SECTION II, § 11. DURÉE DU SERVICE ACTIF
tôt. seront réglementaires et tantôt subordonnées à une approbation ; d'autres fois le Ministre Jouira d'un droit de veto ou de suspension; le tout sans préjudice de l'annulation qui pourra être prononcée par une juridiction pour excès de pouvoir.
On transportera peut-être ici la théorie de la tutelle administrative, rendue inutile en ce qui concerne les pouvoirs locaux, parla décentralisation. Toute la liberté compatible avec l'ordre politique, voilà une maxime des conservateurs qui se transformera en celle-ci : toute la liberté compatible avec l'ordre économique.
§ li. Durée du Service actif. Age de la mise à la retraite, — Comment fixe-t-on l'âge oii, tout en continuant de toucher leur Rente, les citoyens seront dispensés de travailler? Deux systèmes peuvent se concevoir. L'un préconisé par Bellamy, consiste à avancer le plus possible à quarante-cinq ans par exemple, l'âge de la mise à la retraite pour permettre au retraité encore jeune, de commencer une nouvelle vie. La première a été absorbée par une activité économique, la seconde sera intellectuelle, consacrée à la science, à l'art, à la politique, aux rapports sociaux de toutes sortes?
J'objecterai que laretraite, ainsi anticipée, nécessiterait pendant l'activité, un travail plus intense, excessif peutêtre. En outre, et surtout je doute fort, qu'un homme puisse après avoir dépassé la quarantaine, commencer une existence nouvelle, différente de celle qu'il menait auparavant. Le caractère est définitivement formé, l'esprit a atteint son entier développement. Je craindrais que des hommes jeunes encore, et incapables de se donner un nouveau but ne traînent une vie de lamentable oisiveté, dont le cours serait abrégé par l'ennui. Que de commerçants souffrent, retirés des affaires, d'un repos qu'ils ont ardemment désiré et dont ils ne peuvent trouver l'emploi. Ils ont perdu ce que le poète appelle les vitai causae en cessant brusquement l'activité professionnelle, qui faisait toute leur existence, et absorbait toutes leurs forces, leurs sentiments, leurs pensées; le changement brusque
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et complet des habitudes antérieures, est à lui seul d'ailleurs une cause de souffrance.
Aussi me paraît-il bien préférable de retarder la retraite jusqu'à un âge plus avancé, variant suivant les professions de cinquante à soixante ans par exemple, oii l'homme sera incapable réellement de fournir un bon travail, mais, en même temps, de diminuer le plus possible la durée du labeur quotidien, de multiplier les congés ou vacances, en un mot de laisser au citoyen « actif » les plus grands loisirs compatibles avec les nécessités de la production. J'espère beaucoup, pour les progrès de la civilisation et le bonheur des hommes, d'un régime économique qui, au lieu d'écraser le travailleur d'un labeur exagéré, épuisant les forces physiques, atrophiant les facultés mentales, tuant enfin tous désirs, toute volonté, pèserait sur le membre de la communauté collectiviste d'un poids assez léger pour lui permettre de mener une vie en partie double, partageant les heures entre l'accomplissement de son devoir de travail, et la satisfaction de ses plus nobles aspirations. Que sa tâche professionnelle soit de celles que nous méprisons aujourd'hui comme trop humbles pour une mentalité consciente de sa valeur, peu lui importera, il se dira en reprenant l'outil : dans cinq ou six heures je redeviendrai « le penseur rêvant sur les libres sommets )>; je rentrerai artiste dans ma tour d'ivoire; je goûterai, mondain raffiné, les joies de la vie élégante ; sportsman, je me griserai de vitesse et d'air pur. » N'est-il pas des hommes de lettres qui estiment avec juste raison moins dangereux pour leur talent, le travail machinal d'un greffier d'état civil, que les basses besognes d'un journaliste?
De même aussi viendra-t-on se reposer à l'atelier des fatigues intellectuelles, au bureau se détendre les muscles. Le retraité se considère aujourd'hui comme un homme « fini », désormais inutile à lui-même et aux autres. Il dira : « maintenant que j'ai payé ma dette de travail, je ne vivrai plus que pour moi et consacrerai exclusivement les jours qui me restent à vivre, à mes occupations favo-
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rites. » Ce que Bellamy rêve sous forme successive, je le conçois dans la simultanéité.
§ 12. — Durée du travail, — Un bon emploi des forces productrices permettra de réduire considérablement la durée du travail généralisé. Les congés donnent un grand charme à la vie ; mieux vaut mille fois travailler énergiquement pendant un temps limité et conquérir ensuite une liberté dont on a l'emploi, que de somnoler comm'; les petits commerçants pendant d'interminables journées derrière un comptoir fréquenté, à de longs intervalles, par de rares clients.
Je rêve la remise en vigueur du calendrier républicain divisant l'année en douze mois de trente jours et la complétant par cinq ou six jours de fêtes civiques (les sans-culottides). La semaine serait remplacée par la décade que couperait, au lieu du dimanche, soit deux journées soit un jour plein et deux demi-journées de repos. Enfin les citoyens jouiraient d'un mois de vacances, au" minimum, et tous les dix ans d'un semestre entier. Les Chambres fixeraient, tous les ans, le travail maximum, que devraient fournirles citoyens valides et qui varierait par exemple de 2.000 à 2.200 heures ^ Cette variation contribuerait à l'équilibre entre la consommation et la production, en influant sur cette dernière.
Les citoyens se poseraient chaque année ce dilemme : augmenter les richesses à consommer et dans ce but travailler davantage, ou restreindre leurs besoins par amour du repos. Les différents peuples suivraient leur tempérament, ceux du Midi préféreraient la paresse, et ceux du Nord le luxe.
Les chilfres budgétaires que je viens de citer (2 OOO à 2.200 heures) ont été obtenus en multipliant le nombre de jours (250 à 275) par le fameux chiffre de huit heures.
Mais je considère ce chiffre comme un maximum qui ne serait atteint que dans les métiers les moins fatigants,
1. Le repos décadaire représenterait 72 jours, les sans-culottides 5 jours et les vacances 30 jours. 258 jours de travail, en tout à huit heures par jour, cela fait 2.064 heures.
les plus agréables. Deux manières s'offrent, en effet, de compenser l'inégalité inévitable entre les diverses sortes d'activité quant à la fatigue physique ou intellectuelle, l'insalubrité, etc. : l'une consiste dans la variation du salaire, l'autre dans la proportionnalité de la durée du travail. Je n'hésite pas à préférer la seconde, dans l'intérêt supérieur de la race qu'il ne faut pas oublier, d'abord, et aussi parce qu'elle tend moins à conserver et à développer chez les communiers l'avidité d'argent. Plutôt que de mettre aux enchères les besognes répugnantes ou épuisantes, je préférerais certes, comme le bon Fourier, couronner de fleurs ceux qui s'y consacreraient volontaireraent *.
i. Je repousse donc le système proposé par Gjeorges Renard. (Régime socialiste p. 170) d'une rémunération du travail faisant croître le salaire en raison inverse de l'offre de travail. Il en résulte cette conséquence singulière que, si dans les métiers dangereux, fatigants, répugnants, les salairi^'s sont très élevés, en revanche la journée y serait de lon^rueur démesurée ; ainsi M. Renard examine l'hypothèse de métiers où elle atteindrait 4.500 heures par an, la moyenne étant de 1.500, cela ferait à raison de 300 jours ouvrables par an, quinze heures d'un travail non pas recherché comme peu pénible, facile et agréable, mais déserté comme dangereux, malaisé. En vain M. Renard décide que ce travail triple en durée sera rémunéré par un salaire neuf fois plus fort, qui attirant les otTres de main d'œuvre abaissera la durée de la journée. A ce jeu de l'oflre et de la demande je préfère un régime abrégeant la durée du labeur, égalisant les salaires, cela vaut mieux que d'exciter les appétits d'argent ou d'abuser des besoins exceptionnels de quelques citoyens. Un Etat bien organisé peut-il permettre à des hommes de détruire leur santé et leur vie, compromettre leur puissance de travail et l'avenir de la race par avarice ou pour satisfaire aux caprices d'une femme coquette?
Sur les navires de guerre, lorsque dans la mer Rouge le travail de chauffe devient infernal, on le répartit entre tous les hommes d'équipage en réduisant ainsi la souffrance de chacun au minimum ; que penserait-on du commandant qui allongerait les quarts pour les chauffeurs de bonne volonté en aujïmentant la solde des malheureux, assez peu raisonnables pour se laisser tenter par les quelques francs que leurs camarades seraient trop heureux d'abandonner. Que le capitalisme se croie quitte, le salaire payé, envers le prolétaire qu'il a épuisé,
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Ainsi donc pour établir l'égalité réelle entre les divers travaux, on calculerait, par des méthodes scientifiques que nous voyons déjà se constituer, la dépense de force qu'ils exigent. On tiendrait également compte de leur caractère désagréable et on arriverait à établir des coefficients en «/^ par exemple, 100, 125, 150, 200, 300, dont le résultat serait qu'une heure effective de travail vaudrait suivant les métiers 1 1/4» 1 ^/V 2, 2 1/25 3 heures même de travail légal : dans cette dernière hypothèse, le citoyen qui accepterait une des professions les plus pénibles en serait quitte avec 700 heures, (environ trois mois), tandis que les tempéraments plus mous, moins énergiques, moins avides de liberté prendraient des emplois qui les retiendraient davantage. Les travaux de nuit seraient majorés, et de même ceux accomplis pendant les jours ordinaires de repos, et surtout les grandes fêtes civiques.
Etant données les facilités dont jouiront les citoyens pour organiser le travail à leur guise dans la mesure naturellement qu'imposeront les nécessités de la production, ils pourront payer leur dette comme ils l'entendront, en gros ou petits acomptes; je m'explique. Celui qui préfère la vie douce, régulière, monotone, répartira son travail sur toute la durée de l'année; d'autres surchargeront certaines saisons, certains mois pour acquérir de longues périodes de liberté ; on choisira par exemple entre travailler trois heures pendant 250 jours ou huit heures pendant trois mois environ.
Mais dans cette voie de concentration du travail il ne sera pas possible de dépasser certaines limites fixées dans
l'Etat collectiviste ne peut raisonner de même. Ajoutons comme dernière objection au système de M. Renard que Tappàt de l'argent peut parfaitement ne pas suffire pour recruter un métier nécessaire. Qu'arriverait-il si, poussant plus loin son hypothèse, les volontaires se présentant pour telle besogne étaient si peu nombreux que la jt)urnée monte à trente-six heures ou même à vingt-quatre? Le libre jeu de l'ofifre et de la demande ne peut donc suffire, il faut prévoir la nécessité d'une contrainte, dans le système de M. Renard comme dans le mieu.
l'intérêt de l'hygiène, et aussi de la bonne production, par les règlements qui détermineront un certain maximum par jour (40 heures par exemple), par décade (90 heures). Deux journées de labeur devront être séparées par un minimum de repos de douze, heures, qui devra être doublé deux fois par mois. Il est hors de doute que dès avant la Révolution Sociale le prolétariat parviendra 5 imposer au patronat des règles analogues. J'en trouve déjà les linéaments dans le projet de loi pendant devant les Chambres Françaises et relatif aux travailleurs de la voie ferrée.
Rappelons enfin, que si un métier nécessaire ne se re crute pas suffisamment, on y pourvoira en l'imposant au jeunes gens arrivant à l'activité, sauf à ceux-ci à se faire remplacer par les générations qui les suivent. Il est inu- j tile de parler des conditions hygiéniques du travail, elles * seront assurées par l'inspection médicale des délégués de la Cour et les intéressés auront^ pour triompher des résistances administratives aux améliorations qui s'impoposeront, les recours judiciaires.
ANNEXE 1. L'enseiqnememt populaire supérieur.
Dans chaque Habitat, Coron ou Quartier, existe un cercle qui comprend des salles de réunion, musique, etc. Les cours, promenades, bibliothèques sont organisés soit par le conseil d'uilininistration du cercle, soit par un comité spécial élu par les habitants qui comprendrait, en outre, des membres de droit (les professeurs et instituteurs de l'Habitat). Ce conseil élirait une petite commission executive.
Le Budget spécial de l'Enseignement populaire supérieur serait alimenté par les cotisations obligatoires des membres du groupe, par des souscriptions supplémentaires facultatives, par des suJjventions municipales urbaines, provinciales, ou nationales, ou par des allocations émanant d'associations (scientifiques, littéraires ou artistiques) ou d'organes économiques. Régies, Sociétés ou Maîtrises, en argent ou nature. C'est sur ce budget que seraient rétribués les professeurs, conférenciers, artistes.
Au-dessus, serait un service provincial administré par un conseil composé de membres élus dans les Habitats, par l'assemblée générale ou le conseil d'administration, par les Universités, les associations littéraires, scientifiques ou artistiques, les
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assemblées provinciales, municipales, urbaines et enfin les particuliers donateurs, ou les personnes morales, contribuant à cette grande œuvre par leur souscription.
Avec un budget alimenté par les cotisations des cercles, proportionnelles au nombre des liabitants, les subventions des provinces, municipalités ou villes, des associations désintéressées et des organes économiques, sans compter les souscriptions, dons et legs, ces fédérations provinciales s'occuperaient de la rédaction de programmes types, qui n'auraient naturellement rien d'obligatoire, ainsi que du recrutement des professeurs et conférenciers qu'elles mettraient à la disposition des cercles, sans les leur imposer, bien entendu. Elles donneraient des bourses, organiseraient des voyages, publieraient des revues, des séries de volumes et enfin administreraient une bibliothèque circulante provinciale, qui enverrait ses livres successivement dans les cercles qui les demanderaient.
Enfin le service na^zona/ de l'Enseignement populaire supérieur serait de même constitué par la fédération des services provinciaux, et administré par un conseil composé de membres élus par les Chambres, l'assemblée provinciales, parisienne, les conseils de fédérations provinciales, les Universités, les grandes associations littéraires, artistiques et scientifiques et les souscripteurs et donateurs.
A ce service on pourrait donner les bâtiments de l'Institut actuel, où serait installé le secrétariat, où se tiendraient les séances du conseil ; les Bibliothèques Mazarines et de l'Institut recevant du dépôt légal un des exemplaires des volumes ayant de l'intérêt pour l'Enseignement populaire supérieur permettraient d'organiser, en outre de la lecture sur place, des envois aux maîtres de set enseignement et aux personnes qu'ils recommanderaient.
Le service national organiseraitdes publications, des voyages, des missions, donnerait des bourses, organiserait des congrès internationaux, correspondrait avec les organisations similaires de l'étranger.
Est-il besoin de dire que le Collectivisme multipliera les grandes l)ibliothèques publiques de lecture sur place, en améliorera le régime, les ouvrant aux heures où les citoyens sont libérés de leur travail professionnel, les installant dans les parties de villes déshéritées. A Paris par exemple, l'Arsenal, à Sainte-Geneviève ne suffisant pas, il faudrait en ajouter d'autres à Vaugirard, au Trocadéro et sauf la Nationale elles seraient entretenues sur le budget de la ville. Il y en aurait de semblables dans une vingtaine de grands chefs-lieux des provinces, lesquelles seraient provinciales. Enfin les villes de moindre importance, auraient à leur charge des bibliothèques urbaines au nombre de 4 ou 500.
360 LA CITÉ FUTURE. — CHAPITRE III. PRODUCTION ANNEXE 2. Tableau des titulaires.
Les tableaux du personnel sont divisés en plusieurs colonnes :
1° Numéro d'ordre du tableau qui varie d'après les inscriptions ou radiations dans le courant de l'année.
2" Xomj, prénoms, sexe, lieu de naissance n»» du casier civil et du casier médical.
3° Aptitudes, n»» des séries d'emplois auxquels l'intéressé est inapte.
4« Date d'inscription à cette partie du tableau.
ûo Numéro du titulaire.
Il s'agit d'une numérotation continue pour chaque district depuis l'ouverture du tableau, c'est un matricule que chaque citoyen garde toujours depuis son entrée dans le ressort comme aspirant ou postulant jusqu'à sa sortie de ce ressort, ou sa mise à la retraite ; deux personnes ne peuvent avoir le même numéro.
Celui qui est inscrit sur plusieurs tableaux de brevet et de diplôme, a sur chacun un numéro spécial.
6° Date d'entrée comme titulaire et sa cause (situation antérieure d'aspirant ou de postulant).
7« Dans cette colonne on inscrit, au-dessous les uns des autres, les divers services, division de Ministère ou de Régie, Sociétés Maîtrises ou service de remplacement dont ils font partie, au cours de l'année avec la date d'entrée ou de sortie, Ks commencements et fin de congés, pour maladie ou autre cause.
8° Date de la radiation et cause. (Mort, retraite, mise hors cadre, congé illimité) passage dans un autre cadre, ou dans une autre circonscription et les renvois y relatifs.