FOURMILLEMENT DE CONTRADICTIONS
Eh quoi! cette « pensée humaine», cette raison et cette liberté, cette « âme supérieure », enfin, dont il a si bien compris et senti la grandeur, c'est par une vaine entité que le spiritualisme prétend l'expliquer, par je ne sais quel « principe », par je ne sais quelle « substance », dont la nature, la présence, et l'action, en nous, restent radicalement incompréhensibles !
Il suffît d'y songer quelques instants pour voir surgir de cette conception malheureuse des difficultés, des contradictions, des absurdités sans nombre.
Ce « principe » étranger au corps, quand donc et comment s'introduit-il dans le corps? est-ce au moment des couches? est-ce à la seconde même de la conception, quand l'être nouveau n'est encore qu'un œuf imperceptible fécondé par un imperceptible germe? est-ce à un certain moment de la vie intra-utérine? et alors à quel moment? à quel mois? à quel jour?
D'autre part, ce « principe », avant de s'inoculer à notre chair, où était-il? en quel lieu? ou plutôt, s'il est immatériel, c'est-à-dire hors du lieu et du temps, sous quelle forme était-il? ou même, était-il déjà? existait-il antérieurement? depuis quand? depuis toujours? et, en ce cas est-il incréé et par lui-même existant? c'est-à-dire, est-il proprement substance? et alors, n'est-il pas Dieu ? et comment expliquer la coexistence de toutes ces substances, de toutes ces divinités? Or, s'il n'est pas de toute éternité, s'il est créé, quand et comment et pourquoi l'est-il ? pourquoi, si je puis dire, à un moment de l'éternité plutôt qu'à un autre? dans quel but? pour
quelle îaison? par quelle voie? par extraction du néant? ou par émanation de Dieu? Et à la mort du corps, comment se dégage-t-il de la putréfaction charnelle ? où va-t-il? comment existe-t-il? et même persiste-t-il en effet? et combien de temps? toujours? mais alors, ne redevient-il pas un indestructible, un existant par soi, une substance, un absolu enfin? pas toujours? en ce cas, qu'est-ce qui détermine la date de l'anéantissement, si tant est que l'anéantissement soit une chose possible, ne soit pas une chose contradictoire?
Et tandis qu'il est dans le corps, comment agit-il sur le corps? comment même peut-il agir sur le corps? Descartes, avec tout son génie, et cent spiritualistes à sa suite, n'ont jamais rien dit de passable sur ce fâcheux problème de l'action de l'àme sur le corps.
On le voit, de toutes parts, les difficultés, les contradictions, les absurdités surgissent, se multiplient, foisonnent, pressantes, accablantes, inéluctables et inextricables.
Selon nous, le spiritualisme est une fausse opposition de la mentalité humaine à la mentalité animale, une chimérique théorie de la raison.
Et c'est ce que nous appelons une explication antiscienlifique, un dualisme, un anli-zoïsme.
Ecartons donc cette hypothèse par trop onéreuse, en nous réservant d'ailleurs de la reprendre, plus loin, sous sa forme élargie, pour la ruiner méthodiquement, et essayons d'une autre hypothèse, celle-là même que nous avons exposée dans notre livre premier.