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L'INTELLIGENCE, C'EST LE « TKÉSOR DES IDÉES

Laissons donc de côté ces deux mots : « instinct » et « raison », et substituons-leur ce mot unique : « intelligence ».

Qu'est-ce que l'instinct? C'est Y intelligence animale. Qu'est-ce que la raison? C'est Y intelligence humaine. Le mot « intelligence » peut donc nous suffire momentanément.

Or, qu'est-ce que 1' « intelligence » ? Est-ce là, avonsnous dit, une chose, une chose simple, située quelque part, en un lieu déterminé, en un point spécial du corps, ou plutôt du cerveau?

Pas du tout.

Par intelligence, dit Goltz, j'entends la faculté d'élaborer avec réflexion les perceptions des sens en vue d'actions appropriées à une fin

Or, ajoute M. J. Soury [Les fonctions du cerveau) :

Parler d'un « centre intellectuel » comme on parle d'un centre sensoriel ou d'un centre moteur, me semble une survivance fâcheuse des traditions psychologiques de l'Ecole.

En France, les médecins parlent encore couramment de « l'intelligence », comme on parlait de la mémoire avant Gall, car c'est ce grand anatomiste qui a le premier posé, comme un postulat physiologique, la pluralité des mémoires. Il n'existe donc pas plus de « centres de l'intelligence », que de centres de la mémoire en général.

Comme la mémoire, l'intelligence, à ses divers degrés, est une propriété générale de la matière organique, vivante, en voie de rénovation moléculaire.

L'intelligence ne nous apparaît comme liée à certains organes que parce qu'elle s'y manifeste avec une intensité particulière. Maisl'amphioxus, pour n'avoir point de cerveau, n'en

possède pas moins une vie psychique consciente (Meynerl). Le système nerveux n'étant qu'un appareil de perfectionnement, l'effet d'une différenciation histologique, indéfiniment progressive, le résultat séculaire d'une division du travail biologique poussée très-loin, il n'y a rien dans ses fonctions, même les plus élevées, dans le génie, par exemple, qui ne soit réductible par l'analyse aux propriétés élémentaires de tout protoplasma.

11 en est donc de Y intelligence, comme de la mémoire, de la volonté, de la conscience ; en soi ce sont des abstractions; par conséquent, elles ne sauraient être localisées dans une région quelconque de l'encéphale.

A cette question : « Où est le siège de l'intelligence? » Munk a répondu : « L'intelligence a son siège partout dans l'écorce cérébrale et nulle part en particulier. Elle est la somme, en effet, et la résultante de toutes les images ou représentations issues des perceptions des sens. »

Voilà donc une considération essentielle : les facultés psychologiques sont des abstractions. Il n'y a pas une mémoire; il y a des mémoires. La mémoire, l'intelligence, la volonté, la personnalité, ce ne sont pas là des choses simples, ce sont des édifices. C'est la vieille querelle sur les deux sens du mot « unité », quand il s'agit du monde mental : unité de simplicité, ou unité de composition*! M. Rabier a nettement posé l'alternative; et M. Ribot, j'ose le croire, a décisivement fait pencher la balance du côté de l'unité de composition. Des édifices extrêmement complexes, voilà comment nous apparaissent de plus en plus les antiques « facultés ».

Et c'est pourquoi Hitzig, cité par M. Soury, et d'accord en cela avec Munk, se reproche en quelque sorte d'employer le mot « intelligence », et se reprend lui-même en ces termes significatifs : « L'intelligence, disons mieux, le trésor des idées... »

Le « trésor des idées » (der Schatz der Vorstellungen), comme on a eu raison de signaler celte expression! Qui ne sent que cette locution nous fait entrer dans une tout autre, dans une toute nouvelle conception psychologique et philosophique ?

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