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LE CAS DE L AMMOPHILE, SELON MM. IIOUSSAY ET MARCIIAL

Certes cet art de l'ammophile est presque inouï ; et on ne saurait guère, je crois, trouver d'argument plus fort en faveur de la thèse des Flourens et des Cuvier.

Et pourtant, cet argument est-il décisif ? Je ne le crois pas. M. F. Houssay, dans son excellent petit livre, Les industries des animaux, consacre tout un chapitre de trente pages aux Provisions pour l'élevage des jeunes, et discute particulièrement le cas de l'ammophile. M. P. Marchai s'occupe du même sujet, dans deux mémoires remarqués (Archives de zoologie expérimentale, 1887, 2e série, tome V; et, ibid., 1892, 2e série, tome X). Or ces deux naturalistes n'acceptent pas la thèse de MM. Fabre et Rabier.

Pour eux, l'erreur consiste dans le caractère de précision et de sûreté artificiellement attribué à l'acte de l'ammophile : « neuf coups d'aiguillon, pas un déplus, pas un de moins » /. .. Pour eux, en effet, les coups de stylet ne sont pas si sûrs que cela. Les coups, très naturellement, suivent Taxe longitudinal du corps de la victime, et beaucoup tombent entre les ganglions.

Il n'y a donc là aucun mystère. La précision et la sûreté ne sont acquises que peu à peu, et assez inégalement, selon les individus ou même selon les variétés.

l'opinion de m. marion sur l'instinct.

Mais, après avoir opposé naturaliste à naturalister on pourrait encore opposer philosophe à philosophe. M. Henri Marion, par exemple, dans ses Leçons de psychologie, discutait déjà fort complaisamment la thèse anti-cuviériste. Mais dans La solidarité morale, p. 111, note 1), il va jusqu'à écrire ceci :

L'activité, d'abord hésitante, et imparfaite, s'exerce avec une facilité et une perfection croissantes à mesure que naît l'habitude.

Gela est vrai de tous les actes indistinctement, depuis les mouvements musculaires jusqu'aux plus hautes opérations de l'esprit.

Les manifestations de l'instinct ne font exception quen apparence ; il n'y a qu'à observer les jeunes animaux pour reconnaître que les actes instinctifs sont regardés bien à tort comme parfaits du premier coup. Ces actes, comme tous les autres, deviennent par l'habitude infiniment plus faciles et plus sûrs.

Ainsi M. Marion, contrairement à M. Rabier, tend à considérer l'activité animale comme de même essence que l'activité humaine.

Pour lui, l'habitude fait la transition entre la volonté et Y instinct. Et il avouerait sans doute cette formule : l'habitude, c'est l'instinct de l'individu, et l'instinct c'est l'habitude de l'espèce.

Aussi hien Pascal n'avait-il pas attendu Lamarck et Spencer pour se poser cette question significative {Pensées; édition Havet, t. I, p. 42) : « La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qa estce que nature? J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume. »

Enfin M. Marion met le doigt sur l'argument décisif, à

mon sens. D'ordinaire la théorie Lamarckienne ou Spencériennc allègue surtout les phénomènes d'aeelima. tation ou d'adaptation au milieu des espèces transplantées. Mais je ne suis pas moins frappé de l'argument ontogénique.

On connaît la formule de Haeckel : Yontogénie reproduit la phglogènie ; c'est-à-dire l'individu, dans son évolution rapide, reproduiten raccourci les étapes traversées par l'espèce. Cela est vrai pour l'évolution intra-utérine. Mais cela est vrai aussi pour le développement du jeune, entre la naissance et l'état adulte. En ce cas, le jeune doit reproduire, dans ses premiers actes, les tâtonnements par où passèrent ses premiers ancêtres. Or c'est précisément ce qui a lieu, comme le constate M. Marion. Et c'est là, pour nous, un argument très fort, sinon péremptoire et décisif, — en dépit de quelques faits singuliers, inexpliqués encore.

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