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LE SENS DES « FORMATIONS LENTES

A l'idée de complexité, il faut ajouter enfin l'idée des formations lentes.

La Genèse nous avait complètement faussé l'esprit et par suite le caractère. Avec son « fiai lux », avec ses créations soudaines, avec son coup de baguette six fois répété et faisant jaillir en six instants consécutifs toutes les réalités du monde, la Genèse avait inculqué à deux cents générations d'hommes l'idée des formations subites, l'idée de Y improvisation > enfin l'idée du miracle.

La science a retourné cette conception. Pas d'emblée cependant. Car elle-même a commencé par admettre, dans ses hypothèses cosmogoniques, la théorie dite des cataclysmes. Mais elle n'a pas tardé à répudier cette manière de voir. Et on sait comment, notamment en

géologie, avecLyell, elle a posé d'une façon magistrale la théorie des formalions lentes.

L'esprit de cette théorie peut tenir en quelques mots : des causes infiniment petites, mais continuellement à l'œuvre à travers les siècles, suffisent pour expliquer les constructions et les destructions grandioses qui constituent l'évolution cosmique. Pas de cataclysmes, pas de violences: rien que l'effort soutenu. La nature n'improvise pas : elle mûrit longuement. Le génie créateur est un génie patient : « Patient comme on l'est quand on est éternel »... Ce qui est hâtif est précaire. Le temps ne respecte pas ce qui a été fait sans lui. Le facteur temps est un des facteurs essentiels dans la production des êtres.

Or si cela est vrai pour les choses physiques, matérielles, minérales, combien cela n'est-il pas plus vrai encore pour les choses psychiques, spirituelles, morales! Car la lenteur des évolutions est proportionnelle à la complexité des êtres qui évoluent.

Appliquons cela à l'homme. L'homme est certainement, de tous les vivants de la planète, le plus complexe. Donc c'est lui qui aura les évolutions les plus lentes.

Par exemple, pour l'éducation : alors que les petits des animaux arrivent très vite à pouvoir se suffire à eux-mêmes et par conséquent à être en état de se passer de leurs parents, les enfants de l'homme au contraire ne sont-ils pas des années et des années avant de se trouver capables de pourvoir à leurs besoins ?

Cette lenteur, connexe à la complexité, ne la retrouverons-nous pas nécessairement, quand il s'agira des grandes transformations sociales, religieuses ou politiques ? Et si la lenteur dans l'évolution du genre

humain apparaît comme une loi infrangible de La nature, nos impatiences indignées ne vont-elles pas tomber comme par enchantement? Nos violences insensées ne vont-elles pas faire place à une scientifique patience ?

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