SECTION V. LES SERVICES DOMESTIQUES
dans la Société Future. Le personnel de service n'aura plus qu'à surveiller, à emporter la vaisselle sale et à tout remettre en ordre après le repas. Le dîneur isolé trouvera son couvert et sa serviette sur des crédences, puis ira à un guichet prendre livraison des' plats et boissons. Lorsque plusieurs personnes s'asseoiront à la même table, elles se partageront cette besogne suivant un petit protocole de courtoisie mondaine; les plus jeunes devant se déranger pour les vieillards, les anciens pour le nouveau venu. Relisez Consuelo de George Sand et vous y trouverez le récit d'un dîner maçonnique qui nous donne une image délicieuse de ce que seront dans l'avenir les banquets et fêtes.
Mais, objecterez-vous, dans les pensions on est exposé à fréquenter des personnes déplaisantes. Rien n'empêchera de constituer dans les Habitats à côté de l'hôtel ouvert à tous, une pension sélect (au propre et au figuré) où on ne serait admis qu'après un sévère ballottage comme dans les grands cercles aristocratiques d'aujourd'hui (une boule noire annulera trois boules blanches.)
De ces pensions restreintes il faut rapprocher ces associations de vie en commun dont j'ai maintes fois parlé (grandes familles, sociétés taisible ou popotes,) parce qu'elles pourraient offrir une survivance de la domesticité ancienne. En se groupant ainsi en nombre suffisant, les citoyens réunissent leurs ressources et entretiennent un domestique de l'un ou l'autre sexe. Ce ne sera pas, bien entendu, une personne d'une condition sociale inférieure mal nourrie de restes, réléguée à la cuisine et dans une mansarde, vêtue d'une façon méprisée. Il s'agit d'un membre du groupement, vivant avec tous les autres sur le pied d'égalité absolue, mangeant à la même table, ayant une chambre aussi belle et dont Ir. tenue n'éveille pas l'idée d'une différence humiliante, mais qui au lieu d'aller travailler au dehors, reste à la maison pour se consacrer exclusivement aux soins du ménage. Ce sera par exemple une jeune fille ou une vieille femme qui accepte cette situation, par goûts casaniers, ou pour rendre ser-
vice, sans déchoir dans TalTection et l'estime de ses parents et amis.
Dans le système que j'ai exposé, cet officieux, je reprends, sans ironie, l'expression révolutionnaire, continue à toucher sa rente personnelle, tout comme s'il travaillait dans une entreprise de production ou une administration publique; mais comme, cette entreprise ou ce service devrait rembourser mensuellement ladite rente ou plutôt la moyenne représentative de cette rente, l'Etat qui ne peut pas perdre cette somme par suite de l'arrangement exposé, doit la demander aux membres du groupe qui rend ainsi indisponible un travailleur. Voici comment on y parvient.
La personne en question quittant, dans des conditions réglementaires bien entendu, l'administration ou l'organe producteur qui l'emploie est remise à la disposition du Service de Recrutement qui l'inscrit à un chapitre spécial de la Régie domaniale.
Elle est donc réputée, fictivement, faire partie du personnel du Domaine et c'est le Domaine qui dujt rembourser à l'Etat la moyenne-salaire dont est débité son compte commercial. Enfin cette moyenne est portée sur une carte des services domestiques analogue à celle du loyer, délivrée de la môme façon et qui porte au nom de chacun des membres du groupe le crédit qu'il s'est fait ouvrir à la Banque dans les limites de la disponibilité de son compte.
Ce régime qui pourrait fonctionner d'une façon continue ou temi)oraire présenterait une utilité spéciale pour les villégiatures. Des gens des villes allant se reposer à la campagne ou au bord de la mer, des ruraux venant passer quelque temps à Paris ou dans la capitale de la province, descendraient, appelés par des relations personnelles ou des annonces, dans un groupe de la nature de ceux dont je parle, et paieraient la dépense supplémentaire qu'ils occasionnent soit en monnaie fiduciaire soit, par voie de réciprocité compensatoire.
Ceci nous amène par une transition naturelle à étudier le régime de la consommation dans les hôtels-pensions.