industriel et agricole, et de réserver les fonctions proprement administratives, toute la paperasse et la comptabilité aux femmes qui seront ainsi utilisées près de leur petite famille à des emplois auxquels elles sont parfaitement propres. Aussi ne m'inquiéterai-je pas outre mesure du développement des fonctions administratives puisque pour les remplir, on disposera en outre des femmes sauvées des travaux, trop durs pour elles, de l'usine et de la glèbe, de toutes celles, fort nombreuses, qui ne font rien aujourd'hui, bourgeoises oisives ou ménagères que leur ménage ne suffit plus à occuper.
En second lieu il faut bien comprendre que la divisioD logique des services n'entraîne pas nécessairement (en dehors des habitudes vicieuses des administrations publiques actuelles) leur répartition entre un nombre correspondant de titulaires qu'ils ne suffiraient pas à occuper. Au village la receveuse des postes réunit des fonctions distinctes, poste, télégraphe, caisse d'épargne, articles d'argent, recouvrements qui, dans les grandes villes, sont efleclivement séparées, et de même l'instituteur remplace
j à lui seul les multiples bureaux des municipalités importantes (secrétariat du conseil, état civil, assistance, finances municipales). Ainsi en sera-t-il pour nos Habitats. On proportionnera strictement le personnel aux besoins; ayant recruté le nombre d'hommes ou de femmes présentant la capacité requise, faisant partie des cadres supérieur, moyen ou inférieur, on les chargera d'assurer les services pendant les « heures d'ouverture » commodes non pour les employés mais pour le public et par lui fixées, de jour et de nuit, s'il le faut. Cumulant au besoin suivant un système que j'exposerai, les brevets ou diplômes, ils cumuleront facilement les tâches. La citoyenne X, arrive à son bureau à midi. Elle remplace la citoyenne Y. Jusqu'à six heures, moment oii elle passera le service à Z.j elle se tient à la disposition de quiconque se présente. Maître-Jacques du Collectivisme, elle est successivement comptable, secrétaire de mairie, greffier ^e justice de paix; il lui suffit de tirer de son casier le registre A ou de remplir l'état 120.
Les besognes moins urgentes seront réservées pour le moment oii l'activité générale se ralentit.
A certaine heure le service de l'économat est surchargé : il augmente son personnel; à telle autre un ou deux employés suffiront à toute la vie administrative et économique du groupe. La nuit enfin ne fonctionne plus que « la permanence » (gardes, secours en cas de maladie ou de sinistres, communications urgentes avec les pouvoirs publics).
Ceci bien compris, je puis passer en revue les services généraux de l'Habitat dont l'énumération ne sera plus effrayante.
Je les classe sous dix rubriques : 1° le Bureau, 2" la Petite Poste, 3° l'Economat, 4^ l'Hôtel-restaurant-cercle, S** la Banque, 6^ le service d'éducation et d'instruction, 7° le service médical, S" la Gérance, Q"" la Garde, 10° les Arbitres.
l. Le Bureau. C'est l'organe des relations de l'Habitat" avec l'extérieur. Il remplace d'abord le concierge des
maisons parisiennes en tant que celui-ci renseigne les vi» siteurssur les locataires. On y tient, sur fiches, deux étala de la population de l'Habitat, l'un par ordre alphabétique des noms de personne, l'autre topographique par bâtiment, étages et numéros; le dernier est annoté de tous les renseignements qui peuvent être demandés et qui sont fournis parles intéressés, heures d'absence, de réception, maladies, départs en voyage avec l'adresse laissée, déménagements et nouveaux domiciles. 11 est évident qu'il ne sera pas possible de surveiller les allées et venues de milliers de personnes disposant pour sortir de plusieurs portes, mais les visiteurs pourront appeler les locataires au téléphone.
Le Bureau constitue en elïet un ofûce téléphonique et télégraphique qui réunit le quartier au « Central » et directement à certains services publics ou économiques (sapeurs pompiers, |ervice3 de la voirie, Régie des Domaines, des Transports du Commerce de Détail) etc. Je peux dire aussi que c'est un office postal. Mais le service des postes sera profondément différent de ce qu'il est aujourd'hui. Débarrassé des articles d'argent qui relèvent de la Banque, séparé des télégraphes et téléphones, il sera absorbé dans celui des Transports assuré par la Régie de ce nom qui s'appliquera non seulement aux lettres et aux petits paquets, mais aux colis de tout poids et de toute nature à destination des particuliers comme des organes économiques. Le bureau remet à la Régie les lettres et colis qui quittent le quartier et distribue ce qu'il reçoit par la Petite Poste.
Mais avant de parler de cette distribution, je dois indiquer encore une attribution du premier service. Il constitue une sorte de secrétariat de mairie et de greffe. C'est lui qui reçoit et transmet toutes les pièces relatives à des instances judiciaires, ainsi que les documents administratifs. Il fournit le personnel de scribes nécessaire pour les rouages administratifs du quartier, assemblée générale, conseils et comités, maires et adjoints; il classe et conserve les archives.
SECT. III. SERVICES GÉNÉRAUX DE L'hâBITAT 151
Le bureau est composé d'un personnel féminin pourvu de brevets attestant sa capacité pour les différentes besognes qu'on lui demande et dont les heures de service sont réglées au mieux des nécessités.
II. — Petite Poste. — C'est un personnel masculin de facteurs qui, sous la direction du Bureau assure la disti'ibution à heures régulières dans tous les logements, des lettres, imprimés, colis provenant du dehors et de ce que leur envoient les divers services de l'Habitat, l'Economat notamment, pain, lait, viande, légumes, etc.
m. — Economat. — C'est le service du Commerce de Détail, principalement des denrées alimentaires. Il est assuré par un personnel d'hommes et de femmes, les uns manœTivres, les autres brevetés, mais qui à l'exception de certains emplois exigeant des aptitudes spéciales, celui de boucher par exemple, ne sont pas spécialisés, de façon à pouvoir se remplacer les uns les autres, seule manière de concilier la permanence du service avec la courte durée du travail. L'Economat comprend, desservis, nous verrons comment, le dépôt de pain, la crémerie (lait, œufs, beurre, fromages); la fruiterie (légumes, fruits^ fleurs, volaille, gibier); la poissonnerie, l'épicerie (avec les boissons). En outre, on y trouve un petit rayon de mercerie, papeterie, librairie, plus complet lorsque l'Habitat est isolé dans la campagne que lorsqu'il est situé à proximité du Bazar. Huit ou dix employés suffiront, semble-t-il, pour douze ou quinze cents habitants.
Tout le commerce de nouveautés est concentré dans un seul magasin qui dessert toute la ville, si grande soit-elle, et une certaine région de campagne. Les commandes peuvent lui être adressées par téléphone ou par lettres et sont facilitées par des catalogues mis en vente et déposés dans les Economats, qui recevraient en plus des échantillons et des modèles. Des expositions de modèles aaraient lieu également à certaines époques en dehors des magasins, dans les Maisons du Peuple par exemple.
IV. — H ()ld- Restaurant-C ercle . — Cet hôtel serait des<^ tiné à recevoir des voyageurs de passage ou des pension-
naires, célibataires et ménages voulant se décharger des soins d'un intérieur. Le restaurant servirait des repas, ou vendrait des portions à livrer dans les logements. Ce commerce aurait, je crois, une grande importance, il commence en effet à se développer. Enfin le restaurant fournirait la cantine scolaire.
Le peisonnel'de l'hùtel desservirait le cercle qui comprendrait un café-fuinoir (si cette manie sauvage de fumer n'a pas disparu), la salle des jeux, le salon de musique ou des dames, le préau des enfants (qui rattacherait le cercle au groupe scolaire), la bibliothèque également commune à ces deux services, ainsi qu'un petit musée d'histoire et d'économie locale, un caliinet des sciences physiques et naturelles, la salle du conseil et enfin la grande salle des fêtes avec une petite scène.
V. — La Banque. — La Banque doit avoir son représentant dans l'habitat. Elle exige un personnel breveté triple, de comptabilité, de caisse (pour la délivrance de la monnaie fiduciaire, des bons de poste et autres papiers val(Hir), et de contrôle. Il va sans dire que ce personnel peut être employé à d'autres besognes, au Bureau ou à l'école par exemple. Vlwo, institutrice pourrait exercer ainsi les fonctions du contrôle.
VL — Education et instruction. — Ce service a une très grande importance. Avec le service médical il suit l'enfant depuis sa naissance jusque vers sa quinzième année; il débute par la crèche obligatoire, nous le verrons, se continue par l'école maternelle, l'école primaire et l'école secondaire : j'expliquerai ce que j'entends par là. L'obligation, la coéducation et l'emploi presque exclusif des femmes pour l'enseignement, permettent de donner, dans les Habitats les plus restreints, qui ne descendront guère d'ailleurs au-dessous de mille ou quinze cents habitants, et par conséquent sans recourir à l'internat, aux filles et aux garçons l'instruction commune qui les conduira à l'apprentissage, ou à des études supérieures, doctrinales ou professionnelles s'ils peuvent en profiter.
Bien des perfectionnements seront apportés au régime
actuel de l'instruction publique. Les enfants seront gardés, non seulement pendant les classes mais même, s'il le faut, dans l'intervalle et après la journée finie, à l'étude ou en récréation ils resteront sous la surveillance soit de leurs maîtres, soit des gardiens. L'hôtel, ai-je dit, leur fournira les repas qu'ils ne pourront prendre en famille et les recueillera dans des dortoirs quand leurs parents s'absenteront, tout ou partie de la nuit. Ce perfectionnement des garderies m'a été suggéré par une excellente propagandiste, mademoiselle Bonnevial qui a entendu, bien des fois, les femmes se plaindre de ne pouvoir assister aux réunions, étant retenues, chez elles, par leurs enfants. Elle a émis le vœu que dans les grandes maisons ouvrières une garderie fût créée où l'enfant dormirait jusqu'au retour de sa mère qui pourrait le remonter chez elle, tout endormi à l'abri des intempéries. Rien de plus facile dans l'Habitat, tel que je le conçois, de concilier la liberté des parents avec le bien-être et la sécurité des petits.
Le service comprend également un enseignement des adultes.
YII. — Hygiène et médecine. — Un ou plusieurs médecins, hommes ou femmes assurent, en un régime de permanence bien organisé, les inspections sanitaires, les visites à domicile et les consultations au dispensaire. Une infirmerie de quelques lits permet de recueillir et d'isoler, s'il le faut, les malades soit jusqu'à la guérison, soit jusqu'à leur transfert dans un hôpital urbain ou régional. Je ne parle pas de la pharmacie, mais j'insisterai sur le service d'hydrothérapie; bains et douches seront gratis, à la disposition des habitants qui trouveront attachés à l'établissement les coiffeurs, etc., qu'exige la vie mondaine la plus raffinée. Il faut encore répéter ce que j'ai dit sur le cumul des tâches et l'interchangeabilité du personnel. Les mêmes hommes qui sur l'appel des clients revenus de leur travail les doucheront ou les raseront, ne se croiseront pas les bras dans l'intervalle, ils seront employés ailleurs, à l'Economat, à la Petite Poste ou à ia Gérance à laquelle j'arrive.
yill. — Gérance. — De même qu'aujourd'hui le propriétaire de maisons à locataire se décharge de leur gestion sur un gérant, homme d'affaires ou le plus souvent architecte; de même la Régie des Domaines a son représentant dans l'Habitat, un ingénieur. C'est lui qui discute avec les locataires les conditions de la location, et signe les polices. Il assure, soumis lui-même au contrôle d'inspecteurs envoyés par la Régie, à l'improviste, dans le Quartier ou Coron, l'éclairage, la salubrité, le balayage et l'arrosage des escaliers, galeries, cours et jardins, (laissant à la municipalité la voirie proprement dite, rues, boulevards et routes), l'entretien des arbres et des parterres; il dirigera les travaux de réparation ou de réfection des bâtiments, ayant sous ses ordres des contre-maîtres et des sk'iUed lahourers, cumi^lant souvent plusieurs spécialités, et pouvant, grâce à une instruction professionnelle bien comprise, faire successivement dans la même réparation la partie du maçon, du menuisier, du serrurier, du peintre. Ce personnel, rappelant la domesticité des châteaux, assurera la défense contre l'incendie et les autres sinistres mieux que les pompiers militaires du capitalisme, ignorant des détails de la construction et des dispositions des lieux oii ils sont appelés et oiî ils arrivent fatalement trop tard. Le personnel de Gérance avec le matériel qu'il a sous la main et qu'il entretient suffira le plus souvent à éteindre le feu dès qu'il éclatera et sans avoir recours aux casernes urbaines. Connaissant parfaitement les êtres, le fort et le faible de chaque bâtisse, il sera toujours là : un tableau de roulement affiché au Bureau permettra â toute heure de jour et de nuit, de savoir qui doit répondre au premier appel et quelle tâche spéciale incombe à chacun; le Gérant ou son remplaçant prendra le commandement; un signal bien connu réquisitionnera, en outre, tout le personnel des divers services et les habitants présents.
IX. — La garde. — D'ailleurs la veillée d'incendie sera assurée, surtout par les gardiens auxquels j'arrive. Chaque Habitat aura sa police spéciale qui ne rappellera en
SEGT. Iir. SERVICES GÉNÉRAUX DE L'hABITAT 155
rien, les cognes de l'Empire ou les flics de la République. Ces citoyens, vivant au milieu de leurs égaux, choisis par eux et n'incarnant plus l'Autorité (avec un grand A) rendront de grands services. Leurs attributions policières proprement dites seront réduites au minimum. En principe la police générale qui aura cessé de dépendre des autorités administratives, pour ne relever que de la justice, ne pourra pénétrer dans l'intérieur de. l'Habitat auquel seront étendues les immunités du domicile privé, que sur réquisition formelle en vertu d'un mandat délivré par un magistrat et à titre exceptionnel, car ce seront les gardiens qui procéderont aux arrestations et perquisitions nécessaires, dans le Quartier ou Coron. Ils devront y assurer la paix, la tranquillité et la décence, dresser les procès-verbaux pour toutes les contraventions aux règlements intérieurs. On leur demandera surtout de surveiller les enfants dans les galeries, escaliers, préaux et jardins, de les empêcher de vagabonder, de réprimer les batteries, les mauvaises paroles, les actes d'immoralité: ils arrêteront les coupables ou a prendront leur n° » et saisiront le conseil disciplinaire de l'école qui leur appliquera les punitions congruentes à leur âge, (mauvaises notes, retenues, arrêts, etc.) Cela ne vaut-il pas mieux que d'attenter à la liberté des adultes !
N'avons-nous pas été scandalisés mille fois de voir un sergent de ville grand et musclé regarder, d'un œil placide, de malheureux cochers livreurs s'exténuant à charger ou décharger un camion : « Un coup de main, citoyen » \ Les gardiens seront un personnel auxiliaire obligé de prêter main forte aux services pour les travaux auxquels ils ne pourraient suffire. Ils iront à la recherche des médecins, apporteront les médicaments, transporteront les malades, etc.
Enfin surtout, comme je l'ai dit, ils constitueront avec le personnel de la Gérance, le service de secours en cas de sinistres. La nuit ils feront des rondes et remplaçant les employés du Bureau assureront les communications" téléphoniques et télégraphiques.
X. — Self government de l'Habitat. Je dois terminer par une observation importante. A l'exception de la Garde et des Arbitres dont je reparlerai, ainsi que du Bureau qui dépend de l'administration municipale, tous les services du Quartier et du Coron se rattachent à de grandes Régies étatiques. Ce sont les directeurs provinciaux du Domaine, du Commerce de Détail, de l'Hygiène, de l'Instruction et de la Banque qui nomment le (îérant, l'Econome, le médecin principal, le préfet des études, le comptable et le caissier. Le contrôleur est nommé par la Cour des Comptes, et le receveur du Bureau par le Corps de Ville (les échevins de la municipalité). Puis ces chefs nomment leurs auxiliaires. A raison de l'interchangeabilité du personnel, ils font ces nominations, et règlent les tableaux quotidiens de service, de roulement et de remplacement d'accord en un conseil de Gérance^ pr.ésidc par le Gérant et ù son défaut par l'Econome. Il ne peut en être autrement. Il me paraît impossible de donner aux habitants, si tentant que cela puisse paraître, le droit [d'administrer à leur gré ces services qui ne peuvent avoir une complète autonomie puisqu'ils ne sont que le prolongement d'organes étatiques.
Mais on peut faire cependant dans le Quartier ou Coron une part importante au self government poussé jusque dans sa forme la plus parfaite, le gouvernement direct. L'Habitat forme une circonscription administrative rentrant dans une plus grande municipalité ' et il a des organes administratifs : les habitants élisent parmi eux de trois à di.x: personnes, le premier élu est le maire, les autres s'appellent adjoints. Le maire, remplacé au besoin par le premier adjoint, va siéger dans le conseil municipal; dans l'Habitat il en est le pouvoir exécutif. Maire et adjoints forment la mairie, mais ce conseil comme le Kantonrath de Zurich n'est qu'un organe de préparation et d'exécution assisté d'ailleurs souvent par des commis-
i. Je n'emploie plus l'expression commune qui ne dési^Miorait plus qu'un peuplement historique, les communes aclucll«s étant englobées dans une circonscription plus grande.
sions spéciales élues ad hoc. Les citoyens jouissent du double droit d'initiative et de référendum, et se réunissent en assemblée générale comme dans les Waldstœtter helvétiques.
Quanta la compétence de cette communauté, elle comprend d'abord des attributions de nature municipale détachées par la loi de décentralisation des pouvoirs municipaux ou délégués spécialement à tel ou tel Habitat par le conseil municipal ou l'assemblée urbaine ainsi déchargée d'un fardeau trop lourd, la décentralisation descendant ainsi de l'Etat à la formation primaire, à la cellule sociale.
L'assemblée générale a des attributions propres; c'est elle qui adopte, sur la proposition de la mairie qui veille à leur application, lés règlements intérieurs de la vie sociale et économique de l'Habitat, rendus dans les limites des règlements généraux des Régies, les rapports des services avec « le public » (heures d'ouverture des guichets, de distributions, de consultations au dispensaire, déclasses, etc.)
Elle administre librement le cercle, la bibliothèque, les cours d'adultes, les conférences et les fêtes soit directement, soit par des commissions spéciales élues à cet effet, présidées par un membre de la mairie.
Elle nomtne et révoque les gardiens et leur brigadier et sous-brigadier. Elle nomme également un ou plusieurs arbitres qui, agréés, commissionnés et révoqués par le chef du service judiciaire dans l'arrondissement duquel se trouve l'Habitat, doivent, sous son contrôle, concilier les petits litiges et punir de peines disciplinaires légères les infractions aux règlements intérieurs et les menues contraventions.
Enfin il n'est pas possible de refuser aux habitants du Quartier et da Coron une certaine influence sur l'administration des services en Régie. Cette influence s'exercera^ar des vœux, des avis qui devront parfois être pris obligatoirement,' à peine de nullité ; on pourra même," dans certains cas exigera l'avis conforme «.Enfin comme
il n'est pas possible, sans compromettre la paix intérieure d'un Habitat, de laisser une Régie ou son représentant maintenir, par voie d'autorité comme font aujourd'hui les directeurs des postes ou « des indirectes » des fonctionnaires (( qui se sont rendus impossibles, » l'assemblée générale pourra (à une majorité spéciale de trois quarts des habitants par exemple) demander le départ d e tel ou tel employé, en y comprenant le chef de service. Si le directeur provincial ou, pour le bureau, le Corps de Ville, ne donne pas satisfaction àcette demande, tout citoyen po^irra porter la question devant la juridiction de droit commun qui, si elle reconnaît l'existence d'une cause légitime de mécontentement ou de suspicion i\ l'égard de la personne attaquée, imposera à ses chefs le déplacement d'office.
Ne pourrait-on aller plus loin; étendre ce système d'exclusion aux habitants. Si l'Habitat se confond avec l'organe producteur, par exemple s'il est exclusivement occupé par les travailleurs d'une usine ou d'un domaine agricole, la question ne saurait souffrir de difliculté, elle sera résolue par les camarades de l'intéressé, statuant non pas en tant que membres de la même communauté de consommation, mais comme coassociés à la production (V. ch. m). Examinons l'hypothèse, se réalisant, dans les villes où un Habitat comprend des travailleurs, d'entreprises dilff.'rentes, où le personnel d'une même usine se trouve réparti dans plusieurs Quartiers. Pourquoi la population d'un Quartier ne jouirait-elle pas du droit d'exclusion, sauf appel, devant le tribunal ? Mais dans ce cas, dira-t-on, que deviendront expulsés de partout les « mauvais caractères»? Iront-ils coucher sous les arches des ponts ou dans les fourrés du bois de Boulogne, comme les miséreux de jadis ?... Eh bien, si pareil fait se produit, on en sera quitte pour créer des Quartiers spéciaux, disciplinaires en quelque sorte, où seront réunis — je ne dis pas les malades, qui seront confies aii^service de psychothérapie, mais les insocialiles, les citoyens, frappés de peines graves et même les faillis et les insol-
vables. Ces Quartiers tout en étant salubres seront moins luxueux, moins agréables h tous points de vue. Les citoyens qui n'ont pas su se gouverner eux-mêmes, y seront soumis par l'administration municipale à une tutelle qui pour nous serait la liberté et le bonheur, mais qui semblera une grave déchéance au peuple émancipé de demain, dont la sensibilité sera si affinée « Tu mourras sur l'échafaud, « cette prédiction sinistre de parents exaspérés par les fredaines de leurs enfants fera place à celle-ci : tu finiras à Adamville ou au Yésinet. Certaines hideuses banlieues, qui font les délices des bourgeois d'aujourd'hui, seront peut-être pour nos fils « lieux infâmes )).
ANNEXE. Petite poste. — La Régie des Transports amène ses trains jusqu'à l'entrée de chaque Hiibitat et y décharge ee qui est à destination de cet Habitat. Le Bureau en fait le tri et la répartition. Il procède de même à Tégard de ce que lui remet l'Economat. Ce service qui a reçu les commandes écrites, orales ou téléphoniques réunit en un panier, fermé à clé, à compartiments et pochettes avec une courte fiche de livraison, (n<» du logement et nombre des paquets) tout ce qui est destiné à un logement ; il met sur ce panier le n° du logement, le ferme et le remet à la Poste qui le charge, sur un wagonnet et l'apporte au pied de l'escalier. Tous les paniers destinés à un étage, sont envoyés par le monte-charge, et reçus par les locataires appelés par un timbre ou le téléphone.
Section IV.
Régime administratif de la consommation.
Rapports avec la Régie du Domaine. — A, Logements.
On sait qu'une des causes les plus actives de la mortalité et de la morbidité du prolétariat est dans l'insalubrité et le surpeuplement des maisons qu'il est contraint d'habiter ^ Tous les efforts des gouvernements et des municipalités pour améliorer l'hygiène des grandes villes se
1. V. notamment l'Hygiène à Paris, Paul Strauss, Rev, de Paris 1" janv. 1902, p. "liÛ-UO.
heurtent à la propriété privée. Cet obstacle disparu à la Révolution Sociale, les citoyens de l'Etat Collectiviste exigeront la démolition des immeubles trop malsains pour pouvoir être améliorés et dans ceux que l'on conservera tous les travaux nécessaires. A plus forte raison les constructions nouvelles ne pourront -elles s'élever qu'en conformité des préceptes de la science.
Le régime juridique qui s'imposera sera essentiellement préventif et non pas seulement répressif. Je m'explique. Aujourd'hui les réprésentants de l'Etat interviennent quand ils le peuvent et le veulent, soit d'office, soit à la suite de plaintes, pour faire cesser des états de faits existant le plus souvent depuis un temps très long, et qui ont déjà produit leurs conséquences meurtrières; c'est ainsi par exemple que la législation sanitaire anglaise, la plus énergique d'ailleurs, ordonne la démolition de blocks où la mortalité dépasse un certain taux dénoncé sur les plans par la sinistre tache noire. L'Etat Social " n'attendra pas que le mal se soit révélé par ses elTets pour le faire cesser; on le prévoira à temps pour l'empêcher de naître.
Aucune maison de construction nouvelle ne pourra être consacrée à l'habitation humaine, aucun logement ne pourra être mis en location avant d'avoir subi la vcrificalion sanitaire. J'ai, dans le chapitre premier, parlé delà Cour Médicale chargée entre autres attributions de l'hygiène publique. C'est un des magistrats de cette cour pourvu du diplôme spécial d'ingénieur salubriste (ce terme inventé récemment fait ressortir la double série de connaissances nécessaires pour remplir une telle attribution) qui vient sur la requête de la Régie et en présence de son délégué visiter le local à vérifier. S'il rend un jugement de rejet, il doit le motiver en indiquant d'une façon précise les causes d'insalubrité et les moyens dy remédier, si cela lui paraît possible, c'est-à-dire les travaux à effectuer. Sinon il ordonnera la démolition à moins que sur les conclusions de la Régie il n'attribue au bâtiment ou à la partie de bâtiment déclaré impropre à l'iia-
bitation de l'homme, une autre destination qu'il précisera. La Régie peut, si elle n'accepte pas le jugement^ en faire appel dans les conditions et formes du droit commun. La .chambre d'appel statuera sur rapport d'un de ses membres ou après « un transport ». Chaque immeuble aura bien entendu son casier sanitaire i. Au cas où l'inspecteur magistrat admet un logement, il statue, en la même forme, et sous la même réserve de l'appel, sur les conclusions de la Régie quant au métrage; j'entends la détermination de la superficie habitable et du nombre des personnes pouvant, sans danger pour leur santé, occuper ledit local.
On fera subir aux chiffres bruts du mesurage d'importantes déductions. On tiendra compte uniquement des pièces habitables, c'est-à-dire pouvant servir de salon (ou salle, si l'on préfère) et de chambres à coucher. Je veux dire qu'on doit négliger djins les vieilles maisons les pièces impropres à ces deux usages, comme trop petites, trop basses de plafond, trop sombres ou trop malsaines, pour une raison quelconque, et partout les dégagements (antichambres, vestibules, couloirs, escaliers) les cabinets d'aisances ou de toilette, garde-robes et cabinets non logeables. Il en sera de même des cuisines (sauf dans les campagnes où de grandes cuisines peuvent servir de salle) et de leurs dépendances, offices, laveries.
La superficie habitable connue, on peut avec quelques corrections imposées par des dispositions défectueuses, déterminer, dans les limites minima d'un barème légal 2, le nombre de personnes pouvant au total vivre dans le logement et le nombre de lits d'adultes, d'adolescents ou d'enfants que chaque pièce peut recevoir à raison de ses dimensions et de sa forme.
Ces chiffres sont plus que de simples indications, ce sont
1. Ce service existe déjà à Paris. V. Paul Strauss, l'Hygiène à Paris, Revue de Paris, i^r janvier 1902, p. 123.
2. Aduite 10 m 2. — de 15 à 21 ans, 7,50 ; —de 5 à 15 ans, 5 m2^ 11 ou 5 ans 3 m 2, sous une hauteur de plafond de 2 m. 70. Le crédit normal de loyer correspond à 16, 12, 8, 4,80 m 2.
des décisions judiciaires irapfTatives auxquelles ni la Régie ni les locataires ne peuvent déroger sans une décision du magistrat médical, spéciale et motivée (par ex, par une impossibilité absolue de la respecter.)
Ils sont portés sur l'état topographique des logements composé de plans avec tables annexes. Le Domaine ne peut dès lors louer ledit logement à des personnes qui excéderaient le nombre fixé ou qui ne pourraient y réaliser la séparation, jusqu'à l'âge légal, des enfants des deux sexes et les autres prescriptions de même nature morale. Le respect de toutes les règles légales et judiciaires serait assuré par des inspections confiées aux magistrats et qui aboutiraient, en cas d'infraction constatée, à une poursuite des coupables et de leurs complices, c'est-à-dire des locataires et des agents du Domaine devant la juridiction disciplinaire.
La superficie habitable nç sert pas seulement à déterminer le nombre de personnes pouvant habiter un logement, plie est la base du calcul du loyer qu'on obtient en multipliant le mctrage matriciel par le loyer mélrique annuel dont le chiffre est voté chaque année par les Chambres. Il est produit .comme pour tous les prix de détail, ainsi que nous le verrons plus tard, par l'addition de deux éléments. L'un est obtenu en ramenant à l'unité matricielle, pour former le (( coût moyen )), la totalité des frais d'administration, d'entretien, de réparation et d'amortissement du domaine, mais non les dépenses de contructions nouvelles qui seront imputées sur des crédits budgétaires.
A ce premier élément s'en ajoute un second, la majoration dont la raison d'être est dans la nécessité de répartir les richesses produites entre tous les citoyens producteurs ou non. Cette répartition se fait par le moyen du budget financier dont j'exposerai en détail le mécanisme. Je remarquerai seulement que le loyer métrique est un des éléments de ce budget qui permettra de l'équilibrer, de le « boucler ». Pour balancer les dépenses, c'est-à-dire le total des crédits de consommation, évalués en argent,
de tous les citoyens, avec les recettes, j'entends la valeur de la production, obtenue en multipliant les quantités prévues par les prix, on peut agir sur les recettes ou ks dépenses; sur les dépenses en diminuant ou augmentant la rente, sur les recettes en élevant ou abaissant les prix des produits ou services parmi lesquels le loyer.
Le Parlement sera tenté de faire porter les modifications sur le loyer plutôt que sur la multitude des autres consommations parce que, d'une part, le moindre changement du chiffre unitaire qui en est la base produira des sommes énormes, l'habitation figurant dans le budget de chaque citoyen pour une forte proportion (le sixième ou le dixième de la rente). Ensuite une augmentation du loyer n'amènera pas le resserrement de la consommation qui serait h craindre si on majorait d'autres prix et risquerait d'amener des pertes pour les choses qui ne se conservent pas, et pour les autres l'accumulation de stocks excessifs. Sans doute en effet quelques locataires abandonneront des logements devenus trop chers pour eux, mais cela suppose que ces logements excèdent leurs besoins; la plupart des citoyens seront bien obligés d'accepter l'augmentation puisqu'ils ne peuvent se priver d'une habitation convenable. Le Ministre des Finances collectivistes raisonnera en telle occurrence comme nous pouvons le faire aujourd'hui, quant aux contributions indirectes dont on craint par trop d'exigences de faire fléchir les rendements et à l'impôt sur la propriété foncière qui ne peut se dérober. Rappelons-nous les quarante -cinq centimes qui en 1848 ont (( sauvé la France et perdu la République. »
La loi générale qui régit la consommation fixe pour chaque citoyen un crédit normal de loyer en fonction de a Rente de l'adulte : ce sera par exemple un dixième ^
Mais cette proportion n'est pas une règle absolue, ni pour le législateur, ni pour le citoyen. Quant au Parlement
1. Ce crédit sera diminué naturellement au dessous de la maorité. Par ex. pour les adolescents de 15 à- 21 ans il sera réluit à 73 O/q du taux de Rente de l'adulte ; pour les enfants de ) à 10 ans à 50 o/o ; pour les enfants de moins de 5 ans à 30 O'q.
d'abord, en fixant par le budget financier, la Rente d'une part, le loyer de l'autre, il peut altérer légèrement dans un sens ou dans un autre le rapport légal, qui pourra telle année être de 10.2 ou 10,6 et s'abaisser dans un autre budget à 9,75 ou 9,85.
Le loyer métrique doit toujours être fixé à un taux tel qu'un adulte vivant isolé puisse avec son crédit normal, obtenir un logement convenable, satisfaisant aux prescriptions hygiéniques et même au delà ^ Naturellement, sauf dans une situation exceptionnelle sur laquelle nous reviendrons, il est tenu de supporter l'inscription au passif de son compte individuel de ce loyer minimum et la Banque l'inscrira d'office s'il le faut.
Mais il peut, pour obtenir un logement plus confortable, demander à la Banque de majorer son « crédit normal », ce qui ne saurait lui être refusé toutes les fois que cela sera possible sans compromettre la balance de son compte.
11 peut en sens inverse réduire ce crédit, en justifiant qu'il est convenablement logé pour une somme moindre, résultat qu'il obtient en se réunissant à d'autres locataires. Le régime des locations en effet est conçu de manière à favoriser les familles, et d'une façon plus générale ce que j'appellerai les communautés taisibles reprenant une expression de notre vieux droit français. La Constitution économique du Sozialstaat, tout en évitant de froisser les sentiments individualistes les plus ombrageux allant même jusqu'à la misanthropie, doit encourager l'esprit de famille et développer les tendances au communisme.
Ainsi les grands logements seront plus avantageux que les petits; cet avantage qui croîtra en raison directe du nombre des occupants, résultera d'abord de la manière de calculer le loyer d'après la surface habitable.
Dans la société capitaliste actuelle, à Paris on sait que,
1. Ainsi par exemple tandis qu'un adulte doit avoir une superficie de dix mètres carrés les logements pour une personu( seule ne sei'ont pas inférieurs à 16 mètres (dépendances no( comprises) correspondant au crédit normal.
rapportés au mètre carré, les loyers sont plus élevés pour les grands locaux que pour les petits. Un appartement de deux chambres à coucher se loue, dans le quartier que j'habite, 1.200 fr. ; il se loue 2.000 fr. avec 3 chambres, ce qui remet la pièce de grandeur à peu près égale à 300 fr. dans le premier cas, et 500 fr. dans le second. Découper un grand logement, c'est agir, toutes proportions gardées, comme le joaillier qui fragmenterait un diamant et les chefs de nombreuses familles ont avantage à se procurer l'espace habitable qui leur est nécessaire par une opération inverse de réunion.
C'est pour cette raison que dans les quartiers du centre des villes on est amené à démolir pour les remplacer par des palais, les vieilles maisons qui ne peuvent convenir qu'à de « petites gens )). Si excessifs que soient leurs loyers, ils ne donnent pas au propriétaire la reiïte qu'il croit pouvoir obtenir à raison de la situation du terrain. C'est pour cette raison encore que dans les arrondissements de création récente les spéculateurs construisent pour des millionnaires plutôt que pour les bourgeois de fortune moyenne, et préfèrent ceux-ci aux petits employés, je ne parle pas des ouvriers. En déduisant du revenu de l'immeuble l'intérêt des capitaux engagés dans la bâtisse et qui naturellement augmentent avec le luxe déployé, ils tirent du terrain une rente supérieure.
Ce calcul juste pour les premiers qui l'ont fait, tend naturellement à devenir, de jour en jour, moins bon. On a tant construit de belles maisons que, pour elles, l'offre a dépassé la demande ; les nouvelles constructions attirent par leur confortable les habitants des immeubles datant d'un siècle ou d'un demi-siècle et les propriétaires de ces immeubles, sous peine de les voir demeurer vides, sont forcés de céder au mouvement, s'ils ne préfèrent les démolir comme je viens de le dire pour se mettre au goût du jour ^. Jadis avant l'hausmannisation les propriétaires
1. Une transformation semblable s'opère pour les locaux commerciaux. Les infectes constructions des rues Saint-Denis et Saint-Martin sont délaissées par les grandes maison^ de'
166 LA CITÉ FUTURE. — CIIAP. II. LA COJfSOMîilATION
étaient les maîtres du marché. Sous Louis-Philippe les locataires tremblaient à chaque trimestre d'être augraen-. tés ; c'est eux qui, dans nos arrondissements du centre, par la menace d'aller à Passy ou à Courcelles, arrachent des diminutions. Le loyer métrique moyen des logements bourgeois tend à se niveler dans tout Paris et s'abaisse d'une façon continue. Petits employés au contraire et ouvriers faute d'un nombre suftisant de logements convenables continuent à les payer aussi cher, ou tout au moins la baisse dont ils bénéficient est beaucoup plus lente et moins sensible. Elle sera probablement accentuée et accélérée par le développement des moyens de transports rapides et peu coûteux.
L'évolution, pouA^ons-nous conclure, tend à l'unificatioD du loyer métrique entre toutes les régions d'une même vîHe, et aussi entre tous les types de logements. Cette évolution, le Collectivisme la poussera à son terme et les logements, tous parfaitement sains et suflisaminent confortables, paieront des loyers proportionnels à leur étendue habitable.
Ce régime, ai-je dit, incitera les locataires à se grouper. Aujourd'hui il n'est pas possible à trois ou quatre familles en totalisant ce qu'elles dispensent pour leurs logements respectifs d'obtenir une égale superlicie avec un appartement de luxe. Tel hùtel ne pourrait contenir les cinq cents prolétaires qui auraient peine à réunir son loyer de cent mille francs.
Il en sera tout autrement dans la Cité Future et les citoyens pourront toujours réclamer, avec la somme de leurs crédits normaux, l'appartement qui correspond à leur nombre et profiter ainsi non seulement de la gran« deur des pièces et de leur décoration, mais aussi de la beauté des dépendances, escaliers, vestibules, cuisines, salles de bains et toilette qui, nous l'avons vu, n'entrent pas en compte dans le métrage. Qu'ils se groupent donc
commerce qui vont s'installer dans les palais des rues nouvelles et la rente exorbitante de ces vieux quartiers tend à s'abaisser.
en nombre suffisant et ils obtiendront les hôtels du faubourg Saint-Germain et du Parc Monceau, tout au moins ceux qui n'auront pas été employés à des services publics ou démolis par le capitalisme. Nous constatons encore ici une évolution qui aura peut-être résolu en grande partie, avant la Révolution Sociale, le problème de l'emploi de ces immeubles. Beaucoup sont dès maintenant affectés à l'intérêt général. Tous les ministères se sont installés dans les demeures de grandes familles; la Légion d'Honneur occupe le pavillon Salm-Salm ; les Beaux- Arts ont annexé récemment l'hôtel de Ghimay et la ville de Paris va installer un musée dans les murs habités par Lauzun, D'autre part on commence à démolir certains hôtels, celui des Chevreuse notamment ou de la reine Hortense qui, trop grands et trop peu confortables, sont abandonnés pour des bonbonnières pourvues de tous les raffinements modernes, et moins coûteuses.
Le désir de profiter de la plus-value deh terrains en élevant sur les parcs seigneuriaux des maisons de rapport, accélère cette unification des habitations parisiennes que le Collectivisme réalisera aussi complètement que possible. Pour rendre accessibles aux citoyens les grands appartements modernes, l'Etïlt Collectiviste n'aura pas seulement à renoncer « à la rente du sol », mais il devra ne pas tenir compte du prix de revient des constructions plus élevé pour les immeubles riches, ai-je dit. Ce sera une prime au groupement. On pourra y ajouter si on veut une prime directe, en dégrevant les logements dépassant une certaine superficie, prime qui irait en croissante
D'une façon générale on pourrait accorder aux locataires des réductions sur le loyer normal, calculées en vingtièmes h raison de toutes les défectuosités qui, en régime