‹ La cité moderneChapitre 167 sur 467 · LE SAVOIR ET LE POUVOIR HUMAINS N'ONT PAS DE LIMITES · texte numérisé non relu

LE SAVOIR ET LE POUVOIR HUMAINS N'ONT PAS DE LIMITES

Ce n'est pas pour rien que la locution populaire accole •si généralement ces deux mots : la science et Y industrie. Tout ce que l'homme peut, il le tire de ce qu'il sait. Savoir, c'est pouvoir.

Or l'homme est, de beaucoup, l'animal terrestre qui sait le plus : c'est donc aussi nécessairement l'animal qui peut le plus.

En outre, le progrès de son savoir est indéfini. Indéfini donc aussi le progrès de son pouvoir. Quelque exorbitante que puisse paraître cette proposition, elle s'impose, car la connexion du savoir et du pouvoir est évidente et absolue.

Or, la science ne date que d'hier. L'homme n'est donc qu'au seuil du savoir. Il n'est donc, pareille-

ment, qu'au seuil du pouvoir. Et ce qu'il a fait pour adapter à son usage les forces cosmiques n'est qu'un médiocre échantillon de ce qu'il peut et doit faire à l'avenir.

LA SUPÉRIORITÉ DES SOCIÉTÉS HUMAINES SUR LES AUTRES SOCIÉTÉS ANIMALES CONSISTE NOTAMMENT DANS LA CONS- TITUTION d'un CORPS DE SAVANTS.

J'ai dit, dans la première partie de ce livre, combien les espèces animales sociables paraissent devoir l'emporter de plus en plus sur les espèces animales solitaires. Autant l'unité (Protozoaire) est inférieure à l'agrégat (Métazoaire), autant et plus encore l'agrégat est inférieur à l'agrégat d'agrégats (Hyperzoaire). Et de fait, les plus hautes manifestations de l'intelligence ici-bas se rencontrent dans des sociétés (agrégats d'agrégats), telles que les sociétés de fourmis, et les sociétés d'hommes.

D'ailleurs les sociétés humaines laissent infiniment loin derrière elles, les autres sociétés animales. Mais à quoi attribuer cet élan, ou plutôt ce bond immense de l'intelligence dans l'humaine cité? A quoi? Il semble que la réponse à cette question soit aisée à trouver dans ce qui a été dit plus haut de la rigoureuse connexion entre « savoir » et « pouvoir ».

Le savoir, avons-nous dit, est la mesure du pouvoir. Or l'homme est de beaucoup l'animal qui sait le plus. Et pourquoi? Parce que la cité humaine est la seule où l'association et l'organisation aient été poussées assez avant pour constituer une corporation de savants, un groupe de chercheurs, un faisceau enfin de vrais spécialistes de V intelligence. C'est cette culture intensive de la science qui a déjà mis l'humanité hors de pair, et qui, après l'avoir élevée au-dessus de la faune, relèvera

encore pour ainsi dire au-dessus d'elle-même indéfiniment, en transformant ses conditions extérieures d'existence, et en transfigurant son intime nature.

Page 1