‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 8 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GENERALITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GENERALITES

tenant des vestiges du passé et des germes de l'avenir. C'est à dégager ces germes que nous devons nous appliquer, et quelle force démonstrative nous pourrons tirer en faveur de notre thèse de certaines questions qui nous sont posées soit sérieusement, soit avec malice ?

Comment, dans votre paradis, réglera-t-on ceci ou cela?

De la même façon, répondrons-nous, que, à Theure où nous en parlons telle coutume sociale que vous ignorez, telle pratique administrative naissante résout semblable problème. Que d'esprits, non pas précisément hostiles, mais routiniers et timorés nous amènerions à nous en projetant un peu de lumière sur ces ténèbres qui les effraient, en leur montrant au lieu d'un précipice béant qu'ils redoutent, un terrain aussi uni que celui qu'ils foulent. Pour beaucoup, la suppression de la propriété ne signifie pas la modification d'un rapport moral et juridique, mais la destruction matérielle des richesses jusqu'à présent accumulées. Voici des hommes qui craignent non pas de perdre des privilèges capitalistes qu'ils n'ont pas, mais de voir la Révolution Sociale démolir les maisons et arrêter les chemins de fer. Pour les rassurer, montrons-leur les maisons construites, entretenues, gérées, les chemins de fer exploités suivant des règles précises que l'on peut emprunter àja gestion des patrimoines de municipalité ou de main morte, aux administrations d'Etat Belge, Français ou Prussien. Les mots mêmes, auxquels le profanum vulgus tient souvent plus qu'à fond des choses subsisteront souvent dans le novus rerum ordo, et la continuité du langage tendra à dissimuler en partie la gravité des transformations.

Bien des capitalistes distinguent ce que je pourrais appeler la richesse jouissance de la richesse puissance. Ils font bon marché des plaisirs de luxe ou de vanité dont ils sont rassasiés, mais ne résigneraient pas aussi facilement le pouvoir social dont ils disposent. Montrons-leur comment le Collectivisme n'amènera pas, comme on le ditj un nivellement écraseur des individualités*énergiques, qu'il assurera au contraire à ces individualités leur libre

expansion, qu'il mettra the right man m the right place et que les hommes qui mériteront les premières situations dans la Société Future les auront plus sûrement que dans le chaos où nous vivons. Que pensez-vous d'une propagande ainsi faite? Inefficace sans doute pour convaincre ceux qui, tenant la proie refuseront de la lâcher pour l'ombre — nous ne pouvons les en blâmer — elle agira peut-être sur bien des gens que l'ambition, en elle-même légitime, range du côté des exploiteurs d'aujourd'hui pprce qu'on ne leur a pas montré que le Collectivisme leur ouvre à eux ou à leur postérité un avenir aussi brillant que celui qu'ils rêvent dans le capitalisme.

Ce qui montre que l'opinion ici défendue est fondée, c'est précisément le grand nombre d'utopies qui ont été publiées dans les vingt dernières années; nombre qui dépasse peut-être celui des œuvres similaires depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Q\\ç, de romans intéressants toujours, délicieux parfois, dont nous pouvons faire profit! Je ne me propose pas de les critiquer ex professe, en recherchant dans quelle mesure ils ont observé les préceptes de Menger. Je ne veux pas davantage les imiter, et je ne raconterai pas une intrigue amoureuse entre un homme de l'enfer capitaliste et une femme du paradis reconquis. Mais je dois en convenir franchement pour aller au devant des reproches, mon travail, comme celui de Deslinières, (L'application du système collectiviste) pour être d'une forme plus sévère, moins pittoresque que Looking Backward, Eqnality, News from Nowhere, Freiland, mérite tout comme les livres de Bellamy, Morris et Hertzka le qualificatitf d'utopie ; j'admets donc, ou pour mieux dire je sollicite quant aux idées émises entre ces romanciers et moi une comparaison qui s'impose puisque comme eux je me propose d'esquisser un tableau de la Société Future.

La diversité des conceptions idéales de cette Société Future en montre, dit M. A'andervelde i, le caractère essentiellement subjectif. N'est-ce pas inévitable, dira-t-on,

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