‹ La cité moderneChapitre 178 sur 467 · LA FOIOIK ET LE DÉSIR · texte numérisé non relu

LA FOIOIK ET LE DÉSIR

Mais la vie étant essentiellement une adaptation de l'être au milieu, comme varie le milieu, ainsi doit varier la /'onction, et, par conséquent l'organe, et par conséquent encore la forme.

Doà la variété immense des formes soit végétales soit animales, dans l'immense variété des milieux.

.Mais, s'il en est ainsi, pour comprendre la forme des êtres vivants, plantes ou bêtes, parfois si étrange pour nous, que faut-il, sinon pénétrer le mystère même de leur vie, et scruter les conditions d'existence auxquelles les soumet le milieu où ils plongent?

C'est peu encore de considérer que tel être est terrestre, aquatique ou aérien. Qu'est-ce, aquatique, par exemple? S'agit-il d'océan ou d'eau douce? d'eau courante ou d'eau stagnante? Et s'il s'agit d'océan, parlezvous des faunes superficielles ou des faunes abyssales? des faunes côtières ou des faunes du large? Qui ne sent en effet combien doivent différer pour l'animal les conditions de son existence, selon les degrés de pression qu'il supporte, ou selon la quantité de lumière qui filtre jusqu'à lui, ou selon que la mer qui le roule en ses plis déploie au large sa houle immense sans obstacle aucun, ou au contraire écrase éternellement ses flots sur des falaises ou des récifs? Qui ne sent qu'au gré de toutes ces circonstances si diverses, l'animal devra varier ses allures et ses formes, pour s'adapter au milieu et persévérer?

Et c'est pourquoi l'animal tantôt se fixe au rocher par un pédoncule, et tantôt reste mobile ; tantôt s'enveloppe d'une cuirasse protectrice, et tantôt reste nu; tantôt se colore d'une teinte propre, et tantôt reste diaphane; tantôt s'étale, et tantôt se ramasse, etc., etc.

La forme, c'est l'organe. Et l'organe, c'est la fonction. La fonction, c'est l'acte. Et l'acte, c'est le désir de vivre, qui se plie avec une souplesse surprenante aux exigences du milieu cosmique.

La forme, c'est l'acte surpris et (provisoirement) fixé, — lequel n'est lui-même que le désir extériorisé et manifesté. La forme enfin n'est donc bien que Yincarnalion du désir.

La forme, c'est l'aveu des efforts de l'être qui veut être. La forme, c'est la projection dans ïespace de ï instinct de conservation.

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