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CO-ORDINATION ET SUB-ORDINATION

11 y a, avons-nous dit, des espèces animales solitaires et des espèces animales sociales.

L'humanité est de ces dernières. Et c'est même elle qui a porté l'association au plus haut point, ou du moins qui a tiré de l'association les plus merveilleux résultats

Mais l'association, la cité, n'es! pas chose qui construise en un jour. J'ai dit plus haut : Vhisioire est la genèse de la cilc. Et l'histoire, augmentée de la préhistoire, qu'est-ce autre chose que l'immense effort par lequel notre espèce s'est arracnée lentement aux ténèbres ei aux misères de la vie animale? Qu'est-ce autre chose que mille ou quinze cents siècles de larmes et de sang? Qu'est-ce autre chose que l'ascension obstinée à travers le chaos des guerres et des révolutions sans fin?

Laissons de côté les antagonismes et les conflits des divers groupes humains, à l'extérieur, c'est-à-dire les guerres.

Rien qu'à l'intérieur de chaque groupe, quelles difficultés, en quelque sorte insurmontables, pour instituer et organiser les rapports ! pour transformer une simple juxtaposition d'individus en une association !

D'individus solitaires, il faut faire des individus solidaires; d'individus in- dépendants, des individus interdépendants-, d'individus enfin an-archiques, des individus conspirants. C'est le laborieux passage de la vie sauvage à la vie civilisée.

Or cette con-spiration, qui est la cité, se dédouble en co-ordination et sub-ordination.

L'une et l'autre, au fond, sont spontanées, et s'organisent d'elle-mêmes. Il ne faut pas s'imaginer en effet que ce soient là des méthodes pour ainsi dire appliquées du dehors. La cité est une sorte de vivant édifice qui porte en lui-même le principe de mouvement et d'ordre nécessaire à son édification.

La cité en effet est une construction de la nature, et, comme on sait, l'art de la nature est un art qui agit du dedans.

Mais alors comment expliquer que la cité à construire exige tant d'efforts ? Gomment expliquer le « tantae molis erat », ou plutôt le « tantae molis erit... »? C'est

que cette aspiration par laquelle se meuvent et se groupent d'eux-mêmes les matériaux est aux trois quarts aveugle ; d'ailleurs fort inégale en degré, fort incohérente, et en quelque sorte livrée à tous les hasards. De là un abîme de discordances, de malentendus, de traverses et de conflits.

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