UN DES ÉLÉMENTS DU « STYLE COLORÉ
Autant en faut-il dire de l'écrivain colorisle. On connaît la métaphore fameuse : emprunter ses couleurs a l'arc-en-ciel, et les sécher avec la poussière des ailes de papillon.
Une expérience péremptoire serait celle-ci.
Faites le voyage de Paris à Jérusalem. Et une fois de retour, prenez votre Chateaubriand, et lisez son « Itinéraire ». Cent fois vous vous écrierez : décidément ou aurait bien tort de se fier aux poètes, ils font toujours plus beau que nature: voyez ces descriptions de l'Orient. .. Si je n'y étais pas allé, moi aussi, à la bonne heure; mais, j'y suis allé, moi aussi, et, moi aussi, j'ai vu... eh bien, ça n'est pas du tout comme ça.
Faisons la part du feu : oui les poètes embellissent souvent, plus ou moins de parti pris. Il n'en reste pas moins ceci : les poètes de l'œil ont une vision plus fraîche et plus vibrante que vous et moi. Vous et moi nous voyons terne. Eux voient brillant. Le paysage, lui, n'est ni brillant, ni terne, en soi. Il est ce qu'il apparaît, selon la qualité de l'œil qui le contemple.
Le poète vous paraît brillanter les paysages. La vérité, c'est qu'il les voit tels. Et la coloration de son style n'est que la riche vibration de sa délicate rétine.
Le spectacle, c'est le spectateur.
Et le spectateur s'affine de plus en plus, — par la culture intensive que s'impose, grâce à la division du travail, l'élite de l'humanité.
208 La PSYCHOLOGIE BIO-SOCIALE.