‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 86 sur 105 · SECTION III. 1 4. CIRCULATION DES CÉRÉALES · texte numérisé non relu

SECTION III. 1 4. CIRCULATION DES CÉRÉALES

Le Budget voté, il faut procéder à la répartition, entre les groupes producteurs, du contingent qu'ils doivent fournir, à eux tous. Cette répartition a lieu par des arrêtés ministériels; imposant à chaque coopérative sur les chiffres qu'elle a présentés, les réductions nécessaires et les augmentations qui s'imposent également; celles-ci, naturellement dans la mesure du possible : d'ailleurs les décipions à ce sujet ont été le plus souvent débattues à l'avance par ^l'administration avec les représentants des intéressés, qui, en cas de violation de droit, ont les recours judiciaires.

C'est également après le vote du Budget Economique que la « Prospérité » impose aux Sociétés la dénonciation ou révision anticipée de leur contrat, nécessitées par l'intérêt général.

Les domaines seraient assurés contre les risques agricoles, gelée, grêle, par une caisse mutuelle obligatoire, alimentée par des cotisations portées aux dépenses de la Société, tandis qu'elles inscrivent en recette les indem» nités.

I 4. Circulation des Céréales. — C'est la Régie du Commerce de Détail qui règle cette circulation. Les céréales sont livrées, aux époques convenues, par le Domaine à la Régie des Transports, qui les remet aux greniers des Minoteries urbaines ou régionales. Il convient de distinguer l'approvisionnement provincial et l'approvisionnement national.

Lorsqu'il est possible de pourvoir aux besoins d'une province en quantité et qualité avec sa production, le ^directeur provincial s'y emploie seul. Il rapproche, après la récolte, les arrêtés rendus en exécution du Budget de consommation et de production; c'est-à-dire les demandes rectifiées en plus ou en moins des minoteries, et les offres non plus seulement évaluatives mais fermes des domaines, qui peuvent également se trouver inférieures ou su» périeures aux prévisions.

II prend des « arrêtés d'application; » ce mot se com- prend de lui-même, pour lesquels il réduit le déplacement

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au strict nécessaire. Le gouvernement collectiviste ne se conduira pas comme les Ministères de la Marine et des Colonies de nos jours qui nourrissent les troupes et fonctionnaires coloniaux, non avec les vivres frais et sains, qu'ils pourraient acheter à très bon compte aux indigènes, mais de farine, lard salé et fayots que l'on apporte avariés, à des prix exorbitants, de la métropole. Bien mieux ils ouvrent, en France, des adjudications pour la fourniture de riz destiné à être expédié à Saigon, son pays de provenance; la dépense étant ainsi triplée ou quadruplée par les transports et les bénéfices des intermédiaires.

Il ne reste plus qu'à procéder aux transports qui sont opérés au moyen d'ordres de service établis dans les formes ordinaires ^

L'approvisionnement national est naturellement réglé par le Ministre du Détail.

Recevant des directeurs provinciaux la copie de leurs arrêtés d'application, qu'il peut leur ordonner de rectifier, il constate et rapproche les excédents des provinces prodiictrices et les besoins des provinces déficitaires, et rend des arrêtés qui sont, au besoin, modifiés sur l'avis des directeurs provinciaux, puis des ordres de transports, et tout se passe, d'un bout à l'autre du territoire, comme dans l'intérieur d'une province.

Supposons enfin que l'on constate au courant de l'année l'insuffisance des approvisionnements d'un grenier.

1. Ces ordres de service portent l'indication du domaine livreur et du prenier réceptionnaire, des qualités, quantités à transporter, des dates et délais. Ils sont extraits de carnets à souche et comprennent outre la souche (a) gardée par le direc-* teur provincial et le volant de contrôle (b), le titre, c'est-à-dire l'ordre de livraison, envoyé d'avance dans le domaine (c), le récépissé remis à la Régie des Transports (d) et l'avis envoyé au grenier (e). L'agent de la Régie décharge le domaine au dos de l'ordre (c), la marchandise circule accompagnée du récépissé (d), le grenier décharge le transporteur au dos dudit récépissé. S'il y a des erreurs, pertes, avaries, des réserves sont faites sur les pièces, qui renvoient à des procés-verbaux, signés par les parties, en nombre convenable d'exemplaires.

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Le directeur provincial y remédie, s'il le peut, en y envoyant les excédents d'un autre, au moyen d'ordres de transports ad hoc. Sinon il transmet la demande de la Minoterie en déficit, au Ministre, qui recevant de toute la France, par l'intermédiaire des directions provinciales, les rapports mensuels sur l'état des stocks et les prévisions de consommation, pourvoit, avec le moins de déplacement possible à ces transports de blé K

J'ai dit que les Minoteries reçoivent directement des domaines, les grains qu'ils doivent moudre. Il me semble inutile de créer des magasins intermédiaires, comme ceux que nous verrons pour les produits de l'industrie. Mais quelques-unes des Minoteries choisies, à raison de leur situation plus centrale, recevront dans leur grenier plus que leurs nécessités et serviront, à l'égard des autres, de magasins régulateurs.

I 5. Lait. — C'est une question intéressante à étudier aujourd'hui à Paris où la laiterie a été l'objet d'un trust, qui fournit aux neuf dixièmes de nos besoins. Nous pouvons dès maintenant songer à la municipalisation de ce service.

II sera dans la Société Future assuré de deux façons; dans les campagnes par de petites laiteries annexées aux Economats, gérées par eux ou, au contraire, constituées en Maîtrises; pour les centres urbains importants au moyen de Sociétés Laitières. Ces Sociétés pourraient assumer en même temps d'autres entreprises, l'élevage pour la boucherie, la fabrication du beurre, du fromage, du lait concentré, (qui rentrent dans les spécialités alimentaires), etc.

Ces domaines laitiers, sur la constitution et l'administration desquels je n'ai rien de spécial à dire, comprendront quatre services (organisés en commandites) : celui de retable chargé de soigner les bêtes et de les alimenter,

1. Le capitalisme amène des gaspillages inouïs à ce poiiit de vue. Ainsi j'ai vu circuler aux environs de Gorbeil les voitures d'un meunier d'Orléans venant faire concurrence aux grands moulins Darblay. Les trusts réalisent des progrès sérieux, dans le sens de la diminution des déplacements.

celui de la traite et de la laiterie, nettoyage des pots à la machine, fabrication du fromage à la crème, manutention et pasteurisation du lait et sa mise dans les vases de transport, c'est-à-dire à Paris dans des pots de fer-blanc de dix pintes, qui font vingt litres; celui enfin du départ.

Je ne crois pas pouvoir copier absolument l'organisation du trust dont je parlais plus haut. Il a installé dans les régions laitières, à Maintenon, à Bresle par exemple, des dépôts qui lui sont nécessaires pour centraliser, pasteuriser, et écrémer le lait recueilli dans les fermes environnantes en quantité variable. Ce sont les grands domaines laitiers eux-mêmes qui, dans mon système constitueront ces dépôts et le lait sera acheminé directement de là, aux postes de distribution, situés dans les villes (par exemple dans les gares), et qui doivent desservir un certain nombre d'Economats, de même que les dépôts du trust alimentent les crémeries du quartier. A Paris, il faudrait cinq postes environ, trois pour la rive droite, deux pour la rive gauche. Ils seraient gérés par une petite commandite organisée commercialement. Ce système s'impose dans un service où les pertes dépendent de la diligence et de la propreté du personnel. Le poste se verra allouer une moyenne annuelle de « tourne » sur laquelle il pourra réaliser des bénéfices.

L'Economat ayant déterminé, l'après-midi, par la totalisation des « fiches de distribution » les quantités nécessaires pour le lendemain, les téléphone au chef de distribution lequel, sur un registre à ce destiné, inscrit et additionne les demandes. Il rapproche le total, des possibilités de chacune des Sociétés qui le fournissent et dresse un tableau de répartition (V. l'annexe).

Il téléphone à chaque laiterie le nombre des pots qu'ellei doit fournir i. Le chef du départ les remet à l'heure dite, j au représentant de la Régie des Transports avec un ré-i cépissé dans les formes ordinaires. Arrivés au poste de!

1. Naturellement le lait non utilisé pour la vente, est immédiatement employé à la fabrication de fromage blanc, de fromage de spécialité ou de crème.

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distribution, ils sont immédiatement mis sur des wagonnets, portant le nom et le n° des économats et une plaque métallique, indiquant le nombre de pots qui doivent leur être livrés. On y ajoute en vases plus petits les litres en supplément comptés non à la main, mais au moyen de robinets mesures déjà usités dans le commerce. Les wagonnets sont remis, dans les formes ordinaires, à la Régie des Transports qui les livre à l'Economat, oii lespots sont débités, par un appareil mesureur en quart de litre, demilitre, double-litre, qui sont distribués matin et soir à domicile, par la petite poste contre jetons.

Pour les malades et les enfants, la distribution pourrait être faite par le service médical au moyen de bouteilles Remplies à la ferme avec le lait de la même vache.

Le fromage blanc est envoyé, sur commandes des consommateurs transmises par l'Economat, en paniers ou vases de porcelaine.

Les postes de distribution recevant les rapports mensuels et annuels des Economats de leur ressort, dressent leur bilan budget que la direction provinciale du détail centralise et rapproche de ceux des Sociétés, transmis par elles.

I 6. Viande fraîche. A. Elevage. — Ilfaut distinguer ce îu'on peut appeler Télevage accidentel, et l'élevage industriel. Je vise, par le premier de ces deux termes, les domaines agricoles qui, ayant des bestiaux pour leur service les vendent après les avoir fait travailler, à la Régie du Détail, par des marchés de gré à gré, au prix du tarif légal. Quant à « l'élevage industriel », il est assuré 3oit par des domaines d'élevage et d'embauché S soit par des entreprises pastorales.

1. On sait que pour la race bovine, l'élevage se décompose parfois en deux phases. Les bouvillons et les génisses sont ïlevés d'abord sur les terrains granitiques du plateau central, puis revendus, à un an, à des herbagers qui les engraissent sur ies terrains calcaires, par exemple en Poitou, ou dans le Bocage. [1 en serait naturellement de mémo dans l'Etat Futur, à ceci prés que, la Régie du Gros serait l'intermédiaire obligatoire

Les domaines sont constitués par des Concessions analogues à celles dont il a été parlé pour les céréales, qui déterminent la nature de l'élevage, les races, qualités et quantités à fournir annuellement (dans les limites budgétaiies), et les prix d'achat par l'Etat ou au moins les éléments des ces prix; il est inutile de répéter que, variant suivant les entreprises, ils seront tantôt au-dessus et tantôt au-dessous de la moyenne de revente en gros ou en détail.

A la différence des domaines, les Sociétés pastorales constituées toujours par des concessions, ti'ont pas de terres, elles sont mises en possession seulement de bâtiments pour l'habitation et la stabulation hivernale.

Leurs troupeaux paissent sur des prairies naturelles ou artificielles, faisant partie de domaines agricoles et dont les Sociétés exploitantes leur louent le pacage et la fauchaison, à des conditions prévues dans les actes de Concession, ou sur des terres à blé, après l'enlèvement des récoltes. Ainsi le régime collectiviste s'adaptera l'antique coutume de la vaitie pâture que les physiocrates et les économistes manchestériens n'ont pu déraciner, et que le Parlement Français tenta de supprimer, deux fois à cent ans de distance (en 1790 et 1890).

Elle sera réglementée, non par les pouvoirs municipaux mais par la /{rgie des Faux et Forêts. La même Régie administre les pâturages publics de plaine ou de montagne, (landes, alpes, forêts) les défend, les aménage eu les semant, irriguant ou drainant, en y construisant des étables et abreuvoirs, pour les bêtes et, pour les hommes qui les gardent, des chàlets-hôtels qui peuvent servir également pour les touristes.

Les Sociétés pastorales amènent suivant les saisons, au; besoin par les soins de la Régie des Transports, leurs troupeaux sur ces pâturages où ils les font paître, moyennant le paiement de taxes qui entrent dans les receltes

entre les deux entreprises comme pour les achats et vente de matière première.

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