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LE CAS DE L' AMMOPHILE, SELON MM. FABRE ET RADIER

Je viens de montrer les deux écoles aux prises, et comment les trois principaux caractères de l'instinct

(sur six ou sept), allégués comme des arguments sans réplique par l'école des Guvier et des Flourens, sont interprétés par l'école des Lamarck, des Geoffroy Saint- Hilaire, des Darwin et des Spencer.

Le débat est encore pendant. Et pour montrer avec quelle précision positive il descend dans les faits, nous donnerons ici, en exemple, un des cas les plus controversés.

Il s'agit des insectes qui, pour que la proie capturée puisse se conserver sans se corrompre, et constituer ainsi une réserve ou provision, la paralysent sans la tuer. Il est de fait que c'est là un trait d'ingéniosité et d'habileté si profonde qu'on ne peut guère s'empêcher d'y voir un savoir-faire inné, proprement un instinct ou aptitude qui n'emprunte rien à l'intelligence.

Le cas de Yammophile est particulièrement surprenant. Ce cas, curieusement décrit par H. Fabre dans ses Nouveaux Souvenirs eniomologiques (III, ch. V), paraît à M. Rabier, qui le signale dans ses Leçons de philosophie, tout à fait probant et décisif, dans le sens de l'innéité et de l'irréductibilité du « savoir-faire » animal :

L'ammophile hérissée est un hyménoptère qui nourrit sa "larve d'un ver gris d'une belle taille. La larve ne s'accommode que de chair fraîche ; il faut donc que le gibier mis à sa portée reste vivant, mais soit paralysé, car le moindre mouvement risquerait de compromettre l'œuf de rammophile déposé sur le ver; bien mieux, à la première velléité d'attaque, le ver aurait vite raison de la larve. — La paralysie complète du ver s'obtient par la lésion de neuf centres nerveux qui s'échelonnent dans le corps de la bête. Mais la lésion des ganglions cervicaux ne doit pas être assez profonde pour entraîner la mort; il sufiit qu'elle détermine une sorte d'engourdissement, la suspension de toute faculté motrice. — L'ammophile procède à l'opération en ana- .lomiste et en physiologiste consommé. Sa proie saisie, neuf

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coups d'aiguillon, pas un de plus, pas un de moins, font l'affaire. Il n'y a pas hésitation. Les centres nerveux sont atteint-. Reste le cerveau. Ici l'insecte ne joue plus du stylet; le coup serait mortel. Il se contente de mâchonner légèrement la tête du ver gris, jusqu'à ce que la pression ait donné le résultat voulu.

Tout ceci, d'après II. Fabre.

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