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ESSENCE UTILITAIRE DE LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL

Insistons-y : l'être tend à persévérer dans son être. En d'autres termes : l'être veut être.

Or, on ne peut être qu'à certaines conditions. En d'autres termes, dans le milieu ambiant, certaines choses nous sont utiles, et certaines autres nuisibles. Il faut pouvoir se procurer les unes et éviter les autres.

Connaître rutile et le nuisible, et cela, d'une façon de plus en plus complète, de plus en plus précise, de plus en plus sûre, telle doit donc être nécessairement l'essentielle préoccupation d'un être quelconque, par cela seul qu'il veut être et ne peut pas ne pas vouloir être.

L'être et le milieu sont en présence. La conduite de l'être, c'est sa façon de se comporter à l'égard du milieu, pour arriver à se conserver. Or la conduite à l'égard du milieu ne peut se fonder que sur la connaissance de ce milieu. La connaissance fonde la conduite. Le connaître est donc la sau\7egarde de Y être. Savoir distinguer, discerner, démêler l'utile du nuisible, tel est le souci suprême. Démêler, c'est-à-dire choisir, inter-legere, ou inielligere. L'intelligence est le salut de tout ce qui respire.

La connaissance du propice et du funeste, c'est la question de vie ou de mort. La science du bien et du mal, telle est bien, en particulier, la suprême aspiration de l'humanité.

Tout animal veut « persévérer dans son être ». Tout

animal est possédé et dominé par Y instinct de conservation. Or, encore une fois, il ne peut « persévérer » ou « se conserver » qu'en démêlant dans le milieu ambiant Y utile du nuisible. Ce discernement s'appelle information, renseignement, connaissance, science, intelligence enfin.

Tout animal donc : 1° vise à sa conservation ; 2° dirige sa conduite en conséquence ; 3d oriente sa conduite d'après son intelligence.

En d'autres termes, conservation implique conduite et conduite implique intelligence : ce sont là trois termes connexes indissolublement.

INÉGALITÉ MAIS UNIVERSALITE DE L'iNTELLIGENCE.

Connaissance du milieu, intelligence du milieu, science du milieu, connaissance de l'utile et du nuisible, intelligence du propice et du funeste, science du bien et du mal : ce souci est donc nécessairement commun à tous les êtres, à tous les vivants, à tous les animaux, si l'on veut.

Certes, ce commun souciestbieninégalementsatisfait.

L'être est plongé dans le milieu. Mais quel être? Les êtres, ou mieux, les vivants, ou mieux encore les animaux, sont si divers, si inégaux de stature et de structure! De la base au sommet de l'échelle animale, quelles différences d'aptitudes, de facultés, de portée, d'intelligence enfin !

Oui sans doute. Mais la question de degré est ici secondaire. La différence de degré empêche-t-ellc l'identité de nature? La fonction du savoir, de la connaissance, de Y intelligence, de la science, a beau être très inégalement répartie, ce n'en est pas moins partout et toujours la même fonction informatrice et directrice, au service du même instinct de conservation.

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