‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 73 sur 105 · SECTION II. 1 3. INSTRUCTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

SECTION II. 1 3. INSTRUCTION GÉNÉRALE

comporte dans notre société capitaliste que je l'ai abordé au point de vue qui doit seul nous retenir, celui de la Société Collectiviste. Je me bornerai donc à formuler les résultats défmitifs de l'évolution commencée de nos jours et que le législateur devrait préparer s'il n'était aveuglé par les plus graves préjugés. Voici quels principes domineront alors, à mon avis, l'instruction.

Elle sera, est-il besoin de le dire, absolument rationaliste, purgée de toute survivance des religions abolies, gratuite à tous les degrés et à tous les degrés publique. J'entends qu'elle ne sera donnée que par l'Etat ou ses démembrements, villes, municipalités, provinces, Universités plus ou moins autonomes, car c'est une des matières où je conçois la décentralisation et j'en attends de bons effets. La liberté de renseignement ne se comprendra que comme une dépendance, un prolongement de la liberté de penser et de publier sa pensée. Particuliers isolés ou associations pourront librement^ en matière scientifique comme dans tous les autres domaines, ouvrir cours et conférences destinés aux adultes, mais l'Etat aura le droit absolu qui ne saurait être limité par aucun droit antagoniste reconnu au père de famille, de diriger l'instruction de la jeunesse.

Qu'un enfant ait des aptitudes pour un enseignement, il a le droit de le recevoir, je puis même dire qu'il en a le devoir. Il ne peut en effet refuser de développer des acuités que ses maîtres estiment pouvoir profiter à la ommunauté. A plus forte raison ses parents ne peuvent 'obliger à abandonner des études qui ne leur coûtent rien, Dour un travail dont ils ne peuvent tirer aucun profit. A out âge en effet le citoyen a la jouissance exclusive de sa rente et de ses bénéfices; on ne verra rien de sembla- Dle à l'usufruit légal du père sur la fortune ou les gains ie ses enfants; ainsi seront rendus impossibles les calculs intéressés dont j'ai parlé, que le capitalisme permet )u même impose, et qui seraient, aussi contraires à la loi, ]ue condamnés par l'opinion publique.

En revanche, personne n'a le droit de suivre un ensei-

gnement dont il ne peut tirer un profit sérieux. C'est une conséquence rtaturelle et forcée de la gratuité, mais j'avoue que je serais disposé à consacrer cette règle même aujourd'hui dans l'enseignement secondaire et supérieur payant, demi-payant, devrais-je dire à raison de l'insuffisance des rétributions scolaires, qui ne couvrent pas toutes les dépenses des lycées et Facultés.

L'instruction sera identique pour les deux sexes au moins dans sa partie générale, sous le régime de la coéducation et de l'externat simple ou de la demi-pension K

L'internat, qui n'est qu'une odieuse survivance du monachismo est, à mon avis, condamné à disparaître. II n'est pas sans intérêt de formuler cette conjecture devant les conservateurs qui feignent de s'indigner du communisme en ce qui concerne la famille. C'est vous, pourrons-nousj leur dire, qui détruisez la famille, en autorisant ou obligeant les bourgeois à se séparer de leurs garçons et d( leurs tilles et à les séquestrer dans des couvents ou dei lycées, où ils vivent dans les conditions les plus anti-naturelles. Une école aristocratique nous vante à tout propos « le régime tutorial des collèges anglais. » Eh bien,] ce régime, qui ne fonctionne que pour quelques centaine! d'écoliers très riches, je l'étendraisà la population scolaire.' Je m'explique. Les écoles pourront être multipliées sans grands frais, dans les conditions économiques alors régnantes, et à raison même de la généralisation de l'instruction et de la coéducation. L'instruction générale au moins, sera donnée dans tous les groupements d'habitations, qui d'ailleurs ne descendront jamais au-dessous! d'un chiffre raisonnable d'habitants constituant une population scolaire minime. Lorsque des jeunes gens devront aller loin de leurs parents, suivre des cours secon* dairesou supérieurs, ils seront reçus comme pensionnairesj dans d'autres familles, agréées à cet effet par l'autorité scolaire. La coutume se répandra certainement de cei

1. V. ce que j'ai dit dans le chapitre II, sur les cantinej scolaires et les garderies.

SECTION II. § 4- APPRENTISSAGE 3i5

échanges d'enfants que l'on observe en Suisse, entre cantons allemands et romans. Un ménage de grande ville, enverra un enfant en bas âge chez un travailleur de domaine agricole et nourrira à la place un garçon ou une fille de plus de quinze ans, élève d'une école secondaire ou de l'Université.

Je viens d'indiquer les divers degrés d'enseignement. A la base sera l'enseignement primaire qui correspondra non seulement à nos écoles matejrnelies et primaires, mais encore à ce que nous appelons l'instruction primaire supérieure représentée à Paris par les Ecoles de la Ville, Colbert, Turgot. J. B. Say et aux Realschulen des Allemands. Les enfants des deux sexes le recevront, tous sans exception, en divisions successives de sept à quinze ans. Les classes obligatoires ne se termineront pas en principe avant cet âge. Si cependant les notes d'un écolier ou d'une écolière à la fin de l'une des trois dernière» années, descendent au-dessous d'un certain minimum, la juridiction disciplinaire scolaire pourra prononcer son exclusion, sa mise anticipée en apprentissage, La même autorité peut au contraire prolonger la scolarité pour les élèves qui sont en retard, mais peuvent néanmoins tirer profit de l'enseignement allongé.

Les enfants arriérés seront déférés à la Cour Médicale, qui les soumettra à un régime spécial approprié à leur état physique et mental.

§ 4. — Apprentissage. — Les garçons et les filles ayant terminé leur instruction primaire â l'âge normal ou auparavant, entreront en apprentissage, lorsqu'ils n'auront pas été jugés en état d'aborder le second degré, l'enseignement secondaire professionnel.

Ils seront d'abord soumis à un examen physique, devant un délégué de la Cour Médicale, qui déterminera s'il y a lieu les variétés d'apprentissage qui doivent être interdits à tel ou tel, à raison de sa constitution, ou les précautions qui doivent être prises dans l'intérêt de sa. santé.

L'apprentissage, ceci est un principe très important

à mes yeux, relèvera non pas des administrations qui règlent la production, mais de l'autorité scolaire, c'est-àdire du Conseil (urbain, municipal ou d'arrondissement) de l'enseignement, lequel sera composé de membres nommés par les instituteurs, les directeurs provinciaux des services publics et des Régies, par les conseils économiques, représentant des Sociétés et des Maîtrises et les conseils locaux (des villes ou municipalités). 11 compte en outre des délégués de la Cour Médicale.

Dans les limites fixées par une loi générnle, ce conseil arrête le règlement local, détermine les conditions et la durée de l'apprentissage dans chaque métier, durée qui pourrait être allongée ou diminuée, suivant les nécessités économiques du moment, ainsi que nous l'expliquerons.

Il désigne enfin, dans les Maîtrises et Sociétés aussi bien que dans les Régies ou services publics, sur des listes de proposition émanant de leurs représentants, conseils ou directeurs, les patrons, c'est-à-dire les hommes ou femmes, que leur âge, leur caractère, leur intelligence semblent dignes de la mission, qui leur sera confiée, de former de bons travailleurs, des citoyens probes et libres.

Je dois insister sur le caractère de l'apprentissage. Il devra être essentiellement scolaire et éducatif et organisé dans cette vue. L'apprenti ne sera plus un domestique de l'atelier, un saute-ruisseau ou un trottin suivant les, pittoresques expressions de l'argot parisien, ni un ouvrier] au rabais, un fonctionnaire impayé. Il sera surnuméraire,] c'est-à-dire n'entrera pas en compte dans le calcul du] personnel nécessaire pour assurer la marche du service] ou la production normale de l'entreprise, sauf à faire pari exception et en cas de nécessité urgente, de maladie d'uni titulaire par exemple, fonction de remplaçant. En second] lieu il devra passer successivement par toutes les parties] du service, par tous les détails du métier.

Ce sont les enfants eux-mêmes qui dans l'ordre de leurs! notes de sortie de l'école, choisiront métier et patron,] sauf le droit pour l'autorité scolaire, c'est-à-dire l'inspec-j

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