SECTION VII. TRANSPORT DES VOYAGEURS
ceux rapportés à une succursale de la Banque par les hôtels. Les coupons perclus par les voyageurs constitueront un bénéfice pour la Régie du Détail. Ceux qui ne sont pas utilisés doivent être, dans un certain délai, rapportés au domicile du voj^ageur qui en olitient le remboursement par une ristourne à l'actif de son compte individuel.
Section VIL
Régime administratif de la consommation. — Rapports
avec la Régie des Transports. — Transport
des voyageurs et de leurs bagages.
Les transports peuvent se concevoir gratuits ou payants. Seraient gratuits, par exemple, les transports urbains et suburbains pour lesquels le communisme pur serait admissible. La Régie qui est organisée commercialement doit être remboursée de ce que lui coûtent ces transports ; elle le serait au moyen d'un crédit inscrit au budget de la ville ou de la province.
Quant aux voyages à grande distance, ils seront payants, c'est-à-dire resteront à la charge du voyageur, à moins qu'ils ne lui soient imi:)osés par une obligation profession* nelle; pour un inspecteur en tournée, un travailleur ou un fonctionnaire qui se rend à son bureau, ou à l'usine auquel il vient d'être attaché ^, la dépense doit être supportée par le service intéressé ou par le budget du personnel.
Mais dans tous les cas, le même système sera appliqué et quant aux tarifs et quant aux modes de paiement. Je dois, avant de parler des tarifs, semarquer que tous les moyens de transport en commun étant réunis sous la di-
1. II aura droit, en outre de billets gratuits pour lui et sa famille, à une franchise pour son mobilier. Il faudra s'inspirer sur ce point des règlements militaires sur les frais de déplacepiiMit des officiers, il en a paru un récemment en France très intéressant à étudier à ce point de vue.
188 LA CITÉ FUTURE. — CHAP. II. LA CONSOMMATIOiJ
rection d'une Régie unique, ils seront à la disposition du public aux mêmes conditions pour tous. Il n'y aura qu'une classe avec suppléments pour les couchettes ou les repas Enfin, de même qu'aujourd'hui la poste atteint le hameau le plus éloigné, la Régie des Transports desservira par des moyens appropriés les domaines, usines et Habitats aussi bien pour les personnes que pour les marchandises J'arrive maintenant au tarif; un des progrès les plus intéressants qui aient été réalisés dans ces dernières années, est le système dit des zones, lequel est appliqué au chemin de fer de ceinture (20 c. pour la station la plus voisine de celle du départ, et 30 c. pour les autres), et sur une plus grande échelle aux chemins de fer hongrois. Etendons-le à la France. Elle sera divisée en un nombre de zones variant de vingt à vingt-cinq de façon qu'on en traversera cinq au plus en transitant de l'Est à l'Ouest ou du Nord au Sud.
Un tarif légal déterminera (en deniers dont la valeur sera fixée annuellement par les Chambres) le prix du voyage aller simple et avec retour d'une zone à l'autre ; tous les points de chacune d'elle étant absolument assimilés. Le tarif se réduirait en fait, à cinq ou six chilfres, grande simplification sur l'état actuel, qui en entraînerait une autre plus considérable, quant au nombre et à la variété des billets à imprimer. Comme chacun d'eux ne porterait avec le prix et la durée de validité que les numéros de la zone d'arrivée, on obtiendrait un total de 20 à 25 séries qui, avec les aller et retour, serait doublé et quadruplé avec les demi-places.
La Régie des Transports remettrait au Commerce de Détail les billets réclamés par lui au nom des Economats contre un virement de banque créditant le compte commercial de l'un et débitant celui de l'autre.
Le billet ne serait remis que timbré du nom du bureau émetteur, de la date du départ, et sa valeur étant inscrite sur la carte du crédit de transport délivrée par la Banque. Le voyageur le conserverait jusqu'à destination, à moins que, pour des mesures de contrôle, il ne fût rem-
placé par un autre billet portant le nom de telle destination.
On réglera d'une façon analogue par l'établissement de zones secondaires, en petit nombre, deux ou trois, les relations que je pourrai appeler vicinales, c'est-à-dire dans l'intérieur des grandes zones ou leur périphérie.
Comme les billets de minime valeur ne peuvent être inscrits un à un sur la carte de crédit, on procédera à leur égard en les achetant en gros (par dO, 25), ou en les payant en monnaie de consommation.
Les abonnements auront une grande importance. Ils remplaceront même les billets circulaires. Nous généraliserons ici ce que l'Etat belge a très judicieusement imaginé; on délivrera pour des durées variant de huit jours à un an, des cartes autorisant la circulation dans une ou plusieurs zones secondaires ou principales, dans une ou plusieurs des six grandes régions de France. La demande sera faite à la Régie des Transports qui établira la carte d'abonnement, mais qui ne s'en dessaisira qu'après avoir acquitté la carte de crédit de transport délivrée par la Banque.
Il sera procédé de même lorsque les transports sont à la charge d'un service public ou économique à ceci près que les cartes sont de couleurs différentes et remises au voyageur par ce service et non par la Régie du Détail. Enfin les suppléments de bagages seront acquittés en monnaie de consommation de même que les transports de colis postaux et autres.
Section VIII.
Régime administratif de la consommation. — Rapports
avec la Régie du Commerce de Détail.
Economat et Bazar.
J'ai dit que la Banque délivre pour le Commerce de Détail deux cartes ou plutôt deux carnets sur lesquels sont portés les crédits demandés soit par un consomma-
teur isolé, soit au nom de chacun des membres d'une famille, ou d'une société de vie en commun.
L'un sert pour les fournitures à prendre dans l'Economat de l'Habitat, Quartier ou Coron, l'autre pour les achats dans le Bazar de la ville ou de la région (urbaine ou municipale).
Les inscriptions des dépenses peuvent s'effectuer de plusieurs façons suivant qu'elles se rattachent au système de l'abonnement, de la monnaie de consommation, des jetons ou de la facture.
Le système de l'abonnement est le plus simple. L'Economat, sur la demande de l'intéressé acquitte le montant de l'abonnement. Exemple : abonnement de trente francs de légumes; l'abonné aura le droit de s'en faire livrer chaque jour pour 1 franc à son choix. Si pou^ une raison quelconque il en désire davantage, il paiera le supplément en monnaie de consommation. Je veux par là dispenser de dresser des comptes aussi ridicules que ceux des cuisinières d'aujourd'hui : choux, 20 c, carottes, JO c, etc.
Je n'insiste pas sur le second système delà monnaie de consommation que la Régie délivre jusqu'à concurrence de la demande, et qu'elle reprend contre livraison des fournitures. Les choses se passent exactement comme aujourd'hui avec les paiements en argent, à ceci près que les billets et pièces n'ont cours que dans les magasins du Détail, ils ne peuvent être présentés au bureau des Transports par exemple.
Les coopératives ont répandu un système de comptabilité très simple, celui des tickets ou jetons, donnant droit par exemple, à un kilog. ou un demi-kilog. de pain, un litre ou demi-litre de lait, un domi-kilog. de viande de l'* ou 2® qualité, j'entends par là le choix des morceaux. Ces jetons seraient remis aux consommateurs contre inscription sur la carte. Ils pourraient élre utilisés en dehors du lieu d'émission, et par une autre personne mais n'auraient cours que pendant un certain délai après lequel ils seraient échangés.
J'arrive enfin au système de la facture qui conviendrait aux gros achats (vins ou épicerie prise en grande quantité) et qui s'emploierait pour les dépenses faites au Bazar (vêtements, meubles.) La chose achetée ou les choses achetées simultanément ne pourront être livrées que sur le visa d'une pièce et ce visa ne sera donné qu'après inscription de la dépense au carnet. . A la fin du mois les deux carnets sont arrélés au moment de l'établissement du compte. La balance peut faire ressortir un solde débiteur ou créditeur. Dans le deuxième cas, le consommateur sera remboursé de la portion non utilisée de son crédit, en principe par une ristourne à l'actif de son compte individuel au dernier jour du mois ou, pour un excédent faible, par une remise de-monnaie de consommation.
On procède d'une façon analogue pour le solde débiteur qu'il provienne d'une erreur ou d'une avance.
Une ristourne est opérée au pa*sif du compte individuel en vertu d'un chèque du titulaire de ce compte et au cas de contestation au moyen d'un titre établi par le greffe. Mais lorsque la somme est faible on la reporte au carnet du mois suivant au-dessous du crédit qui se trouve entamé d'autant comme par une première dépense.
Le client peut encore se libérer en rapportant de la monnaie de consommation qu'il a économisée ou qu'il s'est procurée contre des valeurs semblables ou de la monnaie de compte.
ANNEXE. Paiement par factures.
Les consommateurs se font remettre gratuitement, ou pour un prix très minime, des carnets de factures comprenant un nombre plus ou moins considérable de feuilles sériées et numérotées. Chaque feuille est divisée en quatre parties portant reproduites au verso par l'impression 1° les indications relatives au bureau émetteur province, municipalité, Quartier ou Coron; 2° celles sur le titulaire, ou les titulaires, noms, prénoms, domicile, série et n" des comptes individuels, série et n"* du carnet d'Economat ou de Bazar.
Les achats sont inscrits au moyen d'un procédé mécanique .qui reproduit identiquement les mentions nécessaires, quanti-
tés, qualités, prix, dates sur les quatre parties, par l'employé qui reçoit la commande, après quoi il envoie la feuille entière au comptable de l'Economat ou du Bazar. Celui-ci qui a reçu de la main à la main, ou par la poste, à moins qu'il ne le détienne d'une façon continue, le carnet d'Economat ou de Bazar vérifie s'il y a crédit suffisant. Sinon il retourne la feuille au client avec une note épinglée, mentionnant la cause de son refus. Au cas où il y a provision, il inscrit la dépense au carnet puis, par un timbre il marque d'un 6o?i les quatre parties de la feuille, détache la quatrième appelée proprement facture et la conserve comme pièce com])table. Les trois autres reviennent encore adhérentes à l'employé dont nous avons parlé ; celui-ci détache la troisième dite commande et la garde, on comprend pourquoi. Il remet ou envoie le n^ 2 au client pour lui servir de preuve en cas de réclamation ; de là son nom : justification, et l'avertir que tout étant en règle il va recevoir la marchandise. Celle-ci circule dans les magasins et au dehors accompagnée du n» 1 qui est dit reçu parce qu'il reçoit la décharge de l'employé livreur par le consommateur prenant possession à l'Economat, au Bazar ou chez lui.
Section IX.
Régime administratif de la consommation. — Rapports des consommateurs avec les organes producteurs.
Un des grands principes du régime collectiviste est que les consommateurs n'entrent en rapport avec les producteurs (Régies, Sociétés ou Maîtrises) que par l'intermédiaire obligatoire de la Régie du Commerce de Détail. Gela est indispensable, nous le démontrerons, d'abord pour établir le budget économique destiné à équilibrer la production^, d'après la consommation; ensuite pour répartir par le budget financier, la masse des richesses produites entre tous les citoyens, producteurs ou non. Il faut, verrons-nous, dans ce but majorer le coût de revient de chaque marchandise vendue au détail d'un tant pour cent correspondant à la charge des services publics; cette charge étant prise sur la plus-value, sur la partie du travail social qui n'est pas payé.
C'est pour celte raison que la Régie procédera comme
aujourd'hui un commerçant. Pour s'assurer des bénéfices qui ne se réalisent pas, d'après Marx, dans le processus de la circulation mais dans celui de fabrication, il s'interpose entre l'industriel et l'acheteur.
Mais il est encore bien des cas où le consommateur entre de nos jours en relations directes avec le producteur. Je laisserai le cas de l'usinier qui écoule directement ses produits dans le public, pour ne m'occuper que des artisans ou artistes travaillant à façon ou sur commande. Ilsl, ne disparaîtront pas complètement de la Société Collectiviste, et j'aurai à exposer leur régime économique. Pour le moment je dirai que les artisans peuvent être rattachés à des Economats ou Bazars ou demeurer autonomes. Les Maîtres rattachés seront dans la situation analogue à celle des petits patrons qui fabriquent des meubles vendus par les maisons importantes du faubourg Saint-Antoine. Le consommateur ne les verra pas; ils ne seront en rapport qu'avec la Régie du Détail et traiteront avec elle comme nous le dirons, pour la constitution des stocks oii le Bazar puisera pour satisfaire aux demandes des clients. Si la Régie n'a pas en magasin l'article demandé, elle le fera exécuter par son « entrepreneur » exactement comme s'il s'agissait de garnir le « rayon » et, la marchandise une fois reçue, elle la revendra dans les formes ordinaires; au retard près, tout se passera pour la commande comme pour la confection. Si cependant l'objet demandé n'étant pas de consommation courante, le Bazar craint qu'il ne lui reste pour compte, il exigera le paiement d'avance par un des moyens que nous savons, de tout ou partie du prix, sauf à le ristourner en cas de non livraison.
Mais, direz-vous, les élégants et les coquettes ne se contenteront pas des modèles « Belle jardinière » ; ils voudront s'habiller sur mesure et entrer en relations directes javec bottiers, tailleurs, couturières et modistes. Ils le pourront. Ces artisans, dont le nombre sera limité nous leverrons, ne se feront concurrence que par la qualité de leurs produits ou par la diligence qu'ils apporteront à satisfaire leur clientèle, non par les prix, lesquels seront
fixés par la Régie du Détail, sans pouvoir être ni majorét) ni diminués. Les prix dont je parle sont ceux payés par l'acheteur, ils sont supérieurs à ce que l'artisan recevra pour la raison que j'ai dite.
Gomment le client s'acquittera-t-il? je répondrai qu'il paiera à la Régie, et que celle-ci comptera ensuite avec l'artisan.
S'il recourt au système de la facture, tout se passera comme nous avons vu, à ceci près seulement que le fournisseur jouera le rôle de l'employé du bazar qui reçoit la commande. Gardant la pièce de ce nom, il l'envoie à la Régie du Détail à époques régulières, en fin do mois par exemple ainsi que le reçu qui prouve que la fourniture a été livrée et acceptée, avec un bordereau récapitulatif dans les formes requises pour ces sortes d'actes. Du total des sommes payées par les clients, on déduit la remise du Détail pour ses frais généraux et la majoration- impôt.
Si la Régie et l'artisan tombent d'accord, {en cas contraire la justice statuera), le bordereau étant régulièrement établi et accepté, est envoyé à la Banque qui opère les virements nécessaires *.
Quand les clients paient en monnaie de consommation, on |sait qu'il en existe une spéciale pour les Maîtres, ceux-ci la renvoient à époque fixée avec un bordereau et il est procédé de même pour le prélèvement de la remise et dela majoration : sur cent francs par exemple le Détail en retient un pour lui, vingt-cinq pour les Finances.
Pour d'importantes commandes les clients peuvent recourir à dos chèques tirés par eux sur la Banque qui les ayant débités, leur délivre une carte spéciale ou supplémentaire sur laquelle la R('gie inscrit les factures ou remises de monnaie de consommation.
1. Le prix faible est porté à l'actif du compte commercial du maître, au passif d'un compte spécial de la Ri'gie (celui di'S remboursements aux Maîtres rattachés) la remise à l'actif du compte e des remises à la Régie sur fourniture des Maitrr-s rattachés « et la majoration passe à l'actif d'un compte du Ministre des Financer,
Les Maîtres qui ne sont payés en principe que contre ivraison peuvent « exiger des garanties » s'ils craignent ue le travail effectue ne leur reste pour compte, le client tant mort ou insolvable au moment où il pourrait prenre livraison. Il leur suffira pour cela d'établir, d'accord vec lui, la facture au jour de la commande et de la faire iscrire, h ce moment, sur la carte générale ou spéciale du létail. L'artisan devant envoyer le reçu à l'appui du borereau récapitulatif ne sera payé qu'après l'exécution omplète de la livraison. Si on veut que le fournisseur eçoive, auparavant, des avances destinées à^l'aider et ayées au début du travail ou au fur et à mesure de son vancement, il suffira de fractionner le prix en plusieurs ictures, qui seront inscrites sur la carte de la Régie soit îimédiatement soit à des échéances successives, mais ne cront payées au i\[aître que sur le reçu signé des clients. >n peut concilier l'entière sécurité des parties en cause vec la plus grande variété et souplesse de combinaions.
Quant aux Maîtres autonomes ce sont les artistes. Dions que leur régime est celui des artisans à deux difféences près : leur nombre est illimité et ils fixent comme ;S l'entendent leurs prix, mais ces prix sont augmentés e la remise du Détail et de la majoration- impôt. Quand "artiste exige 100 francs, le client doit payer à la Régie 25 fr. et le paiement se fait comme nous avons vu et de lême le règlement de comptes qui le suit.