SECTION III. § 1. LE PAIN
une administration que j'appelle Commerce de Gros, et qui sert de courtier obligatoire pour l'achat et la vente des matières premières.
Quant aux produits achevés ils sont livrés à une autre administration, qui doit les tenir à la disposition des consommateurs, et qui commande, en leur nom, ce dont ils ont besom. C'est la Régie du Commerce de Détail qui se compose, on lésait, de deiix services distincts, l'un relatif à l'alimentation (vulgo la Halle), l'autre pour toutes les autres marchandises (le Bazar). Je rappelle que certains producteurs sont rattachés directement à cette Régie, ainsi les Minoteries-Boulangeries, et les abattoirs dont je dois, d'abord, m'occuper.
§ 1. Alimentation. Le pain. — Je pourrais, reprenant le titre d'un ouvrage de vulgarisation, intituler les développements qui vont suivre, histoire d'un morceau de pain socialiste. Nous avons vu, dans le chapitre premier, le citoyen l'acheter moyennant des jetons et le recevoir à domicile. Comment règle-t-on la fabrication et la distribution du pain, la culture et la circulation du blé. Partant de la consommation, nous remonterons la série des opérations dans un ordre inverse de celui où elles se réalisent réellement. Dans l'économie capitaliste, le petit boulanger qui vend le pain, achète la farine à un marchand qui la tient d'un minotier. Celui-ci a moulu le grain provenant d'un négociant en gros, lequel souvent n'entre pas en rapports directs avec le paysan. Je fais abstraction des spéculateurs qui, sans jamais voir les grains ou les farines, réalisent, par le jeu, des bénéfices qui ne sont que l'appropriation par eux d'une partie de la plus value. Voyons comment ces opérations se réaliseront dans l'Etat Social.
Tous les Economats d'une ville et de sa banlieue immédiate, seront desservis par une Minoterie-Boulangerie. II en faudrait pour Paris deux, à Saint-Denis et à Montrouge par exemple. Je conçois ces Minoteries-Boulangeries sur le type de celle de l'Assislance Publique dont j'ai ' parlé. Cet établissement comprendra donc les cinq ser-
vices suivants : grenier, minoterie, magasin de farines, boulangerie, et paneterie.
Dans les campagnes, la boulangerie installée dans le sein même d'un Habitat isolé, serait alimentée de farine par une minoterie régionale, généralement celle d'une ville qui moudrait pour son propre fournil et pour ceux plus ou moins distants que l'on y aurait rattachés.
Enfin certains services publics importants, un hôpital par exemple, étant éloignés de tout centre, auraient leur minoterie-boulangerie spéciale, sauf à desservir eux-mêmes les Corons voisins.
Ceci expliqué, déterminons les relations de l'Economat avec la Boulangerie. Il établit journellement d'après les commandes écrites ou orales (adressées au bureau ou au livreur) des fiches de livraisons (v. l'Annexe) qu'il récapitule chaque soir et qui lui permettent de calculer les prévisions du lendemain; il les téléphone à la direction de la Boulangerie avant l'heure où commence le pétrissage.
A la fin de chaque décade ou mois, cette dernière reçoit de chaque Economat les rapports sur les changements réalisés, ou à prévoir dans la consommation. Avant le moment où se prépare le budget, un rapport général en fournit les éléments.
La .Minoterie-Boulangerie est gérée par une Société, rattachée directement au Commerce de Détail.
Un directeur général (doublé d'un adjoint si cela est nécessaire) a sous ses ordres cinq directeurs, qui forment sous sa présidence, le conseil de direction : ce sont les directeurs du grenier, de la minoterie, du magasin des farines, de la boulangerie et de la paneterie.
L'usine est composée de grands bâtiments ; aux étages supérieurs se trouve le grenier où le grain est monté par des élévateurs (godets, pompes aspirantes) et circule sur des bandes sans fin qui servent à l'aérer. Du grenier le blé tombe directement par des manches, dans les meules situées à l'étage au-dessous. Le magasin des farines et la